17/12/2010 Défense de thèse

Madame Anne-Françoise LOISEAU, de Saint-Denis (France) présentera sa dissertation doctorale
et la soutiendra publiquement pour l’obtention du grade de docteur en théologie, le vendredi 17 décembre 2010 à 10h30 dans l’auditoire DESC 85, Grand-Place, 45 à Louvain-la-Neuve.
 
Le jury est composé de MM. les professeurs :
Benoît Bourgine, président
Jean-Claude Haelewyck, promoteur
Jean-Marie Auwers
Jean-Marie van Cangh
Cécile Dogniez (Paris) 

TRANSMISSION, TRADUCTION, TRADITIONS
Traduction et procédés herméneutiques à l’œuvre dans les Versions des XII Petits Prophètes principalement

 
Transmission, traduction, traditions, telles sont les trois facettes abordées dans cette approche (qui combine linguistique et herméneutique) des traductions et/ou recensions anciennes de la Bible, et en particulier de la première d’entre elles, la Septante. Le défi majeur des traducteurs grecs a été celui de la fidélité au texte (par ex. en cas de jeu de mots) ; il leur a fallu décider si le texte était mieux servi par une fidélité selon la lettre ou selon l’esprit. Trois voies principales de traductions ont été explorées avec, aux deux extrêmes, chacune ses risques et ses limites. Le traducteur des XII Petits Prophètes a choisi la voie d’une « fidélité créative », combinant une grande proximité syntactique (malgré quelques traces d’hésitations et de « réticences ») avec un lexique choisi (44 néologismes) et quelques audaces interprétatives (par ex. Am 3, 15).
L’apport des recherches qumraniennes est décisif dans le jugement, puisque diverses coïncidences entre des leçons variantes de la LXX, de Qumran et du Pentateuque samaritain ont amené les chercheurs à restreindre les libertés qu’auraient prises supposément les traducteurs grecs pour remonter plutôt à leur Vorlage, dans un contexte de fluidité pré-canonique. Dans ce travail, j’ai donné quelques exemples de traductions grecques laissant subodorer un substrat hébreu, par exemple par la présence d’un pronom rétrospectif, ou par la reconstitution de motifs probables de modifications qui n’ont de sens qu’au niveau des langues sémitiques, entre autres en araméen. L’araméen a également joué un rôle important dans la traduction grecque elle-même. Il est, en effet, divers cas où l’hébreu a été interprété d’après l’équivalent (linguistique ou sémantique) araméen ou syriaque, ou en fonction du champ sémantique de l’équivalent araméen ou syriaque, du champ sémantique de l’hébreu augmenté de celui de l’araméen, ou encore en fonction du champ sémantique de deux homonymes araméens ou syriaques. En outre, les LXX (et pour le NT, la crèche de Luc) ont été influencés par des traditions philologiques et exégétiques fixées en araméen, telles qu’on les retrouve dans le Targum.
Outre le décryptage d’après l’araméen, les traducteurs ont pu recourir à différentes stratégies face à un mot difficile ou face à un énoncé qu’ils voulaient éviter, que ce soit par respect ou par désir d’actualisation : transcription, intertextualité, traduction « étymologique », métathèse, choix du sens de l’homonyme. Bien sûr, il faut tenir compte, au niveau de la Vorlage ou de la lecture de la Vorlage, des « erreurs heureuses » : diverses variantes sont sans doute nées par accident, mais ont été accueillies parce qu’elles offraient du sens.