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Sari Nusseibeh : "Deux Etats, ce serait le moins douloureux"Le conflit sanglant entre Israéliens et Palestiniens éloigne de plus en plus l’idée d’une solution pacifique au Proche-Orient. Sari Nusseibeh est partisan de la solution de deux États indépendants, juif et palestinien.
Sari Nusseibeh, recteur de l’Université Al-Quds de Jérusalem, est le fils d’un refugié palestinien ayant renoncé au droit au retour. Il représente pour beaucoup le symbole de la Palestine non radicale. Son attitude mesurée par rapport au conflit israélo-palestinien ne plaît pas à tout le monde: menaces de mort ou pressions sont le lot de ce docteur en philosophie et sciences politiques formé à Harvard et à Oxford. Depuis la signature des accords de paix d’Oslo en 1993, début de la reconnaissance réciproque entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), la solution de deux États constitue le fil conducteur des tentatives de négociation entre responsables politiques israéliens et palestiniens. «Mais la paix ne peut se réaliser en Israël que si elle résulte de la volonté collective de tous», prêche Sari Nusseibeh. La voix des peuples Voilà pourquoi, en 2003, avec l’ancien chef de la sécurité intérieure israélienne Ami Ayalon, il s’est adressé à l’homme de la rue à travers le manifeste La voix des peuples. Cette déclaration, qui a récolté des milliers de signatures –tant palestiniennes qu’israéliennes–, prône la création de deux États indépendants, séparés par les frontières qui prévalaient avant le 4 juin 1967, la veille de la Guerre des Six Jours. Les zones occupées depuis cette époque deviendraient le futur État palestinien et Jérusalem-Est en serait la capitale. Cette perspective prometteuse est devenue toutefois de plus en plus une illusion au fil du temps. Nusseibeh ne mâche pas ses mots: «Nous avons manqué à nos responsabilités ces quinze dernières années». Dans une interview accordée au Nouvel Observateur (14 mars 2008), il explique: «De nombreux Palestiniens ne croient plus aux belles paroles des dirigeants. La population palestinienne juge que la solution des deux États a déjà perdu tout son sens. Elle associe l’Autorité palestinienne [NDRL: le gouvernement civil mis en place en 1996 en Cisjordanie et à Gaza] à un système de corruption généralisée et se demande à quoi bon se battre pour obtenir cet État palestinien hypothétique.» Ainsi refait surface l’idée d’un seul État binational, dans lequel les droits individuels des Palestiniens seraient assurés. «Pour parvenir à un seul État, il n’y a pas que la violence: nous pouvons suivre l’exemple sud-africain qui a mis fin à l’apartheid.» Nusseibeh reste toutefois partisan d’une solution à deux États, pour la simple raison qu’il estime que cette solution est la moins douloureuse, la moins coûteuse en souffrances humaines et la plus facile à atteindre. De leur côté, la plupart des Israéliens rejettent l’idée d’un État binational, qui obligerait de poser la question du retour des réfugiés palestiniens. «Ce n’est pas par hasard si Tzipi Livni [NDRL: la ministre israélienne des Affaires étrangères] s’est convertie au principe d’un État palestinien indépendant», précise-t-il. «C’est, à terme, la seule garantie de l’idée, fondamentale pour elle, d’un État juif.» Une menace de radicalisation «La menace d’une radicalisation se précise», prévient Nusseibeh, maintenant que la Bande de Gaza s’est transformée en ruine. "Les électeurs pourront vouloir redonner sa chance à la droite dure. On peut en imaginer les conséquences sur le processus de paix. Si nous voulons réaliser une solution à deux États, elle devra voir le jour très vite.» Benedict Vanclooster (Campuskrant KUL)/Julie Claus > Bio express
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28/01/2009
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