Devant 300 étudiants passionnés, Bernard Devauchelle, spécialiste de la chirurgie cervicofaciale, a expliqué quelles étaient les balises de sa pratique. Il a ensuite reçu, avec le professeur américain Jatin P.Shah, le titre de docteur honoris causa de la faculté
Pr Jatin P. Shah Pr Bernard Devauchelle
Depuis cette célèbre greffe de visage, réussie le 27 novembre 2005 à Amiens après treize heures de travail, le nom de Bernard Devauchelle avait largement passé les frontières de l’hexagone. Est-ce la renommée du chirurgien français qui amena les étudiants à remplir l’auditoire Lacroix de Woluwe, le 22 avril dernier ? Ou le titre inattendu de sa conférence, «Élégance et microchirurgie»? Ou encore les invitations répétées par le Pr Benoît Lengelé (MD/MOEX), le meilleur ambassadeur de
l’orateur dont il était le parrain académique en cette journée de docteur honoris causa ?
Toujours est-il que la leçon magistrale fut donnée ce jour-là devant quelque 300 auditeurs passionnés, quelques heures avant que les titres honorifiques soient
remis par le recteur de l’UCL et la Faculté de médecine à Bernard Devauchelle et à Jatin P.Shah, autorité mondiale dans le domaine de la chirurgie cervico-faciale.
Dandysme chirurgical ?
Chez Bernard Devauchelle, «la volonté d’élégance est érigée en philosophie du progrès médical», dira Benoît Lengelé. On se tromperait en réduisant cela à un dandysme chirurgical. Car ce souci d’élégance implique chez Devauchelle «beaucoup de réflexions, pré et post opératoires». Le patron du service de chirurgie maxillo-faciale du CHU d’Amiens a ainsi montré, images à l’appui, qu’il a d’abord un devoir de liberté créatrice et d’imagination. Il en faut, en effet, pour refaire une paupière avec un morceau de peau prélevé derrière l’oreille du patient, pour reconstituer une langue avec un fragment d’estomac ou pour redessiner une bouche avec un lambeau pris à la commissure entre deux orteils.
Devoir d’universalité, d’économie et de discrétion aussi. Le chirurgien doit appliquer ses techniques à tous, enfants ou personnes âgées, avec le moins de matière et le moins de traces possible. «L’aphorisme ‘À grand chirurgien, grande cicatrice’ n’a plus cours», insiste-t-il.
S’ajoute, toujours, une volonté de restaurer les fonctions. À cet égard, Bernard Devauchelle aura été un pionnier, refusant la greffe de fragments immobiles pour privilégier les transplantations de lambeaux à réinnerver.
Après la main, le robot
Jadis considérée comme un «art de l’imprévu» (dixit Paul Valéry), la chirurgie trouve aujourd’hui avec l’informatique de quoi réduire l’incertitude. «Avant, il
fallait couper puis voir. À présent, on doit voir puis couper, souligne l’orateur. La main est peut-être arrivée à l’extrême limite de ce qu’elle peut offrir. L’ordinateur et le robot permettent d’aller audelà.» Ils permettent d’anticiper aussi, en stimulant une reconstitution morphologique ou en faisant précéder l’intervention
réelle par une opération virtuelle.
Le Pr Marc Crommelinck (MD/NEFY), bientôt en charge de la culture à l’UCL, le soulignera à l’issue de cet exposé: le geste du chirurgien n’est pas loin de celui de l artiste. L’un et l’autre osent la transgression, avec le souci du beau, du vrai et du bien.
J.F.Dt