Argumentaire de la journée d'études

Cette journée constitue une étape décisive dans le travail réalisé depuis 10 ans par le Département de français de l’Institut des langues vivantes (UCL) pour développer la « compétence heuristique » des étudiants. 

Nous définissons cette compétence comme la capacité à mobiliser toutes les ressources (générales individuelles et communicatives langagières) pour intégrer de nouvelles pratiques, demander de l’aide, coopérer, dépasser ses inhibitions, prendre des risques, développer de nouvelles compétences, aborder avec plaisir le changement et la nouveauté et, enfin, lâcher prise. 

Cette compétence, extrêmement précieuse, permet à l’apprenant d’oser prendre la parole et d’avoir le sentiment de mieux gérer ses interactions en langue étrangère. Elle est mise en œuvre à travers la réalisation de projets, grâce auxquels les étudiants agissent dans la lange-cible et réconcilient les dimensions rationnelle, émotionnelle et corporelle de l’apprentissage.

Malgré la littérature existant sur le sujet, souvent d’un intérêt remarquable, l’objet qui nous occupe n’a jamais été abordé dans une perspective pluridisciplinaire. Il nous a semblé profitable de reconsidérer l’exploitation de la chanson dans les cours de langues afin d’en actualiser la définition par la multiplication des angles d’analyse et la diversification des domaines d’expertise (linguistique, ethnosociologie, narratologie, neuropsychologie et pédagogie).

Toute l’ambition de cette journée d’étude est de parvenir à repositionner l’apport de la chanson dans les cours de langues. Traditionnellement utilisée pour ses aspects grammaticaux, lexicaux et phonétiques et pour la dimension ludique qu’elle propose, la chanson n’est-elle pas insuffisamment exploitée dans sa spécificité? Ne laisse-t-on pas trop souvent de côté la résonnance émotionnelle que favorise la musique ? 

La chanson est un genre mixte de courte durée qui associe le langage musical et les sons des mots; sa perception, plus plaisante que celle de la voix parlée,  favorise l’empathie.  De plus, selon Aude Olivier, chercheuse au CNRS, « la vitesse d’émergence d’un mot est multipliée par trois si l’information est chantée plutôt que parlée ».

Cette rencontre entre experts issus de disciplines aux horizons théoriques et méthodologiques différents nous permettra d’extrapoler les conclusions de leurs investigations au domaine pratique de l’enseignement-apprentissage des langues étrangères et de proposer des pratiques innovantes dans l’utilisation de cet outil aux ressources trop partiellement exploitées.

Nous émettons l’hypothèse que, suite à cet éclairage scientifique pluridisciplinaire, la chanson passera d’un statut de seconde zone à une place de choix dans l'acquisition et le développement des compétences individuelles et communicatives vers l’autonomisation et l’indépendance du locuteur en langue étrangère.

| 11/12/2009 |