Paolo Dall'Oglio : "La justice ne peut réussir sans pardon"

Le père jésuite italien Paolo Dall’Oglio est engagé en faveur du dialogue  interreligieux entre chrétiens et musulmans. OEuvrant au sein du monastère qu’il a créé en Syrie, il est interpellé par les jeunes en quête spirituelle.

 

Foi, justice et vérité sont les trois mots
qui guident Paolo Dall'Oglio

 

En 1992, Paolo Dall’Oglio a fondé une communauté religieuse oecuménique mixte dans le monastère de Mar Musa el-Habashi à Damas, en Syrie. «Sur la route qui mène du nord au sud, à la frontière avec le désert, lieu historique de confrontation et de rencontre entre le monde arabe et occidental», explique-t-il. Trois priorités guident la conduite des habitants du monastère: une vie spirituelle enracinée dans les traditions islamique et chrétienne, la simplicité et l’hospitalité, une vertu très importante aussi bien dans le christianisme que dans l’islam.

Un lieu attirant pour les jeunes

Paolo Dall’Oglio se soucie des jeunes et de leur épanouissement spirituel et culturel. Il est donc particulièrement heureux que son doctorat honoris causa soit une initiative de deux étudiants, Benjamin Peltier (UCL) et Dries Deweer (K.U.Leuven). «J’ai été très étonné d’apprendre que j’avais été proposé pour recevoir ce titre, raconte-t-il, mais lorsque j’ai su que l’initiative émanait d’étudiants, j’ai mieux compris pourquoi. Nous accueillons beaucoup de jeunes au monastère. Le lieu et le fait que nous nous attachons à promouvoir le dialogue interreligieux les interpellent

Il évoque la difficulté des jeunes générations à adhérer à une religion, à cause précisément des conflits qui opposent les différentes croyances: «C’est l’une des raisons pour lesquelles les jeunes se sentent attirés par notre monastère et notre mode de vie. Ils peuvent y voir que nous tentons chaque jour de construire une communauté arabo-chrétienne interculturelle.» Un simple regard sur l’actualité indique que le dialogue interreligieux représente aujourd’hui un défi de taille. Paolo Dall’Oglio acquiesce: «Après l’époque coloniale, ce sont les projets nationalistes et socialistes-communistes qui ont occupé le devant de la scène. Dans nombre de pays, ils sont devenus si importants que la religion a été mise de côté. Mais lorsque le rêve socialiste s’est brisé, nous nous sommes retrouvés dans un système de plus en plus universaliste. Dans ce contexte, l’islam se présente, par exemple, comme une solution pour l’avenir de l’humanité. Il en va de même pour l’hindouisme et le christianisme. Nous sommes dès lors confrontés à un choc des universalismes.» Voilà pourquoi il est essentiel de connaître ses propres traditions. «Si elle perd son sens, l’histoire devient sèche et aride», conclut le jésuite.

Vérité, Justice, Foi

Foi, justice et vérité sont les trois mots qui guident Paolo Dall’Oglio. «Ma foi, et ma fidélité à ma foi, incarnent tout ce qui est précieux dans ma tradition et ce qui me pousse à découvrir les choses vraies dans d’autres traditions. Cette approche permet de réconcilier fidélité à la foi et foi dans le dialogue interreligieux.» La justice est plus que jamais une condition indispensable à ce dialogue. «Sans justice, il n’a aucun sens. La justice est en outre un concept qui se trouve au coeur de la vision du monde de tout un chacun, qu’il soit chrétien, juif, musulman, athée ou autre. Mais elle ne peut réussir sans pardon, et la réconciliation est impossible sans justice.» La vérité est, elle aussi, un terme qui fait référence à quelque chose de profond et d’essentiel et qui peut revêtir des dimensions très différentes.

Paolo Dall’Oglio espère que son doctorat honoris causa renforcera le lien entre son monastère et l’université, mais aussi qu’il créera des possibilités de collaboration avec les universités syriennes. «Et je souligne que mon monastère est un lieu culturel et spirituel où les étudiants et professeurs de Louvain sont les bienvenusInes Minten (Campuskrant KUL)/Julie Claus

>Bio express
− 1954: Naissance à Rome
− Entre dans la compagnie de Jésus, fait son noviciat puis ses études à Beyrouth.
− Est nommé à Damas où il trouve dans un guide touristique la mention du monastère Mar Moussa el-Habashi.
− 1984: débute la restauration du monastère où il fonde une communauté

Les parrains de Paolo Dall’Oglio sont deux étudiants. Benjamin Peltier (à gauche) est étudiant à l'UCL et président de l’AGL.
Dries Deweer (à droite) est étudiant à la
K.U.Leuven

 

| 26/01/2009 |