Historique

L’Institut Supérieur du Travail (IST) a été fondé en 1951 au sein de l’Université catholique de Louvain, à l’initiative du Professeur Paul Lambin qui justifiait cette entreprise par (i) les nombreuses études scientifiques déjà entreprises à l’École des Sciences traitant des divers aspects sociaux du travail ; (ii) la création, en 1938, d’un cours de « Pathologie du Travail » en Faculté de Médecine s’intéressant aux problèmes de santé liés au travail (l’étude des problèmes pulmonaires liés à l’exposition à la poussière de houille ou à l’inhalation de fibres d’amiante) ; (iii) les préoccupations croissantes des entreprises et de l’École des Sciences Économiques Appliquées en matière d’organisation du travail et du personnel ; et, enfin, (iv) la création, en 1950, d’un cours de « Psychologie industrielle » à l’Institut de Psychologie.

L’Institut Supérieur du Travail avait pour mission de coordonner et de développer ces enseignements et ces recherches, dans une logique interfacultaire qui s’est traduite par le fait que l’IST n’a pas de corps académique propre : les professeurs émargent des différentes Facultés de l’Université et collaborent dans cet espace pluriel pour organiser des enseignements qui prennent, en 1968, le titre de « licence en sciences du travail ». La logique qui est au cœur de l’IST est celle de l’interdisciplinarité. Il faisait déjà sens, aux yeux des acteurs de l’époque, d’aborder les différents aspects du travail en un lieu unique et commun qui fasse de la réunion de ces différentes disciplines son projet. Par ailleurs, dès 1951, la volonté de positionner l’Institut en lien avec les partenaires sociaux est exprimée : il semble compatible de contribuer à la fois à la prospérité des sociétés, à la productivité des entreprises et au bien-être des travailleurs.

En juillet 1964, la tension communautaire devenant particulièrement vive à Leuven, l’IST est scindé en deux sections linguistiques : « het Hoger Instituut voor de Arbeid » (HIVA) pour la section flamande, et « l’Institut Supérieur du Travail » pour la section francophone avec pour chacune des sections, un nouveau président et un nouveau secrétaire académique.

C’est en février 1974 que la section francophone de l’Institut supérieur du travail devient l’Institut des Sciences du Travail, rattaché à Louvain-la-Neuve, à la Faculté des Sciences économiques, sociales et politiques (ESPO) en tant qu’entité autonome. C’est également en 1974 que la section « Médecine du Travail » comprenant l’enseignement et la recherche, quitte définitivement les programmes de l’Institut pour devenir une unité à l’École de Médecine, dans la Faculté de Médecine, localisée à Woluwe-Saint-Lambert.

C’est à partir de l’année académique 1983-84 que la licence en sciences du travail a lieu entièrement à horaire décalé, c’est-à-dire de 17h30 à 21h30.

L'IST joue aussi un rôle pionnier en matière de formation continue. Sous l’impulsion de Jacques DELCOURT et de Max BASTIN, il accueille en licence, dès 1968, des travailleurs - étudiants de l’Institut supérieur de culture ouvrière, c'est la Valorisation des acquis de l'expérience 26 ans avant le premier décret en la matière. Dès 1971, l'IST héberge la cellule qui met en place le projet de Faculté Ouverte (FOPES). Les liens ainsi créés conduiront aussi, en 2001, François MARTOU à positionner la Chaire Max Bastin à l'IST qui constituait toujours, à ses yeux, le lieu évident de rencontre des acteurs sociaux et académiques autour des questions du travail.

Rayonnement international

En 1984, l’Institut des Sciences du Travail, sous la présidence de Marcel BOURLARD, décide de collaborer à des projets de formation, et plus spécialement en Amérique latine. Une première mission est organisée du 13 janvier au 2 février 1984 par le professeur Michel MOLITOR (qui a, pour l’occasion, paraît-il, appris l’espagnol en 15 jours chez Berlitz), pour étudier et mettre au point des modalités concrètes d’opérationnalisation de l’accord passé entre le Programme d’Économie du Travail (PET) et l’Université catholique de Louvain, au Chili. D’autres contacts et séjours sont organisés à l’Université des Sciences Sociales de Toulouse dès 1984 dans l’optique d’organiser l’échange d’étudiants entre les deux institutions.

François BLEECKX finalisera cet accord et signera, le 19 mars 1993, la convention instituant le réseau européen MEST avec l’Université des Sciences Sociales de Toulouse, l’Escuela Superior de Administración y Dirección de Empresas (Espagne) et l’Université de Warwick (Angleterre) rejoints, très rapidement, par l’Università degli Studi di Firenze (Italie). L’objectif de ce jeune réseau est d’organiser la mobilité étudiante dans le cadre d’un curriculum conjoint en sciences du travail, dans une perspective comparée et Européenne. Son originalité réside notamment dans le fait que les échanges s’organisent en réseau, et non pas de la classique manière bilatérale.

Aujourd’hui, ce réseau compte 13 partenaires et c’est toujours, depuis bientôt 20 ans, l’IST qui le coordonne avec diplomatie et détermination.

D’autres relations internationales très fortes se sont nouées, dans le champ des relations industrielles, notamment, dès 1989 entre l’IST et l’École de Relations Industrielles de l’Université de Montréal permettant, là aussi et grâce aux contacts et à la cartographie établie par Marc HEES, la mobilité étudiante entre nos institutions. Ces relations ont sans cesse été consolidées, notamment sous l’impulsion d’Armand SPINEUX et Evelyne LEONARD, qui ont aussi développé de nouveaux échanges avec l’Université Laval au Québec et l’Université Catholique de l’Ouest, à Angers.

L’IST aujourd’hui

Aujourd’hui, trois programmes sont proposés et coordonnés à l’IST :

Le master [60] en Sciences du Travail est vu comme le prolongement d’autres études de premier ou second cycle, mais aussi – de préférence – dans le prolongement d’une expérience professionnelle, pour des étudiants qui souhaitent s’investir dans les questions du travail.

Le master [120] en Sciences du Travail donne une approche pluridisciplinaire des problèmes du travail et de l’emploi. Ce master se fait en deux ans et comporte des cours théoriques dont l’apprentissage de la langue anglaise, un séminaire selon l’une des deux orientations choisie : « Travail et société » ou « Maser européen en Sciences du Travail (MEST) », et un mémoire de fin d’études.

Depuis 2007, et en collaboration avec la Louvain School of Management, la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation et l’Ecole des sciences politiques et sociales (au sein de la Faculté ESPO), un master [120] en Gestion des Ressources Humaines est également organisé par l’IST. Il est pluridisciplinaire et s’inscrit parfaitement dans le prolongement de la philosophie de l’IST. Mais, nouveauté : il est destiné aux étudiants en formation initiale et se donne en programme de jour et comprend un stage.

Au terme de l’audit mené en 2010 par l’agence AEQES, les experts félicitèrent le caractère pluridisciplinaire présent dans les masters coordonnés par TRAV, les bonnes méthodes pédagogiques employées pour donner certains cours, mais également la bonne répartition des crédits dans les programmes, et notamment pour le master [60] en Sciences du Travail qui est unique en Communauté française par sa cohérence et son attractivité.

En 2013, avec ses 250 étudiants, TRAV est une Ecole importante au sein de la Faculté des Sciences Economiques, Sociales, Politiques et de Communication. La philosophie générale qui prévaut dans l’enseignement, depuis la création de l’IST :
- L’IST propose et organise une approche pluridisciplinaire des questions du travail et, maintenant, de la gestion des ressources humaines ;
- L’ouverture disciplinaire va de pair avec une ouverture à des parcours diversifiés chez les étudiants. L’IST a préservé depuis le début cette ouverture, notamment sous la forme des passerelles ;
- Cela s’inscrit en parfaite cohérence avec un projet de démocratisation de l’accès aux études, dans la mission de service à la société de l’université

Recherche

L’IST a aussi publié nombre de cahiers et de dossiers associant les professeurs de l’Institut. Le premier CAHIER de l’IST a été publié par Jacques LEHMANN en 1977 et traitait de l’horaire variable en Belgique ; alors que le premier DOSSIER rassemblant ici plusieurs contributions autour d’une même thématique a été publié en novembre 1980 et portait sur « la responsabilité sociale : défi pour l’entreprise de demain ? ». Nous étions déjà avant-gardistes à l’époque !

Reconnu dans le domaine de l’étude du travail et des relations industrielles, l’IST est notamment le correspondant national (aujourd’hui avec HIVA) de la Fondation Européenne des Conditions de vie et de travail (Eurofound, Dublin) depuis 1997. Entre 1999 et 2006, l’IST a coordonné près de 30 études de représentativité au sein des 15 à 27 pays membres de l’UE, dans le cadre de financements majeurs obtenus par Armand SPINEUX auprès de la Commission européenne,.

En 2001, la Chaire Max Bastin est créée par l’Université catholique de Louvain et le Mouvement Ouvrier chrétien (MOC), au sein de l’IST afin d’entreprendre des recherches et des débats sur les questions sociales, le travail et la sécurité sociale. Le Pr Pierre REMAN en est le titulaire. En 2012, une seconde Chaire intitulée laboHR a été créée, elle porte sur le management humain et les transformations du travail. Le Pr Laurent TASKIN en est le titulaire.

Depuis 2008, en matière de recherche, l’expertise et les ressources de l’IST, jointes à celles du CERISIS (Centre de Recherche pour la Solidarité et l’Innovation Sociale) et de la FOPES (Faculté Ouverte de Politique, Économique et Sociale) ont été investies dans la création du Centre Interdisciplinaire de Recherche Travail, État et Société, le CIRTES. Les questions du travail occupent une place importante dans les recherches qui y sont menées.

En recherche, l’IST affirme aussi ses particularités et son identité : c’est un lieu de collaboration plurdisciplinaire, sur des questions clés du monde actuel. On pourrait s’étonner de ce que l’IST, qui a toujours été institutionnellement un lieu d’enseignement, soit aussi un lieu de recherche. Il n’y a pas à s’étonner : s’y retrouvent des chercheurs qui éprouvent le plaisir du travail pluridisciplinaire.
 
| 4/06/2013 |