Mini-portrait : Déplacer les atomes à la main

A l'avant-plan Xavier Gonze, suivi de Gian-Marco Rignanese et Jean-Christophe Charlier, actif au sein du European Theoretical Spectroscopy Facility (ETSF)

Deux bonnes nouvelles sont parvenues ces dernières semaines à Xavier Gonze, professeur à l’Unité de phyicochimie et de physique des matériaux (FSA), directeur de l’Institut de calcul intensif et de stockage de masse: sa nomination en tant que Fellow of the American Physical Society, distinction rare que seuls quatre Belges peuvent se targuer d’avoir obtenue; et le choix de l’UCL comme centre de coordination de l’European Theoretical Spectroscopy Facility (ETSF), une infrastructure européenne virtuelle dédiée aux nanosciences au sein de laquelle son laboratoire joue un rôle déterminant, avec le soutien de l’université et de la Région wallonne. L’ETSF est en outre une des huit «e-infrastructures» sélectionnées dans le cadre d’un récent appel européen. Issue de Nanoquanta, réseau d’excellence financé par
l’Union européenne, l’ETSF est portée, à l’UCL, par un trio: Xavier Gonze, Jean-Christophe Charlier (FSA/MAPR) et Gian- Marco Rignanese (FSA/MAPR). Cette infrastructure met la force prédictive des calculs ab initio –à partir des principes premiers, sans recours aux données expérimentales– au service de l’analyse de systèmes très divers dont les résultats intéressent expérimentateurs et industriels. Concrètement, l’ETSF propose des logiciels –huit, dont un, ABINIT, logiciel libre initié et coordonné par Xavier Gonze à l’UCL– le support, des formations et d’éventuelles collaborations. Ces outils informatiques permettent, grâce à la simulation numérique, d’explorer des phénomènes particuliers à une échelle nanoscopique et d’avoir un accès direct à une représentation de la réalité. «C’est comme si on déplaçait un atome à la main» explique Xavier Gonze. «À ce niveau-là, poursuit Jean-Christophe Charlier, il est très difficile d’expliquer une expérience, il faut donc coupler expérimentation et simulation pour comprendre un phénomène.» Le concept porté par l’ETSF est novateur. Car s’il existe des logiciels équivalents sur le marché, leur complexité compromet une utilisation efficace en l’absence de formation. Les motifs qui ont présidé à la désignation de Xavier Gonze comme Fellow de l’American Physical Society ne sont pas étrangers à ce rôle clé joué au plan européen. Le premier est son rôle de leader, déterminant pour le développement du logiciel ABINIT, utile à quelque 1 200 chercheurs qui recourent au calcul ab initio pour étudier les propriétés des matériaux. Son travail scientifique autour de la théorie de la fonctionnelle de la densité (lancée en 1964 par Walter Kohn, prix Nobel de chimie) que 30 000 chercheurs utilisent à travers le monde est la deuxième raison qui le conduit aujourd’hui à pénétrer ce «club» très fermé.
D.H.

| 19/03/2008 |