|
Colloque Darwin - Qu'est-ce que l'homme ?
Qu’est-ce que l’homme? Vaste question que posent la théorie darwinienne de l’évolution et, dans la foulée, ses contradicteurs. Sept facultés y consacrent un colloque, les 28, 29 et 30 avril. Les chercheurs de l’UCL, conscients de leur responsabilité citoyenne et sociale, entendent couvrir l’ensemble de la problématique.
À l’UCL, quand les chercheurs s’emparent de la théorie de l’évolution de Darwin —dont l’année 2009 célèbre le bicentenaire—, ce sont des scientifiques mais aussi des théologiens et des philosophes qui se rassemblent. Sept facultés(1) consacrent aux «darwinismes et spécificité de l’humain» un colloque les 28, 29 et 30 avril. Une coorganisation à caractère interdisciplinaire inédite. Bien entendu, les chercheurs aborderont les derniers développements scientifiques liés au darwinisme, en neurobiologie notamment. Ce sera notamment le rôle de Gerald Edelman, prix Nobel de médecine, auteur d'une théorie de la conscience. On notera aussi la conférence de Christian de Duve, lui aussi prix Nobel de médecine, le 28 avril à 20h, en ouverture du colloque. Mais le colloque alliera aussi aux sciences, la philosophie et la théologie. «On ne peut s’en tenir au seul registre scientifique dans la mesure où les sphères sociales, politiques et convictionnelles sont concernées», explique le théologien Benoît Bourgine, porte-parole du comité organisateur du colloque. «L’interdisciplinarité n’est pas un slogan, c’est une nécessité. Scientifiquement, cette théorie est très importante; elle embrasse l’ensemble de la biologie. Idéologiquement, elle est sensible parce qu’elle bouleverse la représentation de l’humain. Voilà pourquoi aucune théorie n’a autant fait l’objet d’instrumentalisations idéologiques ou d’oppositions par les fondamentalismes religieux.» À l’heure où les thèses créationnistes prennent racine en Europe, le propos est d’importance. Un des enjeux du débat est de montrer que théorie darwinienne et concept de création appartiennent à deux ordres distincts de réalité, ce qui prive le créationnisme de sa raison d'être. «Le fait d’affirmer que l’espèce humaine provient d’un ancêtre commun à tous les vivants selon une histoire qui comporte une part d’aléatoire rend-il impensable l’idée d’une création du monde et de l’homme par Dieu?», s’interrogent quelques-uns des organisateurs dans la dernière édition de la revue Louvain(2) . Non, répondent-ils, si l’on prend garde que la question de la signification approche la réalité autrement que la biologie.» La tension entre ces deux plans de représentation fera l'objet d'un débat lors du colloque. Foi, création et évolutionnisme Le débat général est d’ailleurs souvent obscurci faute d'une connaissance minimale des concepts philosophiques ou théologiques. «Ce qui amène à confondre créationnisme et foi en la création», enchaîne Benoit Bourgine. «Le créationnisme se définit par une opposition à l’évolutionnisme; la foi en la création du monde par un Dieu (plan de la signification) ne s’oppose pas en soi à l’évolutionnisme (plan scientifique). Or la plupart des publications aujourd’hui commettent cette confusion.» L’actualité du darwinisme concerne la sphère des convictions mais aussi la sphère politique. Journées scientifiques, cours d'Académie, formations, carte blanches dans la presse,… le Comité organisateur, qui compte huit professeurs de l’UCL, deux des FUNDP et un de l’ULB, a mené de nombreuses actions communes au cours des dernières années. «Régulièrement, la liberté d’enseignement et de recherche est entravée par des groupes d’inspiration religieuse opposés à la théorie darwinienne.» Cas concrets, qui se rencontrent dans les écoles secondaires mais aussi dans les auditoires: les étudiants interrogent les faits scientifiques à la lumière de leurs convictions, plus ou moins ancrées dans le créationnisme. Les enseignants, eux, sont confrontés à deux registres d’interrogation (les faits scientifiques et la question du sens). «Plus largement, conclut Bourgine, il s’agit de faire la lumière sur les résistances que la théorie de Darwin continue de susciter de la part des fondamentalistes et de s’interroger sur les avancées du front anti-évolution en Europe.» Alice Thelen
(1) Facultés de sciences, de médecine, d’ingénierie biologique, agronomique et environnementale, de sciences économiques, sociales et politiques, de philosophie, de psychologie et des sciences de l’éducation et de théologie.
4 docteurs honorés par 6 facultés À l’occasion du colloque qu’elles coorganisent, six facultés remettront des doctorats honoris causa à quatre scientifiques. Le docteur Gerald Edelman (USA, 1929) a reçu le prix Nobel de médecine en 1972 pour ses travaux sur le système immunitaire. Il recevra les insignes de docteur honoris causa des Facultés de médecine et de philosophie de l’UCL. Il est le grand explorateur de la conscience, connu pour sa théorie du darwinisme neuronal auquel il consacrera un exposé. «Il distingue une conscience primaire, partagée par les mammifères supérieurs, et une conscience d’ordre supérieur, seulement développée chez les humains capables de communiquer au moyen d’un langage articulé», expliquent ses parrains, les Prs Bernard Feltz (ISP) et Marc Crommelinck (MD). John Haught (USA, 1942), parrainé par le Pr Benoît Bourgine (TECO), est théologien. Il s’est spécialisé dans les rapports entre science et foi, en particulier l’impact de la théorie de l’évolution sur les représentations religieuses. C'est notamment lui qui fut appelé comme expert lors du procès en 2005 sur l'enseignement de la théorie de l'évolution et du "dessein intelligent" en Pennsylvanie. Neurophysiologiste, Marc Jeannerod (France, 1935) a, lui, centré son activité sur les relations entre le cerveau et l’action. Il sera présenté par le Pr Xavier Seron (PSP). Il a notamment montré que nos mouvements obéissent à une commande construite à partir d’une représentation du but à atteindre. Un exemple simple: la main s’ouvre jusqu’à l’amplitude voulue avant même de se refermer sur l’objet à saisir. Cela l’a conduit à étudier les «actions non exécutées», quiC’est activent un réseau semblable d’aires corticales.
À l’origine médecin lui aussi, Stuart Kauffman (USA, 1939) a, comme biologiste,étudié l’origine de la vie et les systèmes complexes. Dans son ouvrage The Origins of Order. Self-Organization and Selection in Evolution, il montre comment le principe d’auto-organisation peut rendre compte de nombreux sauts qualitatifs dans la structuration de la matière vivante tout d’abord, dans l’évolution des espèces ensuite. Il sera parrainé par les Prs Thierry Hance (SC) et Philippe Baret (AGRO). Alice Thelen
Deux ans de travail commun
Scienceinfuse célèbre l’évolution de toutes les sciences
|
7/05/2009
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||