Les relations entre l'Union européenne et la Fédération de Russie

                                                                           

Depuis 1991, les relations entre l’Union européenne et la Russie ont pris plusieurs orientations dont l’horizon commun réside dans la recherche de la stabilité d’un continent européen en mutation complète après la chute du mur de Berlin.
Cet ouvrage est consacré à la mise en perspective de ces relations nouvelles et commence par une réflexion sur le poids du passé conflictuel entre les deux entités et le rôle de la mémoire dans les rapprochements opérés. Il s’attache ensuite à décrypter les acteurs et les mécanismes d’une politique étrangère russe, traditionnellement considérée comme énigmatique, avant de procéder à une analyse critique de la stratégie commune de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) adoptée par l’UE à l’égard de la Russie. Dans la foulée, les motivations des mesures coercitives symboliques décidées à l’encontre de cette dernière par les Quinze sont passées en revue. Facteur d’influence indéniable de la stabilité continentale, la relation OTAN-Russie fait également l’objet d’une étude spécifique tandis qu’un examen de la perception russe de la politique menée par l’UE clôture l’analyse. 


Table des matières

 Introduction par T. de Wilde et L.Spetschinsky        
 Le rôle de la mémoire en politique étrangère. Essai de théorisation par Valérie Rosoux  résumé  abstract
 Union européenne - Russie : quel passé pour quelle réconciliation ? par Laetitia Spetschinsky    
 Contribution à une étude du rôle de la mémoire en politique étrangère. L'union soviétique de 1934 et la Fédération de Russie de 1992 par Catherine de Montlibert-Dumoulin    
 Acteurs et mécanismes de la décision de la politique étrangère russe par Catherine de Montlibert-Dumoulin    
 The first common strategy : added value or added confusion ? par Ralph Genetzke    
 Une continuité dans le changement : les mesures de coercition économiques de l'UE à l'égard de l'URSS et de la Russie par Tanguy de Wilde    
 La Russie face à l'OTAN au-delà du syndrome du Kosovo par Lionel Ponsard    
 Perceptions russes de la politique européenne à l'égard de la Russie par Nina Bachkatov & Andrew Wilson    


 

Résumés - Abstracts

Le rôle de la mémoire en politique étrangère. Essai de théorisation

L'objectif de la réflexion est de montrer que la gestion et la représentation du passé constituent un paramètre essentiel à prendre en considération dans l'étude de la politique étrangère. Pour ce faire, l'article se structure autour de deux axes principaux. Le premier examine les mécanismes généraux du recours au passé dans le cadre de la politique étrangère. Il se fonde sur la tension qui s'établit entre le choix du passé et le poids du passé. La première perspective indique que toute politique étrangère détermine une certaine vision du passé, tandis que la seconde rappelle que toute politique étrangère est à son tour façonnée par le passé. L'analyse de cette tension montre que, pour les acteurs de politique étrangère, le passé n'est ni un pur instrument, ni une pure contrainte. Le second axe de la réflexion se demande quels peuvent être les usages du passé dans les relations internationales et quels sont leurs impacts respectifs sur la genèse ou, au contraire, sur la gestion des conflits. Il apparaît qu'à l'issue d'un conflit international, les protagonistes peuvent adopter trois attitudes à l'égard du passé. Ils peuvent tout d'abord accentuer, voire survaloriser le souvenir de l'affrontement. Ils peuvent ensuite chercher à minimiser ou à oblitérer l'événement. Entre ces deux attitudes extrêmes, ils peuvent tenter de reconnaître l'événement à la suite d'un travail de mémoire. La survalorisation des épisodes les plus conflictuels du passé commun contribue à relancer le cycle de la vengeance. L'oblitération des pages les plus sombres du passé risque, quant à elle, de bloquer ou tout au moins de freiner la normalisation des rapports bilatéraux. Enfin, le travail de mémoire tente de favoriser la reconstruction des liens qui ont été rompus entre les parties en présence. Son objectif est précisément de contribuer à leur rapprochement de manière durable. L'application de cette réflexion aux relations euro-russes laisse de nombreuses questions ouvertes. Celles-ci sont amorcées dans la conclusion de l'article.


The objective of the paper is to show that the way to cope with and to represent the past is an essential element to be taken into account in the study of foreign policy. The paper is divided in two parts. In the first one, the author considers the use of the past in the framework of foreign policy. In that regard, one may observe that the use that is made of the past depends to a large extend on the tension that exists between, on the one hand, the choice of the past and, on the other hand, the burden of the past. Choice: each foreign policy determines to a certain extend how the past is interpreted. Burden: the foreign policy is also influenced, and shaped, by past events. An analysis of this tension shows that, for foreign policy actors, the past is neither a pure instrument, nor a pure constraint. In the second part, the author explores the main uses that are made of the past in international relations and the impacts of such uses on conflict resolution. From the analysis, it appears that, at the end of an international conflict, three attitudes can be adopted vis-à-vis past events. (a) The conflict may be accentuated to an extend that goes beyond the weight that can reasonably be granted to the events which have occurred (" over-accentuation "). (b) At the other end of the spectrum, belligerents may attempt to occult any remembrance they have of the injuries which have been suffered and inflicted (" obliteration "). (c) Between these two attitudes, adversaries may attempt to initiate a process where events will potentially be recognised in their complexity beyond over-accentuation or oblivion (" work of memory "). These attitudes have different effects on the resolution of conflict. Over-accentuation of past conflicts often lead to an escalation of violence: its effects may be said to be " belligenous ". Obliteration of the darkest pages of the past can only hinder the rapprochement of former belligerents. The work of memory tends to contribute to the conflict transformation on the durable manner. The application of the model raises several issues in connection with the Euro-Russian relations: they are addressed in the conclusion of the paper.

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Union européenne - Russie : quel passé pour quelle réconciliation ?

L'objet de cette contribution est d'appliquer la question du rôle de la mémoire dans la définition d'une politique étrangère de réconciliation au cas spécifique de la relation entre l'Union européenne et la Russie après la guerre froide. Les concepts de mémoire (et donc d'Histoire, de passé), de politique étrangère, et même de réconciliation acquièrent, dans le contexte de la construction européenne, un sens nouveau et différent qu'il s'agit de découvrir. Le type de réconciliation, si elle existe, entre les deux acteurs, est évidemment fonction du type de passé l'ayant précédé. Quel est ce passé? Ressurgit-il dans l'actualité comme une donnée de l'action européenne? Le rapprochement des anciennes rivales de la guerre froide est-il nourri par une interprétation particulière de leur passé? L'absence d'un passé véritablement commun à l'Europe communautaire et à l'ex-URSS implique que la réponse soit donnée en deux temps. Premièrement, l'analyse du rôle joué par la mémoire dans les politiques étrangères de la France et de l'Allemagne (en tant que deux véritables adversaires de l'URSS et moteurs de l'action européenne), permet d'en dégager certains traits distinctifs. Le poids d'un passé conflictuel et les craintes d'un chaos non maîtrisable sur le continent européen modèlent entre autres les options diplomatiques de la France à l'égard de la Russie et viennent renforcer la chaleur du discours à l'égard d'une puissance qu'il est indispensable de s'allier. L'Allemagne, elle, se voit contrainte d'adapter son discours et ses actes de politique étrangère à sa propre Histoire, ou plus précisément aux rémanences de cette Histoire dans la mémoire de ses partenaires. Ce poids historique, et le double contenu de la mémoire allemande à l'égard de la Russie, rendent le discours essentiellement pragmatique et poussent à affranchir l'action des souvenirs. Le renforcement de la construction européenne et le développement de son pôle politique constituent pour cette étude un point commun essentiel des politiques française et allemande. Ensuite seulement le rôle de la mémoire apparaît, mais encore de manière assez indirecte dans l'action communautaire. Le caractère pluriel et dynamique de la construction se reflète très précisément dans ce que l'on voudrait pouvoir appeler la " mémoire de l'Union " et empêche en même temps sa définition claire. Ce sont précisément les limites indiquées par les questions de l'Histoire et de la mémoire qui s'imposent comme les clefs d'une réflexion prégnante sur la nature et les évolutions possibles de la construction européenne.

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This paper addresses the question of the role of memory in the EU's rapprochement with Russia in the last decade. On the basis of Valérie - Barbara Rosoux's work about the interaction between memory and foreign policy, the author raises the question, as to what extent the past acts as a constraint or is referred to in the EU's external action towards Russia. Considering that the EU cannot be properly regarded as an historical enemy of the former USSR, and that, at the time when Western powers were beginning to lean Eastwards, the European construction was not yet in possession of all political instruments to join the process, it is necessary to examine in the first place some EU member states' policies (namely France and Germany). In both national cases, the past relations with Russia recur in respective foreign policies through the means of official memory in different ways. As memory partly defines political options of those countries, these options influence and inform the EU's blossoming foreign policy. The past thus appears in an indirect manner in the EU's attitude. On the other hand, the author examines European policy documents in order to detect therein if reference is made to the past in any way with the view to harmonize both entities' lecture of their History. Here, the questions of Euro-Russian common History, of European memory, and, by consequence, of the type of 'reconciliation', lead to an original way of assessing the EU's present limits and offer optimistic perspective for its development.

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Contribution à une étude du rôle de la mémoire en politique étrangère. L'union soviétique de 1934 et la Fédération de Russie de 1992

Cette contribution est centrée sur trois questions :
a) Dans quels cas n'y a-t-il pas d'articulation entre mémoire collective et politique étrangère?
b) Quels sont les déterminants contribuant à l'articulation de la mémoire collective et de la politique étrangère?
c) Dans quels cas l'effort de remémoration est-il un effort collectif dont les effets se marquent en politique étrangère?
Deux périodes de mutation ont été privilégiées :
- 1. L'Union soviétique du milieu des années 1930, qui assoit son assise internationale autour des notions de grandeur et d'internationalisme ; elle ne base pas son processus d'affirmation sur la remémoration ; au contraire, il y a intervention de l'État pour construire un nouveau système de référence basé sur le développement et l'exploitation d'une symbolique utilisant le registre de l'héroïsme, où l'armée tient une place importante et constitue une composante essentielle de la politique étrangère ; parallèlement à la création d'un État soviétique se constitue un locus soviétique qui, interférant avec les représentations que la population peut avoir d'elle-même dans les années 1930, constitue progressivement une partie de la mémoire collective soviétique (perception de la grandeur de l'Union soviétique : grandeur, rayonnement, capacité à s'inscrire dans une perspective d'avenir) ;
- 2. La Fédération de Russie des premières années de la décennie 1990, qui tente de recouvrer un position internationale ; elle accomplit un effort de remémoration, où un nationalisme repensé tient une place prépondérante ; près de dix années après la disparition de l'Union soviétique, la mémoire de ce que fut ce pays n'est pas encore unifiée ; elle est diversement partagée entre les groupes sociaux qui en usent différemment ; instrumentalisée et reconstituée dans le champ politique, elle est l'objet d'enjeux politiques et de pouvoir, et contribue à fixer les individus sur l'échiquier politique ; il est très difficile d'affirmer s'il y a une intervention directe de la mémoire en politique étrangère, tant l'ambiguïté entre le maintien des positions et intérêts acquis, les usages politiques et la mémoire est puissante. La contribution permet de dégager le rôle que joue l'État dans l'organisation des interactions entre politique étrangère et mémoire.

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This contribution adresses the question of the articulation between collective memory and external policy. It distinguishes the case of the Stalinist era, when the articulation between collective memory and external policy was not perceivable, and the case of contemporary Russia (post 1990 Russia), where memory is mainly used for political purposes. This contribution furthermore describes the evolution of the role of the State in the organisation of the articulations between collective memory and external policy, from the elaboration of a specific locus during the Stalinist era to the intervention of the administrative memory in the context of the Russian Federation during the 1990s.

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Acteurs et mécanismes de la décision de la politique étrangère russe

Les thèses les plus fréquentes concernant cette problématique mettent l'accent d'une part sur le comportement erratique de la Fédération de Russie, en politique étrangère ou d'autre part sur une attitude hégémonique vis-à-vis de ses voisins immédiats. Dans un cas, les analystes pointent la multiplicité des acteurs (Douma, Conseil de la Fédération, le Président, le ministre des affaires étrangères, les autres ministres, les groupes industriels, parfois, et les sujets de la Fédération, toujours) et le peu de coordination qui en résulte. Cette thèse relie ce comportement erratique au manque de consensus interne sur les grands axes de politique étrangère. Dans l'autre cas, les analystes centrent la réflexion sur la Communauté des États Indépendants (CEI). Ils mesurent les avancées et les complications que connaît la CEI dans la réalisation, à ce jour impossible, des objectifs de coopération commerciales et les visées sécuritaires. Mais, surtout, ils mettent en exergue l'engagement diplomatique et militaire de la Fédération de Russie dans son " étranger proche " qui constituerait son " périmètre de sécurité minimal " par des opérations de maintien de la paix dans des guerres ou conflits qu'elle a sans doute contribué à envenimer. Cette thèse relie cette posture avec celle adoptée par l'URSS lors de la période dure de la guerre froide. En partant de la situation de choc qui a caractérisé la Fédération de Russie durant l'année 1992 (au moins), la description et l'interprétation des mécanismes de décision pris par les acteurs de la politique étrangère russe diffèrent des deux thèses présentées précédemment. Le choc qu'ont connu les acteurs de la politique étrangère de la Fédération de Russie, lorsque l'URSS a disparu, passant d'un statut de grande puissance dominante à celui d'une puissance " modeste " et " réactive " s'est traduit par la perte de l'initiative diplomatique et la capacité de peser sur l'agenda international, même si certaines orientations prises à la fin de la guerre froide pour modifier l'ordre international ont été réaffirmées (abandon de la doctrine dite de Brejnev). Cet état s'est également traduit par la perte de l'autorité administrative qui caractérisaient les ministères des affaires étrangères et de la défense soviétiques, même si leurs successeurs respectifs ont hérité du patrimoine administratif de ces derniers. Les moyens mis en œuvre pour contrer des deux processus ont été de renforcer l'axe présidentiel, à l'initiative du Président Eltsine (de renforcer son rôle intégrateur) et d'imposer, en vain sous la direction d'A. Kozyrev, le rôle de coordinateur des axes de politique étrangère que joue le ministre des affaires étrangères. Ces orientations ont rencontré des obstacles et les acteurs concernés ont dû tenir compte d'autres intervenants, c'est à dire le pouvoir parlementaire, même amoindri, en ce qui concerne le Président de la Fédération de Russie ; les administrations à caractère économique et financier et les organisations internationales (IFIs) en ce qui concerne le ministère des affaires étrangères, pendant la phase de privatisation tandis que l'administration militaire se recomposait ; les sujets de la Fédération en ce qui concerne le pouvoir fédéral ; les acteurs industriels privatisés en ce qui concerne l'administration économique. Il ressort de ce processus de réorganisation/négociation un schéma nouveau montrant les rapports de lutte mais aussi de nécessaire collaboration entre des acteurs plus nombreux et plus autonomes de la politique étrangère russe. L'une des préoccupations principales de la Fédération de Russie est de ne pas être écartée des grandes structures qui se sont mises en place plus ou moins récemment (IFIs, OMC, OCDE, Partenariat Pour la Paix, OSCE, accords de partenariat et de coopération de l'Union européenne, conventions du Conseil de l'Europe) et de parvenir à s'intégrer dans l'agenda international. La mise en conformité de la structure diplomatique de la Fédération de Russie avec la recomposition du système international qui est une orientation fondamentale des années 1992-1996 et qui n'a jamais été démentie depuis, s'est traduite par la montée du pôle économico-financier au détriment d'un pôle diplomatique plus conventionnel. Cette montée en puissance a été appuyée et renforcée par des acteurs tels que les sujets de la Fédération de Russie, les grands groupes industriels et les groupes spécialisés dans l'import-export. Pourtant les différents acteurs de la Fédération de Russie n'ont pas pu recouvrir l'initiative diplomatique et certains acteurs (affaires étrangères, défense, régions économiques du grand est, certains grands groupes industriels), sous la direction d'E. Primakov, ont été conduits à définir les " intérêts fondamentaux de la Fédération de Russie " qui notamment s'est traduit par une réflexion sur la place qu'elle occupe sur le continent européen et à conduit à revaloriser les idées d'eurasisme. Craignant que la Fédération de Russie ne soit mise à l'écart, par les États-Unis surtout, ces acteurs souhaitent revaloriser l'espace eurasiatique où se trouvent les principaux circuits d'échanges internationaux, en démontrant qu'elle est un pays qui ne peut être contourné et qu'elle représente un trait d'union indispensable entre l'Europe et l'Asie.

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This contribution examines both theses which are mainly used for the purpose of characterising the Russian external policy. They consider that the Russian Federation is behaving in the diplomatic field either in a hegemonic way, or in an erratic one. This contribution underlines the fact that the collapse of the Soviet Union resulted in a unique administrative feature. Traditional administrations (Ministries of Defence and Foreign Affairs), which used to be specialised in external relations, lost part of their administrative authority. Various countermeasures were taken to compensate the reduction of their influence, such as the strengthening of the President's integrating role and of the coordinating role of the Ministry of Foreign Affairs. Initiatives have also been taken on the international diplomatic scene in order to mitigate the relative loss of influence of the Russian Federation, but the Russian Federation has not so far recovered its full diplomatic capacity.

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The first common strategy : added value or added confusion ?

Les avis divergent sur la valeur de la première Stratégie Commune (SC) adoptée au Conseil Européen de Cologne de juin 1999. La question est de savoir si les deux aspects de la SC, c'est-à-dire la coordination au sein de l'UE d'une part et la coopération avec la Russie d'autre part, pourront être traduits en politiques efficaces. Cet article est guidé par deux questions maîtresses : la SC apporte-t-elle une valeur ajoutée en termes de coordination au sein de l'UE d'une part et en termes de coopération avec la Russie d'autre part. Le deuxième chapitre, précédé d'une brève introduction, est consacré au contexte, aux stimuli externes et internes qui ont poussé à l'élaboration de cette première SC. Il aborde aussi le processus décisionnel. Le troisième chapitre traite de la SC proprement dite, et plus précisément de son but, des premières mesures adoptées et de la réaction de la Russie. En ce qui concerne les mesures adoptées, cette partie traite d'une part de la VMQ, la cohérence horizontale et verticale, et d'autre part, des politiques vis-à-vis la Russie, de la conditionnalité et des questions stratégiques. L'impact de la crise tchétchène sur la SC fait l'objet d'une analyse dans une section à part. Le chapitre quatre démontre que les résultats du nouvel instrument sont mitigés pour les deux parties. L'article dresse une conclusion " hésitante mais positive ". En effet la simple absence d'alternative justifie à elle seule l'existence de la SC. Par ailleurs, la coopération avec la Russie s'en trouve améliorée étant donné que la SC met en avant des politiques qui jusqu'alors n'avaient pas été au cœur des relations entre les deux parties. Cependant cette étude montre qu'il s'agit plus d'un approfondissement de ces politiques que d'un élargissement en soi. D'un autre côté, la SC n'aborde pas suffisamment les questions stratégiques et n'apporte aucune clarté sur le rôle des droits de l'homme dans les relations avec la Russie. Le lien entre la SC et les politiques à court terme doit encore, comme l'a mis en évidence la crise tchétchène, être clarifié. Il ne faut pas oublier que l'instrument de la SC a été créé dans le but d'améliorer les mécanismes de la PESC. La SC contient des dispositions non négligeables pour une meilleure cohérence horizontale et verticale. Il reste cependant à vérifier si celles-ci seront appliquées, à en juger par le comportement des états-membres. Pour conclure, la SC n'est pas une stratégie claire et précise mais plutôt un document de politique générale. C'est en même temps un engagement institutionnalisé publiquement à coopérer avec la Russie et une codification de règles de comportement institutionnel pour mettre en place cette coopération. Ces deux aspects la distinguent de documents stratégiques précédents. Par conséquent, la SC a un impact certain sur la capacité d'acteur de l'UE. Il apparaît que la valeur ajoutée prévaut sur la confusion ajoutée.

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Opinions differ widely on the value of the first Common Strategy (CS) on Russia, which was adopted at the Cologne European Council in June 1999. The question is whether the two sides of the Common Strategy, i.e. coordination within the EU and co-operation with Russia, will prove to be effective. Thus the red line of the study consists of two research questions : Does the CS have added value for EU coordination and does the CS have added value for co-operation with Russia? After a brief introduction, the second chapter deals with the context, the external and internal stimuli for the drawing up of the first CS as well as the decision-making process. The third chapter deals with the CS itself : its rationale, first implementation measures as well as the Russian reaction. As far as implementation measures are concerned, the section deals with QMV, horizontal and vertical coherence on the one hand, and with policies towards Russia, conditionality and strategic questions on the other hand. A separate chapter analyses the impact of the Chechen crisis on the Common Strategy. The fourth chapter concludes that the overall result for both sides of the new instrument is mixed and the study comes to a " hesitant positive conclusion ". The pure non-existence of alternatives justifies already its existence. Added value for co-operation with Russia is given since the CS prioritises and brings to the fore policies, which have not been at the heart of the relationship so far. However, it is more a deepening than a widening of the scope per se. On the other hand, the CS does not include important strategic questions, nor gives it clarification for the role of human rights in the relationship. The link CS and short-term policies has to be further elaborated as the Chechen crisis showed. One should not forget that the instrument CS was created in order to improve CFSP mechanisms. The CS comprises valuable provisions for enhanced vertical and horizontal coherence and can, therefore, have added value for co-ordination within the EU. However, it remains far from clear whether these will be realised, given member states' behaviour in the follow-up.

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Une continuité dans le changement : les mesures de coercition économiques de l'UE à l'égard de l'URSS et de la Russie

L'objet de cette contribution est de mettre en exergue un élément de continuité entre la politique de la Communauté européenne à l'égard de l'Union soviétique et celle de l'Union européenne vis-à-vis de la Russie. Malgré les importants changements intervenus après la désintégration de l'URSS dans la politique européenne à l'égard de la Russie, changements dont l'accord de partenariat et de coopération et la stratégie commune de la PESC constituent assurément les fleurons, il est une attitude demeurée invariable dans le chef des dirigeants européens : la réticence à exercer une pression économique autre que symbolique à l'encontre de Moscou pour en stigmatiser un comportement considéré comme condamnable. Confrontée à une série de crises de nature diverse (invasion de l'Afghanistan, état de guerre en Pologne, volonté d'indépendance des pays baltes, affrontements sanglants en Tchétchénie), la Communauté hier, l'Union par la suite, commence la plupart du temps par se calfeutrer dans une posture d'attente réflexive avant d'édicter des mesures dont la minceur de la substance atteste de l'impact simplement symbolique escompté. Ces différents épisodes sont passés en revue afin d'élucider l'efficacité politique de semblables mesures de coercition. Au-delà de l'effet punitif du geste joint à la parole réprobatrice, les mesures décidées par l'UE constituent un signal répondant à des attentes des opinions publiques ou adressant un message à d'autres partenaires de la Communauté internationale. Mais elles ont surtout eu la vertu de donner l'impression de " faire quelque chose " tout en préservant l'essentiel d'une relation.

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This paper aims at underlining a peculiarity in the EC/EU policy towards the Soviet Union yesterday, Russia today. Despite the important changes appeared in the relations between the EU and Russia (cooperation and partnership agreement, common strategy adopted by the European Council in the framework of the common foreign and security policy - CFSP), there is still an element of continuity with the Soviet period : the reluctance of the EU to use substantive economic instruments to condemn a Russian policy. Reacting to crisis (i. e. Soviet invasion of Afghanistan, state of war in Poland, Baltic move towards independence, war in Chechnya), the EC/EU begins most of the time by giving time to reflection before adopting some symbolic coercion measures. This attitude can only be explained by considering the three kind of objectives attached to economic sanctions. Beyond the punitive effect on the target (primary objective), economic sanctions are adopted to satisfy the public opinion of the sender (secondary objective) and to launch a message to the international system as a whole (tertiary objective). In this respect, symbolic sanctions present the advantage to give the impression " to do something " without questioning the substance of the relation.


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La Russie face à l'OTAN au-delà du syndrome du Kosovo

Après la désintégration de l'URSS en 1991, la Russie s'imposa tout naturellement comme le fer de lance de la jeune Communauté des Etats indépendants. La Fédération de Russie n'était pas pour autant à même de bâtir une démocratie parfaite sur les débris de l'empire soviétique. Des réformes drastiques au niveau politique, économique et militaire s'imposaient de toute urgence. Les bénéfices promis de ces réformes se faisant attendre, les Russes ont peu à peu perdu confiance dans les hautes sphères du pouvoir décisionnel. Ces désillusions ont encore alimenté une certaine forme de mélancolie panslaviste qui pousse les Russes à considérer la fin de l'URSS comme une tragédie et à s'opposer à toute forme de politique pro-occidentale. Ils croient en revanche à la reconstruction d'une sorte de zone d'influence soviétique. Ce mécontentement populaire a peu à peu contraint les dirigeants russes à adopter une politique étrangère plus acerbe face à " l'étranger lointain " et à développer une sorte de doctrine Monroe vis-à-vis de " l'étranger proche ". Pourtant, même si la politique étrangère russe revendique plus que jamais son statut de grande puissance, elle conserve toutefois une orientation sous-jacente de partenariat avec l'Occident. Ce partenariat a malheureusement souffert de l'élargissement de l'OTAN, de l'adoption du nouveau concept stratégique de l'Alliance lors de son cinquantième anniversaire et bien sûr du conflit du Kosovo. De fait, l'opération de l'OTAN au Kosovo a détruit les dernières illusions, les derniers espoirs des spécialistes russes de politique étrangère de maintenir le partage des " sphères d'influence ". Le développement des relations OTAN - Russie n'est bien sûr pas seulement le fait des Russes. La fin de la guerre froide a obligé l'Alliance à s'adapter au nouveau paysage sécuritaire en mettant en exergue son rôle politique et en redéfinissant sa fonction militaire. La création du CPEA (Partenariat et coopération euro-atlantiques) mais également le PpP (Partenariat pour la paix) ont jeté les bases d'une nouvelle coopération. Ces initiatives n'avaient pas pour but d'isoler la Russie mais bien de l'inclure dans des activités conjointes. La coopération entre les contingents militaires russes et alliés en Bosnie-Herzégovine puis au sein de la KFOR au Kosovo prouve que la coopération militaire est possible et que les perspectives futures sont favorables. Ces initiatives auront également aidé la Russie et les autres partenaires de l'OTAN à balayer les derniers vestiges de la guerre froide. L'Alliance a quant à elle montré son potentiel d'adaptation aux exigences du nouveau contexte de l'après-guerre froide en conservant son statut d'organisation de défense collective. Un autre élément majeur dans la transformation de l'OTAN et un point fondamental des relations avec la Russie constitue la signature de l'Acte Fondateur et la création d'un forum de consultations, le Conseil Conjoint Permanent (CCP). Toutes ces démarches auront contribué à réduire le risque de confrontation résurgente. Les relations OTAN-Russie ne sont envisageables que si les deux parties travaillent côte à côte. Les Russes doivent pour leur part se défaire de leurs ressentiments issus de l'après-guerre froide et de leurs sensibilités nationales excessives s'ils souhaitent collaborer efficacement avec l'OTAN. Les réformes doivent être poursuivies en mettant tout particulièrement l'accent sur la dimension sociale. Un mécontentement populaire persistant pourrait en effet favoriser l'émergence d'un régime autocratique, mettant un terme à toute collaboration avec l'Occident. Les membres de l'Alliance doivent quant à eux avoir une meilleure compréhension des différents rouages du processus de transition en Russie. Les Alliés devront également prouver aux Russes que leurs intentions sont pacifiques et que l'élargissement n'est pas une sorte de cheval de Troie qui aurait trouvé refuge chez d'anciens membres du Pacte de Varsovie. La Russie a un rôle fondamental à jouer dans l'actuel système de sécurité européen. Il est indéniable que la désintégration de la Fédération de Russie constituerait une réelle menace pour notre propre stabilité et il serait insensé de croire quenous pouvons tirer un quelconque avantage des faiblesses de la Russie.

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When the USSR disintegrated in 1991, Russia became the most powerful of the new created Commonwealth of Independent States. However, Russia was unlikely to build miraculously a fully functioning democracy on the debris of the Soviet empire. Drastic political, economic and defence reforms were needed. But the Russians have not seen yet the promised benefits of those reforms and are loosing confidence in the government. Moreover, they still perceive the end of the USSR as a tragedy and oppose any pro-western policy, but believe in the re-construction of some sort of Soviet zone of influence. This popular discontent has obliged the Russian leadership to adopt a more assertive foreign policy towards the far abroad and a Monroe doctrine towards the near abroad. Nevertheless, even though more emphasis is put on the 'Great Power' status, the current Russian foreign policy still preserves its underlying orientation towards partnership with the West. Regrettably, this partnership has been hampered by NATO's decision to enlarge, by the adoption of NATO's new strategic concept at the Washington Summit and last but not least by the Kosovo conflict. Indeed, NATO's operations in Kosovo have blasted the last illusions, the last hopes of Russian experts in Foreign Politics to maintain a strict separation of the zones of influence. The issues involved in developing a relationship between NATO and Russia are not all, of course, of the Russian side. The end of the Cold War constrained the Alliance to adapt itself to the new security environment by emphasizing its political role and redefining its military function. The creation of the EAPC (Euro-atlantic Partnership and Cooperation), but also the PfP (Partnership for Peace) provided the basis for a new cooperative dialogue. These initiatives avoided isolating Russia, but rather reassured and engaged it in joint activities. The cooperation between the military contingents of Russia and NATO within IFOR and SFOR in Bosnia-Herzegovina, and later within the KFOR in Kosovo demonstrates that military cooperation is possible and has a future. It has to a certain extent helped Russia and other NATO's partners to free themselves from the last remains of the mental framework of the Cold War. It also proves that the Alliance has adapted its forces and policies to the requirements of the post-Cold War context, while continuing to provide collective defence for all Allies. Another major step in NATO's transformation and a key element in its relations with Russia was the signing of the Founding Act and the institution of the PJC, a permanent forum of consultation. By meeting on a regular basis, NATO and Russia will undoubtedly reduce the risk of a new re-emerging confrontation. A stable NATO-Russia relationship will only be possible if both sides really work together. On one side, the Russian leadership will have to get rid of old Cold War resentments and excessive national sensitivities in order to collaborate with NATO. Reforms should proceed with emphasis on the social dimension as popular discontent could favour the emergence of an authoritarian regime, reorientating Russia away from any close relationship with the West. On the other, it requires from NATO members a clear understanding of the process of transition in Russia. The West will also have to show to the Russians that it has no aggressive intent and that NATO enlargement for instance is not against their interests. Russia has a fundamental role to play in the current European security system. Since internal disintegration of the Russian Federation would threaten our own stability, it would be nonsense to think that we might take advantage of Russia's weaknesses.

 

| 7/02/2006 |