Michel Crucifix est dans les starting-blocks

Physicien de 32 ans, Michel Crucifix s’apprête à monter son équipe de recherche grâce à la Starting Grant européenne. Sur 1 112 postulants dans son secteur, ce chercheur qualifié FNRS et professeur à l’Institut Georges Lemaître a convaincu l’imposant jury européen.

Michel Crucifix

Michel Crucifix (SC/PHYS/ASTR) commence l’été par une bonne nouvelle: il va recevoir la Starting Grant du Conseil européen de la recherche (ERC). Cette bourse «junior» était cette année convoitée en Europe par 1 112 postulants en recherche fondamentale dans le secteur «Physical Sciences and Engineering» et 2 503 chercheurs tous secteurs confondus. «Le processus de sélection met les nerfs à rude épreuve», confie Michel Crucifix. «C’est très intimidant. Les candidats sont de très haut niveau et, dans certains pays, sont encouragés financièrement. Le taux d’échec est très important. Mais cela valait le coup…»

Pour obtenir l’ERC, l’originalité du projet est primordiale. «J’ai passé près de deux ans à chercher ce dont les paléoclimatologues avaient besoin», explique Michel Crucifix. Le chercheur a commencé par dresser le bilan de ses propres compétences: il est physicien (docteur UCL promu par André Berger), a de bons contacts avec les chercheurs de terrain (ceux qui récoltent les données) et connaît le système climatique. Il a également passé quatre ans au MET Office en Grande Bretagne. Il s’agit d’un centre spécialisé dans les prédictions météorologique et la recherche climatique. Un des plus réputés au monde, où les équipes de recherche comptent jusqu’à 150 chercheurs pour un même projet.


Un nouveau modèle de climat

Au fil de sa jeune carrière, Michel Crucifix constate un problème récurrent en climatologie:les modèles climatiques sont souvent «recalibrés» a posteriori (c’està- dire après leur élaboration théorique) pour correspondre aux données de terrain, sans qu’on comprenne vraiment les conséquences de cette opération sur la fiabilité des prédictions établies grâce à ces modèles. En fait, explique-t-il, «il faut apprendre à prévoir en présence d’informations incomplètes. C’est un problème courant, mais auquel notre culture scientifique ne nous a pas habitués.»

Pendant presque deux ans, le chercheur s’est efforcé de s’extraire de la communauté des climatologues pour comprendre comment, dans d’autres disciplines, on
modélise les systèmes complexes. Ses conclusions sont au coeur de son futur projet: créer, à l’aide de la puissance des systèmes dynamiques et des statistiques bayésiennes, un modèle du climat capable de faire des prévisions sur plusieurs dizaines de milliers d’années en intégrant d’emblée les données de terrain et les incertitudes.



Avoir foi en son projet

Aidé par l’Administration de la recherche (ADRE) et soutenu par ses collègues et confrères, Michel Crucifix a convaincu tant par l’originalité de son projet que par sa personnalité, c’est-à-dire sa capacité à diriger une équipe de recherche. Cette bourse lui permettra d’engager plusieurs chercheurs pendant 5 ans, d’organiser des workshops,… «Jouons-nous à armes égales?», se demandait-il en amont du concours. Il répond aujourd’hui: «Il faut avoir foi dans son projet.». Avis aux chercheurs: le prochain appel «junior» s’ouvrira cet été. Alice Thelen

(i) Pour plus d’infos sur le prochain appel: laetitia.simar@uclouvain.be (ADRE).

 


Pierre Sonveaux aussi

Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que Pierre Sonveaux (MD/MINT) a lui aussi décroché un Starting Grant du Conseil européen de la recherche. Pierre Sonveaux travaille sur les tumeurs cancéreuses. Il met actuellement au point une molécule capable de bloquer le développement des tumeurs en les privant d'énergie. La revue Louvain de mars-avril 2009 a consacré un article à ses recherches.