Des démographes wallons auscultent les communes flamandes

Friand de démographie communale et de migrations, le Groupe d’étude de démographie appliquée (GEDAP) pique la curiosité de la presse. Le Vif/l’Express et, tout récemment, Knack s’appuient sur l’outil scientifique des démographes néo-louvanistes pour désigner les « paradis » flamand et wallon. Paradis ? Le Gédap fait la moue.


Thierry Eggerickx, démographe : « Notre rôle est d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur les conséquences environnementales, économiques et  sociales des migrations. »



Début mai, l’hebdomadaire flamand Knack publiait la carte des lieux où il fait plus ou moins bon vivre en Flandre. En tête, Tervuren, suivie par des communes proches de Bruxelles et de Louvain. Anvers clôture le classement tandis que les communes côtières s’en sortent à peine mieux.

Curieux, cette expertise wallonne proposée à un hebdomadaire flamand ? Pas vraiment. Le Gédap, spécialiste de démographie communale et des migrations, a une longue expérience dans ce domaine. Il a développé avec l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) un outil sophistiqué dans le but de créer un indice des « conditions de vie » des communes wallonnes. Les nombreux indicateurs ont pu être groupés par familles : socio-économique, logement, environnement et services. C’est cet outil qui a permis d’établir les cartes commentées par le Vif et Knack.

Les résultats flamands et wallons ne sont pas comparables : les premiers reposaient sur 30 indicateurs alors qu’on en comptait 40 pour Bruxelles et la Wallonie. « Cela n’empêche, dit le Pr Thierry Eggerickx, que des tendances lourdes se dégagent qui dépassent la dichotomie classique Flandre/Wallonie. La première est la dualisation croissante entre les agglomérations urbaines, où les conditions de vie sont les plus défavorables, et les périphéries. Une des explications tient aux migrations, principal moteur de la croissance démographique et par extension, de la hausse du prix des logements ». Autre tendance : la migration des personnes âgées, plus faibles économiquement. Elle explique la zone « rouge » en bordure côtière - où l’environnement subit de fortes pressions - mais aussi dans les Ardennes où le volet « services » est moins bien coté. « Notre rôle, poursuit le démographe, est d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur les conséquences environnementales, économiques et sociales de ces migrations : à titre d’exemple, la pénurie de logements locatifs ou sociaux en Brabant wallon et la dualisation, en particulier entre les natifs et les nouveaux arrivés. »

Le traitement journalistique des données établies par le Gédap arrache une petite grimace à Thierry Eggerickx. « Nous avons établi un outil de travail scientifique dans le but d’objectiver les conditions de vie. Cela permet de désigner des situations à problèmes. En aucun cas, nous ne parlons de « paradis » ou de « bonheur » comme le fait la presse. Quelqu’un peut être très heureux dans une petite commune mal lotie sur un plan objectif parce que, par exemple, il bénéficie d’un fort réseau de solidarité. » Dominique Hoebeke


Les articles du Vif/L’express et de Knack sont disponibles à l’adresse : http://www.uclouvain.be/5209.html.
Site Web du Gédap: http://www.uclouvain.be/gedap.html

 

| 31/05/2006 |