Auditoire, auditoire, dis-moi si je suis bon professeur...

Routinières pour certains, exceptionnelles pour d’autres, les évaluations de cours demandées par les enseignants sont pratiques courantes à l’UCL. Les plus mordus : les jeunes académiques. Ce sont eux qui y recourent le plus souvent pour mieux « sentir » leurs auditoires.


«Pourquoi les étudiants n’ont-ils pas l’air motivé à mon cours?», « Mon support de cours convient-il ? », « Je donne peut-être trop de travail », « J’aimerais savoir ce qu’en pensent les étudiants »,… Habituellement, les professeurs ont peu d’échos de ce que pense un auditoire de leurs cours. Les avis émis de-ci de-là sont-ils le reflet de l’appréciation générale ? Difficile à dire. C’est donc pour prendre le pouls des étudiants que l’Institut de pédagogie universitaire et des multimédias (IPM) propose des évaluations. À la différence des évaluations « institutionnelles » obligatoires, réalisées, par exemple, depuis la réforme de Bologne pour tous les cours de bac 1 et 2, les évaluations formatives sont sollicitées par l’enseignant et mises en oeuvre dans le cadre d’un ou de plusieurs de ses cours.

C’est le plus souvent en fin de quadrimestre que les demandes affluent. « Mais certains préfèrent s’y atteler plus tôt de façon, si besoin est, à réajuster le tir », note Pascale Wouters, chargée de l’accompagnement pédagogique à l’IPM. Autre moment-clé pour requérir une évaluation : la nomination des jeunes académiques comme chargés de cours définitifs, à la fin d’une période de probation de trois ans. De manière générale, les jeunes sont les plus nombreux à y recourir. Il faut dire qu’au fil des années les professeurs prennent de la bouteille et ont à leur actif de plus en plus d’évaluations « institutionnelles », ce qui tend à diminuer les demandes individuelles.


CE QUE PENSENT LES ÉTUDIANTS

Comment les choses se passent-elles ? À sa demande, le professeur rencontre l’équipe de l’IPM afin d’expliquer de quelle façon se déroule le cours à évaluer. Ensuite, enseignant et IPM élaborent un questionnaire, choisissant les questions à partir d’une liste prédéfinie et les reformulant de façon à coller le plus possible à la réalité d’enseignement. Questionnaire auquel répondent les étudiants durant le cours évalué. Enfin, les réponses sont traitées par l’IPM qui remet les résultats au professeur.

Que veulent savoir les enseignants le plus souvent ? « Leurs questions concernent autant le contenu du cours que son organisation, l’interaction professeur/étudiant, le dynamisme, le support de cours,… Beaucoup s’interrogent sur la façon dont, globalement, cela se passe côté étudiant », explique Pascale Wouters. Charge de travail, apport du cours par rapport au syllabus, qualité des interactions avec l’auditoire, compréhension des contenus, rythme du cours,… les objectifs d’une évaluation semblent aussi divers qu’il y a de façons d’enseigner.

À partir des résultats, le professeur décidera ou non de changer tel ou tel aspect dans sa manière d’enseigner. Relativisons tout de même : « L’évaluation permet d’obtenir les perceptions des étudiants à un moment cible », poursuit Pascale Wouters. « Après, il faut bien entendu croiser les sources : s’autoévaluer, demander l’observation d’un conseiller,… » Dans le même ordre d’idées, Pascale Wouters insiste: « C’est l’activité d’enseignement qu’on évalue et pas la personne en tant que telle. La démarche se veut constructive et critique. Les résultats sont d’ailleurs confidentiels, ce qui garantit une relation de confiance, et non de contrôle, entre le professeur et l’IPM. » Si, en général, les professeurs ne sont pas réticents quant aux évaluations formatives, qui sont depuis plus de 10 ans pratique courante à l’UCL, le suivi est quant à lui plus sensible. Car, l’intérêt d’une évaluation est, bien entendu, d’améliorer son enseignement. Cela demande, du temps, or c’est ce qu’il manque à beaucoup. Mais le suivi soulève aussi la difficile question de la valorisation des efforts consentis par les enseignants, qui, à la différence de la recherche, ne sont que peu reconnus. Alice Thelen


Site web : www.ipm.ucl.ac.be



L’évaluation, un incitant
Vincent Lorant, professeur de santé publique (MD/ESP/SESA)



« En tant que professeur, j’évalue les étudiants. Si je veux être crédible, je dois montrer l’exemple. J’ai donc inséré l’évaluation de mes enseignements dans mon PAI (Projet académique individuel). Après avoir suivi une des formations que dispense l’IPM, j’ai pris l’habitude de faire appel à eux pour avoir un regard extérieur et compétent sur mon métier d’enseignant – les mains dans le cambouis, on perd de la distance – et pour avoir un feedback, réfléchir a posteriori sur les résultats. Je me suis, par exemple, rendu compte que certaines charges de travail étaient excessives, que des matières n’étaient pas comprises, que plusieurs concepts pouvaient être abandonnés ou vus par d’autres moyens qu’en séance, … C’est un péché de beaucoup de jeunes enseignants que de vouloir mettre trop sur la pelle. L’évaluation est donc pour moi un instrument de pilotage de mon cours. On devrait la voir comme un outil pour encourager les professeurs. En tant que chercheurs, nous sommes évalués chaque année à travers nos publications. Pourquoi ne le serions-nous pas pour notre métier d’enseignant ? Lors de mon postdoc à Rotterdam, j’ai constaté que l’étudiant lorsqu’il s’inscrit à un cours dispose de l’évaluation réalisée l’année d’avant. Je trouvais cela super que les étudiants puissent choisir en connaissance de cause. »

 

Sentir son auditoire
Marie Verhoeven, professeur de sociologie (ESPO/POLS/ANSO)



« Je donne cours en licence en sociologie mais également à la FOPES. Alors qu’à la FOPES, les cours sont suivis par des conseillers pédagogiques spécialisés, au département, chaque professeur est livré à sa propre appréciation. Si j’ai fait appel à l’IPM, c’était donc pour avoir un regard extérieur sur mes pratiques et pour adjoindre une évaluation solide à mon rapport d’activités.

Dans les cours universitaires, on sait finalement très peu ce que pensent les étudiants, et ce n’est pas toujours facile de susciter les échanges. Il me semble qu’on a parfois tort de se fier au seul contact avec l’auditoire, qui ne nous dit pas tout. L’évaluation permet alors d’objectiver le feedback. En me lançant dans cette évaluation, mon souci était double : d’une part, vérifier que mon cours intéressait les étudiants et fasse sens dans leur formation de sociologue, d’autre part obtenir un retour sur la forme pour enseigner. Dans mon cas, l’évaluation fut positive et c’est rassurant. Mais un auditoire n’est pas l’autre et il faut savoir s’adapter à un public qui est, et sera, de plus en plus hétérogène. »

| 1/06/2006 |