La "Maman Noël des démunis"

L’histoire de Monica Nève est d’abord une histoire de famille. Nombreuse: cinq frères, deux soeurs. Monica est le trublion de la tribu. Le soir, après le repas familial, tout le monde se rassemble autour du piano. La tradition du chant en famille, particulièrement à Noël, sera le terreau de sa passion pour la musique. À sept ans, elle commence le piano; plus tard, elle apprendra la flûte et les percussions; adulte, elle se formera à la direction d’orchestre. «Je suis une touche-à-tout de la musique», résume celle qui est aussi une passionnée de chant, en particulier de chant grégorien. «Je ne suis virtuose en rien, mais je peux jouer à peu près tout sans partition.»
C’est encore le piano qui l’amènera à Rome. Monica y entamera aussi des études d’histoire de l’art qu’elle terminera plus tard à Bruxelles. Pendant son séjour en Italie, elle parcourra le Sud de la péninsule en chantant dans les bistrots.
Puis vient le mariage. Avec Emmanuel Nève de Mévergnies, ingénieur nucléaire diplômé de l’UCL. Détail amusant: il est né la nuit de Noël. Encore un clin d’oeil à
la fête de la nativité si présente dans la vie de Monica. Cinq enfants en cinq ans, une année en Amérique (elle y chantera beaucoup), quatre mois à Lubumbashi (elle en sera évacuée d’urgence en 1960), puis retour à Bruxelles, où pendant quinze ans elle se consacrera à ses enfants tout en perfectionnant sa formation musicale.
En 1975, Nativitas voit le jour. Le projet naît au coeur des Marolles, à Bruxelles, avec l’objectif d’offrir un lieu accueillant et chaleureux aux isolés et aux défavorisés. Au départ, il s’agit seulement de donner un goûter, quelques vêtements et, surtout, de la chaleur humaine. L‘emménagement dans deux maisons de
la Rue Haute (les 116 et 118), en 1986, permet d’étoffer les actions: des repas (une septantaine par jour), des colis alimentaires, des chambres, des douches, des vêtements de seconde main, un service social, …
Dix ans plus tard , la rénovation du 65 rue Haute permet de développer le volet culturel du projet, si important aux yeux de Monica Nève. Ce sont des cours de langue, de solfège, de guitare, des excursions, des visites, … et la création de la Chorale populaire des Marolles. «Notre projet est avant tout de restituer à chacun la notion de respect, de dignité et de droit. Cette dignité passe aussi par l’accès à la culture et par le respect de l’opinion de chacun.»
Aujourd’hui, Nativitas vit du dynamisme de Monica Nève et de l’implication de dizaines de bénévoles et des deux employés de l’association. Ses moyens financiers sont cependant fragiles: ils dépendent en grande partie des dons et des revenus des concerts de la chorale. Mais l’entrain de Monica Nève ne faiblit pas. «J’ai besoin de ceux que j’aide!», lance-t-elle. «Ils m’apportent d’ailleurs beaucoup plus que ce que je leur donne.»
Pierre Escoyez
www.nativitas.be

Une femme d’enthousiasme
Prêtre et homme de média (il est notamment directeur de la Radio télévision catholique belge), Philippe Mawet connaît bien Monica Nève, qu’il invite régulièrement à s’exprimer à son micro. Il lui a consacré un portrait il y a quelques semaines.

Si vous deviez mettre en exergue un trait de caractère de Monica Nève, lequel serait-ce?
Sans aucun doute son enthousiasme, au sens étymologique du terme, ressourcé sans cesse à sa foi en Dieu. Un enthousiasme qui se double d’une grande
chaleur communicative.
Parmi toutes les réalisations de Monica Nève, laquelle vous apparaît la plus remarquable?
Comment ne pas citer Nativitas? Cette initiative est remarquable dans le fait qu’elle allie le spirituel, le social, le culturel et l’artistique. Monica y consacre une énergie incroyable depuis plus de trente ans.
En quoi Monica Nève mène-t-elle selon vous un «combat pour l'humanité»?
Monica Nève mène ce «combat» à travers un profond respect de la dignité humaine dans tout ce qu'elle entreprend.Pour elle, chaque personne a une valeur
unique.

| 25/01/2008 |