Portrait minute : Benoît Lengelé, maître dans l'art du portrait

Benoît Lengelé est un des chirurgiens à l’origine de la première allogreffe partielle de visage. Une spécialisation qui n’est pas un hasard pour ce professeur qui allie l’art de la médecine à l’éthique et à l’esthétique.



26 novembre 2005, 22h : Benoît Lengelé, chirurgien aux Cliniques universitaires Saint-Luc, dirige avec Sylvie Testelin et Bernard Devauchelle au CHU d’Amiens l’intervention destinée à préparer le visage d’Isabelle Dinoire, 38 ans. Défigurée suite à une morsure de chien, celle-ci s’apprête à recevoir partiellement le visage d’une autre. Benoît Lengelé a beaucoup réfléchi avant de se lancer dans l’aventure. « Techniquement, nous avions toutes les compétences requises, mais la patiente allait-elle supporter de se réveiller avec le visage d’une autre », raconte ce professeur d’anatomie et chef de l’Unité de morphologie expérimentale. Heureusement, Isabelle a accepté le visage qui lui a été greffé ; son cerveau a réintégré l’image de son visage et en commande aujourd’hui les mouvements. Encouragés par ces premiers résultats, Benoît Lengelé et ses collègues des CHU de Lyon et d’Amiens envisagent de tenter à nouveau l’expérience avec cinq autres patients.

Si l’opération s’est faite médiatique, c’est hors des projecteurs et dans le plus grand secret qu’elle a été préparée au sein du Laboratoire d’anatomie de Woluwé. En réalité, Benoît Lengelé et ses confrères d’Amiens travaillent conjointement depuis une quinzaine d’années. Diplômé de l’UCL en 1987, il s’est intéressé dès sa spécialisation et sa thèse d’agrégation au développement du visage et du squelette facial. Il a d’ailleurs passé une année à Amiens pour s’y spécialiser ; il y a, entre autres, rencontré le Pr Laude, qu’il appelle aujourd’hui son « maître ». Il y a trois ans, il y séjourne, durant trois mois lors d’une année sabbatique. Après quinze années d’ expérience passées à réparer des défigurations sévères, lui et ses confrères d’Amiens avaient la conviction de toucher aux limites de ce qu’ils pouvaient faire, parvenant à des résultats encore contestables sur le plan esthétique et fonctionnel, bien que très aboutis sur le plan chirurgical. Dans l’impasse, ils décident donc de tenter autre chose : une transplantation. Commence alors un long travail de recherche pour préparer l’intervention. Minutieusement, tous les temps opératoires sont analysés, répétés et minutés. Sur un plan légal, éthique et déontologique, toutes les autorisations sont obtenues – et ce ne fut pas une mince affaire - auprès des autorités françaises de la santé. Médecine, esthétique et éthique… le métier de Benoit Lengelé combine toutes ces dimensions. Pas étonnant pour ce professeur qui, s’il a été contraint d’abandonner cette méthode en premier BAC, donne toujours ses cours « à l’ancienne », en dessinant patiemment les schémas d’anatomie à la craie au tableau. Dessinateur à ses heures, il est aussi passionné de peinture, en particulier des portraits français des 17e et 18e siècle, « un genre où le peintre étudie en profondeur la structure du modèle », dit-il. Et, tout naturellement, on en revient au visage et à ses mystères… Alice Thelen
| 31/05/2006 |