Une recherche en médecine générale ?

Eprouvettes, fioles et tablier blanc font rarement partie de l’environnement du médecin généraliste. Cependant, de plus en plus souvent, un type spécifique de recherche frappe à la porte de son cabinet. Cette démarche est loin des ustensiles de laboratoire. Elle s’intéresse aux patients qui égrènent leurs problèmes chez leur médecin généraliste au fil des jours, des mois et des années. A quelles pathologies le médecin généraliste est-il confronté ? Quelles sont ses meilleures armes diagnostiques et thérapeutiques pour répondre à un problème ? Quelle relation vit-il avec ses patients ? La recherche en médecine générale vise à mieux cerner la réalité de cet immense domaine, peu connu par le milieu scientifique alors que la médecine générale est un pilier de la santé et du bien-être de la population.

Pourquoi la recherche en médecine générale revêt-elle une telle importance ?

  • Premièrement, le médecin généraliste occupe une position centrale dans un système de santé. Il reçoit et filtre la majorité des plaintes de la population et décide de la suite adéquate à leur accorder. Il se trouve dans une situation privilégiée pour collecter des informations concernant la santé de la population générale, celle de groupes distincts, l'évolution de pathologies, la demande et la consommation de soins et de médicaments.
  • Deuxièmement, la majorité des publications scientifiques concernent le monde médical spécialisé. Or la population vue par le médecin généraliste se distingue par de nombreuses caractéristiques: une prévalence basse d’affections graves, une co-morbidité importante, l’importance de l’environnement socio-culturel. De plus, les conditions de travail du médecin généraliste diffèrent de celles de médecins spécialistes. Leur arsenal diagnostique et thérapeutique est limité et leurs dix doigts prennent une importance particulière pour poser un diagnostic.
  • Troisièmement, de nombreux actes diagnostiques et thérapeutiques quotidiens sont actuellement basés sur l'intuition ou l'expérience, par manque de données basées sur une évidence adaptée au milieu de la médecine générale. Une recherche spécifique au milieu de médecine générale est donc indispensable pour que les décisions du médecin généraliste soient basées, dans la mesure du possible, sur des niveaux de preuve scientifique. Quatrièmement, la recherche permet une réflexion du médecin généraliste sur sa pratique quotidienne. La recherche élargit une réflexion sur base individuelle vers une pensée relative à l'ensemble des actes ou de la population. Enfin, la recherche présente un lien étroit avec l'enseignement au sein d'un département de médecine générale. Ce lien se concrétise par la diffusion des résultats dans l'enseignement et l'implication des enseignants et des étudiants dans des recherches spécifiques.

La recherche en médecine générale prend son sens dans la mesure où elle bénéficie de collaborations solides.

D’une part, des liens sont nécessaires avec des disciplines telles que d’autres spécialités médicales, l’épidémiologie, la psychologie. Par ailleurs, une collaboration étroite est indispensable avec les médecins de terrain. Comment se concrétise-t-elle ? Au niveau du choix des sujets, le praticien identifie les thèmes qui lui posent question en termes de fréquence, de manque d’informations, de données contradictoires ou de conséquences potentielles pour le patient. Au niveau de la collecte des données, le médecin généraliste occupe une position privilégiée pour fournir des informations relatives à la santé de la population. Il est par ailleurs le maillon indispensable pour assurer la qualité de ces données qualitatives ou quantitatives. Au niveau de l’interprétation des résultats, le médecin généraliste apporte un éclairage indispensable en termes de signification et d’applicabilité. Au niveau de l’application des conclusions, le médecin généraliste reste le meilleur juge pour évaluer dans quelle mesure une évidence scientifique s’applique à son patient. Recherche en médecine générale et pratique du médecin généraliste constituent donc deux facettes d’une même réalité, à savoir la prise en charge optimale des patients et de leurs problèmes.

 

| contact : Jan Degryse | 20/10/2006 |