Ce mois de novembre, les 85 000 m³ d’eau du lac de LLN se vident. Pendant un an, le lac restera vide, permettant à la nature de reprendre ses droits sur un site qui se dégradait. Ce sera aussi l’occasion d’entreprendre des travaux de réfection urbanistique et de mener une série d'expériences scientifiques.
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Un étang du bois de Lauzelle a subi le même
traitement que celui mis en place au lac.
L'étang vidé, les boues durcissent.
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Les boues laissent place à un champ,
où sont introduites des plantes aquatiques et subaquatiques.
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L'eau est plus claire grâce à l'action
épurative des végétaux et animaux.
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Le 9 novembre, Jean-Claude Mangeot, garde forestier du bois de Lauzelle, et Vincent Poelaert, architecte paysager (GPEX), ont ouvert les vannes du lac. Comme une (très grande) baignoire, le lac se vide petit à petit dans la Malaise puis dans la Dyle, et son nettoyage a commencé.
Ce projet a d’abord un but écologique: le lac est trop sale, il faut l’épurer et laisser la faune et la flore se redévelopper, pour qu’à l’avenir les plantes agissent dans l’eau comme un filtre naturel. Le projet a aussi une dimension paysagère: «L’eau est trouble et trop dense, explique Jean-Claude Mangeot. On ne voit plus les poissons, il n’y a plus de fleurs, et le lac sent mauvais. Nous voulons nettoyer le tout et le rendre attractif, réintroduire une diversité de poissons et de plantes, mettre des nénuphars,... Louvain-la-Neuve sera fière de son lac!»
Ouverture des vannes
Début novembre, les vannes exutoires ont été ouvertes et la phase de vidage a commencé. Vers la fin du mois, les poissons seront attrapés avec des filets. La phase de minéralisation débutera alors. En minéralisant, la couche de vase va perdre du volume et se solidifier. «La boue devrait diminuer de moitié et former une sorte de croûte», explique Vincent Poelaert. Ce qui permettra aux organismes de se développer. Les graines, apportées par les oiseaux, pourront pousser. À ce stade, le lac sera aussi nettoyé de ses détritus.
Vers mi-mars, le lac sera un grand pré fleuri, avec des végétaux qui auront naturellement poussé. En mai, la phase de plantation aura lieu: l’équipe introduira des plantes aquatiques et subaquatiques, sélectionnées pour leurs capacités à filtrer l’eau et à la garder propre. Des roseaux seront ainsi introduits aux vannes d’entrée pour filtrer les eaux arrivantes. Des plantes rivulaires seront également plantées sur les berges.
À partir de septembre 2010, les vannes seront rouvertes. Le lac se remplira alors par le ruissellement des eaux et les pluies. «Il pourra se remplir en 3 jours comme en un mois, indique Jean-Claude Mangeot. Tout dépend du temps qu’il fera.» Des panneaux seront installés le long de la promenade, pour expliquer aux passants le processus d’assèchement du lac. Des îles flottantes seront créées, pour permettre aux oiseaux de faire des nids et aux poissons de se cacher dans les racines. Les premiers habitants du lac seront introduits, à commencer par l’anodonte, une moule d’eau douce qui filtre l’eau. Les poissons ne viendront quant à eux qu’en mars 2011: gardons, goujons, bouvières, truites, …
Mort aux carpes
Un des obstacles majeurs rencontrés par le projet est… la carpe, gourmande prédatrice. Ces «vaches marines», comme les appelle le garde forestier, dévorent plantes et petits poissons nécessaires à la bonne santé du lac. Leur condamnation n’a pas plu aux pêcheurs. «Nous avons rencontré à plusieurs reprise les pêcheurs de la Malaise, explique Jean-Claude Mangeot, et nous nous sommes finalement entendus.» À la place de la carpe, ils auront le plaisir de pêcher la truite. «Ce sera un essai, prévient-il. C’est un poisson assez fragile qui, en plus, se laisse attraper facilement.»
Convaincre les sceptiques
La mise en assec du lac —c’est le terme technique ad hoc— n’est pas un coup d’essai. Jean-Claude Mangeot a déjà réalisé pareil projet pour deux étangs du bois de Lauzelle, avec d’excellents résultats (photos). «Certaines personnes se sont montrées sceptiques, indique Vincent Poelart.
Mais au fil des rencontres et des discussions, nous en avons convaincu beaucoup.» Les voisins du lac ont été les plus frileux. «Ils craignaient que l’assèchement ne dégage de mauvaises odeurs et dégrade le paysage, rapporte Jean-Claude Mangeot. C’est faux, et c’est pour cela que le projet se fait en hiver: le froid bloque les odeurs. Et au printemps, quand le temps s’améliorera, le lac sera un champ
de fleurs.»
Fany Grégoire
Kap et asbl mettent la main à la… nature!
Le projet de Jean-Claude Mangeot et Vincent Poelaert, soutenu par Arnauld Morize, responsable de l’Unité GPEX (Gestion du patrimoine-Espaces extérieurs), a enthousiasmé les autorités académiques, mais pas seulement: très vite, la ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve a manifesté son intérêt et son soutien au projet. Marie-Claire Dufrêne (rédactrice du Bulletin communal), a ainsi aidé à la rédaction des panneaux explicatifs. La Province du Brabant Wallon apporte également son aide, subsidiant la réfection des berges et de la promenade. Le projet a aussi engendré diverses initiatives. Parmi elles, le concours de ramassage de détritus qu'organisent les de la végétation. Un espace qui sera régulièrement inondé sera ainsi aménagé sur les berges. Fany Grégoire étudiants du kot-à-projet Kontre la Soif le mardi 1er décembre, avec une soupe offerte et de nombreux lots à la clef (infos et inscriptions via kontrelasoif@kapuclouvain.be). La Chaloupe, organisme d’accueil de jeunes en difficulté, se joindra également aux opérations de nettoyage et d’aménagement. «Les jeunes viendront travailler vingt jours avec nous, explique Jean-Claude Mangeot, pour s’occuper des plantes, ramasser les détritus, ... J’essayerai de leur donner le goût du travail dans la nature». Enfin, des adultes en voie de réinsertion professionnelle, de l’asbl Crabe, viendront également mettre la main à la pâte. F.G.
Boue, débit, inondation: le lac en surveillance par les scientifiques
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Les eaux de ruissellement peuvent se charger de plusieurs polluants.
Un des projets consistera à analyser lees boues.
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La mise en assec du lac est une occasion unique pour mener certaines expériences. Une série de projets est mise en place, coordonnée par le Pr Marnik Vanclooster (Unité de génie rural) et son équipe.
Le lac de Louvain-la-Neuve a été conçu pour remplir plusieurs fonctions, en plus d’être un site paysager attractif. Créé peu après la naissance de la ville, il a notamment pour fonction de réguler le débit des eaux, et par conséquent de lutter contre les risques d’inondation en aval de la ville. Son bon fonctionnement a pu être remarqué notamment lors des importants orages qui ont eu lieu durant le mois d’août 1996.
Une autre de ses fonctions consiste à recharger localement la nappe aquifère, et à dégrader certaines pollutions qui pourraient y arriver. Le plan d’aménagement va modifier la physionomie du lac (réfection des berges,…). Il faut donc s’assurer que, dans sa nouvelle forme, le lac puisse toujours remplir ses missions. Pour cela, des académiques des facultés AGRO et EPL ont plusieurs idées. En voici quelques-unes.
1. Les boues du fond du lac
Le premier projet concerne la caractérisation des boues qui couvrent le fond du lac. Pour l’instant, ni leur volume ni leur composition exacte ne sont connus, mais il se peut qu’elles soient polluées. Cette pollution doit être contrôlée. «En théorie, le lac n’est rempli qu’avec des eaux pluviales, explique Marnik Vanclooster.
Mais, après les 24h vélo par exemple, les eaux de ruissellement peuvent se charger de plusieurs polluants. L’écoulement des toits termine aussi dans le lac. Or, la plupart des toits de Louvain-la-Neuve ont une base en éternit, qui contient de l’amiante…»
L’objectif est de mettre au point des protocoles pour mesurer la qualité de ces boues, les analyser et de juger s’il faut les traiter ou les mettre en décharge.
Avant l’assèchement du lac, une cartographie du volume des boues pourrait aussi être réalisée grâce aux prospections par un géoradar.
2. Bassin d'orage efficace
Le deuxième projet consiste à surveiller le fonctionnement hydrologique du lac, aux niveaux quantitatif et qualitatif, par une mesure des variables hydrologiques telles que le volume de stock d’eau, les débits à l’entrée et sortie du lac, ... Certains instruments tels que le puits de surveillance, unique en Europe, permettront d'étudier ce fonctionnement hydrologique. Une mise à jour devra toutefois être faite pour évaluer l’impact du plan d’aménagement sur la fonction de bassin d’orage, la qualité du plan d’eau et des eaux de recharge.
3. Plan inondation
Un troisième projet, commandé par la Province dans le cadre de son plan de lutte contre les inondations, est l’étude de leur impact sur la qualité des sols et de la végétation. Un espace qui sera régulièrement inondé sera ainsi aménagé sur les berges.
Fany Grégoire
Pour la petite histoire
Créé en 1984 sur la base d’un projet d’étudiant, le lac fait 5 ha et contient 85 000 m³ d’eau. Il est alimenté par les eaux de ruissellement de Louvain-la-Neuve. Des vannes arrivent de tous les quartiers, recueillant les eaux des toitures, voiries, parkings,... La ville est munie d’un système d’égouttage séparé: les eaux usées partent vers les stations d’épurations, le reste va au lac. Produit et objet d’études sur la gestion des eaux urbaines, le lac est un laboratoire à taille réelle permettant d’analyser l’impact de la construction d’une ville sur la nature.