Appartenir


Gabriel Ringlet, prorecteur en charge de la communication

Comment « appartenir » dans une société tiraillée entre deux trop-pleins ? « Toute institution qui rassemble des hommes autour d’une idée trop forte tend à devenir une institution violente » prévenait déjà Paul Ricoeur. Attention au trop-plein d’absolu. Mais une autre violence, silencieuse, ne menace-t-elle pas plus encore et d’autant plus durement qu’elle est moins identifiée : le trop-plein de relatif ? Face à ce qui apparaît comme une mutation générale du croire, les identités sont hésitantes, morcelées, les institutions s’équivalent, les points de vue sont renvoyés dos à dos. Un relativisme mou presqu’aussi inquiétant que le fanatisme. Entre la conviction assassine et l’indifférence qui l’est finalement tout autant, comment « appartenir » ? Être pleinement « dedans », oui, mais avec suffisamment de distance intérieure. Cette question de l’attachement sans enfermement se pose aussi à l’UCL. Comment inscrire pleinement son projet personnel dans un projet plus vaste en sachant qu’une identité légère et chantante aura toujours un coeur multiple ? Ces interrogations m’ont rejoint davantage ces jours-ci quand la rédaction de La Quinzaine m’a rappelé que le journal fêtait son 250e numéro. Quel rôle – ce n’est qu’un chemin parmi beaucoup – peut ou doit jouer notre publication interne pour que l’« appartenir » soit vécu de façon ouverte, dynamique et inventive ? Au moment de lancer la nouvelle formule, il y a un an, je tentais de résumer l’objectif à atteindre autour d’un seul mot : raconter. Que le journal raconte à ses lecteurs une UCL joyeusement plurielle. Si on en juge au rapide sondage réalisé il y a quelques semaines, ce « récit » a rejoint son public puisque plus de 80 % de ceux qui se sont exprimés invitent à poursuivre en ce sens, toutes catégories de lecteurs confondues. D’ailleurs, quand on entre dans le détail des contenus, le domaine le plus souhaité et le plus attendu concerne la vie même de l’institution. « Si grandir c’est partir, naître, c’est appartenir » disait Jean-Marie Faux. Et les lecteurs qui se sont exprimés veulent appartenir plus encore. Cela dit, un anniversaire ne peut se contenter d’un bouquet, même quand mai fleurit partout. Si La Quinzaine veut grandir et donc partir… elle doit devenir plus interactive, susciter davantage le débat, encourager la participation, se montrer plus proche de chacun, raconter la vie, créer du lien et faire saisir, surtout, les grands enjeux dans lesquels l’université se trouve engagée. Mais toujours sous le mode du récit. À cet égard, je tiens à remercier publiquement une toute petite équipe qui, avec la sobriété de ses moyens, a réussi le pari qui lui était assigné : donner à un journal institutionnel qui s’adresse à des publics et à des intérêts différents, une véritable ambition journalistique. Demain, il s’agira toujours de raconter. Mais avec une attention toute particulière à un second verbe chevillé au premier : appartenir. Pas par principe mais parce qu’entre deux trop-pleins le chemin de l’appartenance permet de réconcilier l’engagement et la liberté.




| 31/05/2006 |