
Voici trente portraits de personnalités remarquables, dont le parcours est aussi représentatif de l’enseignement, de la recherche, de la participation de l’Université à la vie de la société à travers les époques.
On y rencontrera plus d’hommes que de femmes parce que les premières étudiantes ont fait leur entrée à Louvain en 1920 ; et plus de professeurs que de membres du corps administratif car l’administration universitaire demeura fort réduite jusqu’au milieu des années soixante. Enfin, les notices suivantes concernent des personnes décédées : souhaitons longue vie à toutes celles et ceux dont le portrait, dans le futur le plus lointain possible, étoffera la galerie dans une proportion qui reflètera mieux notre histoire présente !
• Les professeurs de médecine depuis 1834
• Des portraits des personnels administratifs et techniques dans F. HIRAUX (éd), Travailler à l'Université. Histoire et actualité des personnels de l'Université de Louvain, Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant, 2006.
• Une histoire des étudiants dans F.HIRAUX (éd), Travailler à l'Université. Histoire et actualité des personnels de l'Université de Louvain, Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant, 2002.
• Les professeurs de l’Institut supérieur de philosophie entre 1889 et 1968, dans F. MIRGUET, F. HIRAUX, L'institut supérieur de philosophie de Louvain (1889-1968). Inventaire des archives et introduction historique, Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant, 2008.
Heymericus de Campo (Van de Velde, 1395-1460)
Erasme (1469-1536)
Henri-Joseph Rega (1690-1754)
Josse Le Plat (1732-1810)
Jean-Baptiste Carnoy (1836-1899)
Désiré Mercier (1851-1926)
Arthur Vierendeel (1852-1940)
Georges Helleputte (1852-1925)
Jules Vanden Heuvel (1854-1926)
Arthur Van Gehuchten (1861-1914)
Charles-Jean de la Vallée Poussin (1866-1962)
Fernand Mayence (1979-1959)
Fernand Malengreau (1880-1958)
Albert Michotte (1881-1965)
Charles de Visscher (1884-1973)
Etienne Van Cauwenbergh (1890-1964)
Jacques Leclercq (1891-1971)
Georges Lemaître (1894-1966)
Hélène (1901-1993) et Lucien Morren (1906-2006)
Marc de Hemptinne (1902-1986)
Etienne Lamotte (1903-1983)
Louis Jadin (1903-1972)
Alphonse De Waelhens (1911-1981)
Anne-Marie Duez (1914-2005)
Suzanne Mansion (1916-1981)
Luc Gillon (1920-1998)
Adrienne Gommers (1920-2007)
Jean Ladrière (1921-2007)
Raymond Lemaire (1921-1997)
Robert Ponlot (1923-2007)
Adolphe Gesché (1928-2003)
Léon Cassiers (1930-2009)
Alexis Jacquemin (1938-2004)
Heymericus de Campo (1395-1460)
Heymericus de Campo (ou Heimeric Van de Velde) naquit en 1395 près de Eindhoven. Il étudia à Paris et devint professeur à Cologne où il popularisa les idées neuves d’Albert le Grand. Il participa au concile de Bâle de décembre 1432 à février 1435. Il fut appelé alors comme professeur de théologie à la jeune Université de Louvain et y occupa plusieurs fois la charge de recteur (les mandats étant alors de 3 ou de 6 mois). Il publia plusieurs travaux — un fait exceptionnel à son époque — dont le grand intérêt fut d’offrir une sortie par le haut aux conflits qui divisaient l’Église sur la question de l’autorité en son sein.
Erasme (1469-1536)
Erasme séjourna à deux reprises à Louvain, de 1502 à 1504, puis de 1516 à 1521, à la recherche de manuscrits et de livres grecs. Il fit la découverte à l’abbaye de Parc toute proche d’un manuscrit du célèbre humaniste italien Lorenzo Valla qui le convainquit qu’il fallait confronter la version latine de la Bible aux textes grecs. C’est ainsi qu’il rédigea et édita à Louvain en 1518 la Ratio seu methodus ad veram Theologiam qui fut le point de départ des études critiques en théologique. La même année, il utilisa l’héritage que laissait son ami et grand commis de l’État Jérôme Busleyden pour fonder le Collège des Trois-Langues qui fit de Louvain un des centres les plus importants de la pensée humaniste au nord des Alpes. Vésale, notamment, y étudia.

Henri-Joseph Rega (1690-1754)
Henri-Joseph Rega était professeur à la Faculté de médecine. Sa réputation de praticien était immense : on le consulta de partout et il fut le médecin des deux gouverneurs généraux des Pays-Bas successifs, Marie-Elisabeth d’Autriche et Charles de Lorraine.
Mécène soucieux de faire progresser son université sur le terrain scientifique et d’accroître son renom, il finança la construction d’un amphithéâtre de dissection, la création d’un jardin botanique et l’installation d’une nouvelle aile de la Bibliothèque.
Josse Le Plat (1732-1810)
Josse Le Plat était professeur de droit, chargé d’un enseignement du droit canon. Derrière le caractère apparemment neutre de la matière, les enjeux politiques étaient en réalité très importants. Le Plat s’engagea en faveur des réformes institutionnelles et de société promues par le Gouvernement autrichien. Il défendit notamment la politique ecclésiastique de Joseph II et ses projets de réforme de l’Université de Louvain. Lorsque la révolution brabançonne éclata en 1789, la foule s’en prit à lui et il dut s’enfuir. Il retrouva finalement une chaire à l’Université de Coblence en 1806.
Jean-François Van de Velde (1743-1823)
Jean-François Van de Velde fut l’adversaire politique de Josse Le Plat au sein de l’Université, résolu quant à combattre les réformes de Joseph II. Il était théologien et avait été nommé, encore étudiant, bibliothécaire de l’Université en 1772. Son action y fut considérable. Il doubla notamment le nombre d’ouvrages (qui passa à 40 000) et réorganisa entièrement le fonctionnement de la bibliothèque. Mais l’on retient surtout qu’il devança les éléments qui conduiraient à la fermeture de l’Université en 1797 en plaçant les archives de celle-ci en lieu sûr à l’étranger, ce qui les sauva de la destruction.

Jean-Baptiste Carnoy (1836-1899)
Jean-Baptiste Carnoy fut l’un des principaux acteurs de l’acculturation des méthodes expérimentales à Louvain durant le dernier quart du 19e siècle. Il fut ordonné prêtre et devint docteur en sciences naturelles en 1861 avant de poursuivre quelques mois sa formation à Bonn. Envoyé à Rome par son évêque pour des raisons de gestion, il y mena des recherches et mit en évidence un champignon qu’il appela Mucor romanus. De 1868 à 1876, il exerça des charges pastorales dans le diocèse de Tournai, tout en produisant ses premières publications. Sa première charge universitaire, en 1876, fut le cours de microscopie pratique. Bientôt, il organisa des travaux pratiques et inaugura le premier cours de cytologie. Il fonda un laboratoire qu’il installa dans l’ancien collège de Villers qui devint l’Institut Carnoy en 1901. Enfin, il fonda en 1884 la revue La Cellule, la première de ce genre en Europe.
Désiré Mercier (1851-1926)
Désiré Mercier avait trente ans et enseignait au Grand séminaire de Malines, lorsqu’il fut chargé, en 1882, de créer à Louvain, une chaire de philosophie thomiste à la demande du pape Léon XIII qui voulait relancer la vie intellectuelle catholique. Quelques années plus tard, Mercier fonda l’Institut supérieur de philosophie qui allait donner à Louvain un rang parmi la vie philosophique du 20e siècle. En 1906, il devint archevêque de Malines, primat de Belgique. Durant l’occupation du pays, en 1914-1918, il incarna une forme de résistance morale qui frappa beaucoup les esprits. Après la Guerre, sa grande préoccupation fut de nouer le dialogue avec le monde anglican.
Arthur Vierendeel (1852-1940)
Arthur Vierendeel et Georges Helleputte ont fait partie de la catégorie nouvelle d’étudiants issus de familles relativement modestes qui se sont frayé une voie en menant des études d’ingénieur. Ils ont également en commun avec un grand nombre de leurs pairs professeurs dans ce qui s’appelait alors les Écoles spéciales d’ingénieurs, d’avoir débuté leur carrière dans l’industrie ou les grands corps publics.
Arthur Vierendeel devint professeur de stabilité des constructions en 1889. Il fut le grand spécialiste de l’architecture métallique. Il fut surtout, l’inventeur en 1896, de la poutre composée sans diagonale qui porte son nom. Elle fut adoptée en Belgique et dans le monde pour construire des ponts, mais aussi des immeubles, des pylônes et même des barges sur le fleuve Congo.

Georges Helleputte (1852-1925)
Georges Helleputte était ingénieur, diplômé de Gand. Il enseigna à Louvain à partir de 1876. Il fut architecte aussi et conçut de nombreux bâtiments dont plusieurs pour l’Université, tous de style néogothique qui fut sa marque et qui coïncidait avec son idéal de société fondé sur le modèle idéalisé des anciennes corporations. Il fit plus que rêver et fonda la gilde des métiers et négoces de Louvain autour de laquelle il greffa une banque populaire, une école professionnelle, une bourse du travail et une société du logement ouvrier. Député en 1889, il devint Ministre des chemins de fer, postes et télégraphes en 1907 et Ministre de l’agriculture et des travaux publics à partir de 1910. Il reprit sa place à la Chambre après la guerre. On doit en grande partie à sa ténacité la décision des travaux de la jonction Nord-Midi. Ce fut aux yeux des contemporains le couronnement de sa carrière d’ingénieur et parlementaire.
Jules Van den Heuvel (1854-1926)
Avant lui, les cours de droit avaient pu se borner à l’examen érudit des textes. Il les métamorphosa en leur associant les problématiques des sciences politiques. Poussant plus avant, il fonda en 1892 l’École des sciences politiques et sociales qui s’émanciperait de la Faculté de droit après 1945 pour former la Faculté des sciences économiques, sociales et politiques en 1950.
Professeur, avocat, directeur fondateur du journal l’Impartial de Gand, il fut également Ministre de la justice (1899-1907) et Ministre État (nommé en 1907) avant que la guerre ne l’appelle aussi à des responsabilités diplomatiques. Il obtint du pape Benoît XV la condamnation formelle de l’agression de l’Allemagne contre la Belgique et participa au Congrès de Versailles avec le rang de Ministre plénipotentiaire. Il contribua ainsi à ce que l’article 247 du Traité déclare l’obligation pour l’Allemagne de réparer le dommage causé par l’incendie de la bibliothèque de l’Université de Louvain.

Arthur Van Gehuchten (1861-1914)
Arthur Van Gehuchten marqua les esprits par sa prestance personnelle et ses grandes qualités scientifiques. Il est sans conteste la figure dominante des sciences neurologiques en Belgique avant 1914 et l'un des professeurs les plus remarquables de la Faculté de médecine.
Il créa un laboratoire d’anatomie et d’histologie du système nerveux et jeta les bases de la théorie du neurone avec son homologue catalan Santiago Ramón y Cajal. À côté de ses travaux de recherche, il développa également une importante pratique clinique. C'est sous son impulsion que les premières interventions chirurgicales sur le cerveau et la moelle épinière seront réalisées dans notre pays. En 1907, les autorités universitaires créèrent pour lui la première chaire de pathologie et thérapeutique des maladies nerveuses en Belgique.
Une biographie : Arthur Van Gehuchten
Charles-Jean de la Vallée Poussin (1866-1962)
Professeur en 1893, Charles-Jean de la Vallée Poussin sortit les mathématiques du cercle simple et studieux dans lequel ses prédécesseurs les avaient confinées. Il se fit connaître du monde savant en démontrant, en 1896, le théorème des nombres premiers.
Ses nombreuses contributions lui valurent de remporter deux fois le Prix décennal des mathématiques, en 1903 et en 1924. Son Cours d'analyse infinitésimale fut considéré comme un modèle du genre et connut une douzaine de rééditions.
Une chaire porte aujourd’hui son nom à l’UCL.
Biographie : Charles-Jean de la Vallée Poussin
Fernand Mayence (1879-1959)
L’Université se dota en 1912 d’une chaire d’archéologie classique afin d’apporter aux étudiants une connaissance plus fine et plus complète de la culture antique. Elle échut à Fernand Mayence dont la formation combinait la philologie (avec un doctorat à Louvain) et l’archéologie à laquelle il se forma en Allemagne. Il avait séjourné à Athènes comme membre étranger de l’École française d’archéologie de 1904 à 1907 et participé, quatre étés durant, aux fouilles de Délos.
Collaborateur scientifique et finalement directeur du Département des Antiquités des Musées royaux d’art et d’histoire au Cinquantenaire, il dirigea également les six premières campagnes belges de fouilles de l’antique Apamée, sur les rives de l’Oronte en Syrie.
Portrait de Fernand Mayence
L’action patrimoniale de Fernand Mayence à l’Université

Fernand Malengreau (1880-1958)
Fernand Malengreau était professeur à la Faculté de médecine, spécialisé en chimie physiologique dont il installa un laboratoire au lendemain de la Première Guerre mondiale.
En 1926, il fonda la Fomulac (Fondation médicale de l'Université de Louvain au Congo) avec le recteur P. Ladeuze et des professeurs de médecine, de droit et de sciences politiques, économiques et sociales. Durant trente ans, il y consacra toutes ses forces. Le grand objectif de la Fomulac était de former un personnel infirmier autochtone sur lequel reposerait le développement d’une politique médicale et sanitaire au Congo. L’hôpital qu’il avait fondé à Kisantu en 1927 se retrouva aussi au cœur du dispositif qui conduisit à la fondation de l’Université Lovanium, l’actuelle Unikin, en 1954, dans laquelle Guy Malengreau (1911-2002), fils de Fernand et professeur à la Faculté des sciences économiques, politiques et sociales, joua un rôle très important.
Une biographie : Fernand Malengreau
Une histoire de Lovanium 
Albert Michotte (1881-1965)
La psychologie expérimentale était née dans le dernier quart du 19e siècle. Désiré Mercier l’inscrivit au programme de l’Institut supérieur de Philosophie dès sa création en 1889 car elle constituait à ses yeux le meilleur terrain possible de rencontre entre les sciences et la réflexion philosophique. Après la Première Guerre mondiale, Albert Michotte, lui-même docteur et maître en philosophie, professeur à l’ISP et chercheur de premier ordre, entreprit de l’émanciper institutionnellement et philosophiquement de la philosophie. Il créa l’Ecole de pédagogie et de psychologie appliquées (1923) qui devint en 1944 l’Institut de psychologie et des sciences pédagogiques.
Une biographie

Charles de Visscher (1884-1973)
La carrière de Charles de Visscher se trouva au cœur des vastes remaniements diplomatiques et juridiques qui suivirent les deux guerres mondiales.
Il avait étudié à Gand, où il entama sa carrière universitaire en 1911, et à Paris. Il devint professeur à Faculté de droit de Louvain en 1930. Ses compétences lui valurent également d’être professeur invité dans de nombreuses universités, membre de l’Institut de droit international en 1921 et Secrétaire général de celui-ci de 1927 à 1937. Il fut nommé conseiller juridique du ministère des Affaires étrangères en 1919, puis membre de la Cour internationale permanente d’arbitrage, en qualité de quoi il fit partie des commissions de conciliation qui réglèrent les suites du premier conflit mondial, cependant qu’à la Société des Nations, dont il était membre du Comité des Juristes, il exerça la fonction de rapporteur de la Commission des amendements au Pacte et de la Commission pour l’étude des procédures de conciliation. Il présida le groupe de résistance Gilles durant l’Occupation et devint ministre sans portefeuille dans le Gouvernement Pierlot à la Libération. Il siégea ensuite à la Cour permanente de Justice internationale puis à la Cour internationale de Justice et présida, en 1957, la commission internationale chargée d’examiner l’arraisonnement par les autorités françaises de l’avion qui transportait le leader algérien Ben Bella.
Etienne Van Cauwenbergh (1890-1964)
La Bibliothèque centrale de l’Université disparut dans les flammes qui dévastèrent les Halles à Louvain le 25 août 1914. Étienne Van Cauwenbergh fut nommé Bibliothécaire en 1919 avec la mission de reconstituer ses collections ; ce qu'il assura deux fois puisque la nouvelle bibliothèque fut à son tour incendiée la nuit du 16 au 17 mai 1940.
Portrait aventure universtaire
Jacques Leclercq (1891-1971)
Jacques Leclercq était docteur en droit et en philosophie, ordonné en 1917. De 1921 à 1938, il enseigna le droit naturel et la philosophie morale aux Facultés Saint-Louis à Bruxelles où il fonda une École des sciences philosophiques et religieuses ouverte à tous, tout en créant en 1926 La Cité chrétienne qui s’adressait à un lectorat de jeunes catholiques. Il fut nommé à Louvain en 1938 et y reçut les chaires de droit naturel et de philosophie morale. Il les doubla d’une Introduction à la sociologie qui rencontra un succès fulgurant. En six ans, il transforma ce premier cours en une offre complète d'enseignement de la sociologie à la Faculté de sciences économiques, sociales et politiques dont il présida aussi à la création. Sa porte était constamment ouverte aux étudiants et il soutint toutes leurs initiatives. Son grand objectif fut de stimuler la pensée catholique et l’orienter sur la réalité sociale et le monde présent en l’appuyant sur le personnalisme.

Georges Lemaître (1894-1966)
Charles Manneback qui fut son ami et son collègue, a résumé le parcours de Georges Lemaître. « On peut dire qu’il est né sous une bonne étoile. Dans les années 1920, Einstein venait d’achever sa grande synthèse théorique de la gravitation de l’univers, conception essentiellement statique et encore mal comprise. Puis, subitement des découvertes expérimentales fulgurantes en astronomie stellaire de quelques astronomes américains viennent bouleverser nos conceptions du monde des nébuleuses. A ce moment précis, un homme jeune et isolé, fait la synthèse entre des théories abstraites mais fondamentales et des découvertes concrètes capitales encore inexpliquées… » Cette synthèse, ce fut la théorie de l’univers en expansion à partir d’un état primitif d’extrême concentration.
Georges Lemaître devint professeur ordinaire en 1927. Il reçut le Prix Francqui en 1934. Il fut nommé prélat domestique de Jean XXIII, élu membre puis président de l'Académie pontificale des sciences en 1960. En 1962, il fonda avec Gérard Garitte l'ACAPSUL (Association du personnel scientifique de l'Université de Louvain), pour défendre le maintien des Francophones à Louvain.
Une biographie : Georges Lemaître
Hélène (1901-1993) et Lucien Morren (1906-2006)
Lucien Morren était ingénieur diplômé de l’Université de Gand et de l’Université libre de Bruxelles, spécialisé dans le domaine de l’électricité. Il devint professeur à Louvain en 1944 et enseigna à la Faculté des sciences appliquées jusqu’en 1976. Un parcours sinon classique, du moins sans événement particulier. Les activités communes d’Hélène et de Lucien Morren, par contre, sortent tout à fait de l’ordinaire. Ils fondèrent ensemble le foyer de la Maison Saint-Jean, qui était leur propre maison et où ils accueillirent des étudiants de toutes nationalités et disciplines, majoritairement issus du Tiers-Monde. Hélène Morren créa également des bourses qu’elle finançait elle-même et travailla activement (et bénévolement) à l’aide des étudiants étrangers. Unis toujours, ils participèrent à la création du Groupe de synthèse qui rassembla pendant quarante ans (1959–2002) des intellectuels de Louvain et d’ailleurs autour de libres échanges interdisciplinaires. Les réunions avaient lieu chez eux et Lucien Morren consacra une énergie considérable à en établir les comptes rendus détaillés et en publier les actes.

Marc de Hemptinne (1902-1986)
Marc de Hemptinne se forma à Gand (où il devint docteur en sciences) et à Zurich. Il débuta son enseignement à Louvain en 1929. C’est lui qui créa la recherche expérimentale en physique à l’Université au début des années 1930, dans des locaux improvisés et avec des moyens très limités. Nonobstant, la qualité de ses travaux en matière de spectroscopie lui valut de recevoir le Prix Francqui en 1948. Après la Guerre, avec le soutien du FNRS, de l’Union minière et du recteur Mgr Van Waeyenbergh, il lança la recherche en physique nucléaire à Louvain et installa le premier cyclotron de l’Université à Héverlé en 1949.
Une biographie due à son ancien élève, Pierre Macq : Marc de Hemptinne
Etienne Lamotte (1903-1983)
Prêtre, docteur en langues orientales et en philologie classique, Etienne Lamotte fut à son époque la plus grande autorité occidentale sur le bouddhisme indien, l'un des rares spécialistes à connaître toutes les langues principales des textes bouddhistes : pâli, sanskrit, chinois et tibétain. Il donna une traduction française du Mahāprajñāpāramitāśāstra, ou Traité de la grande Vertu de Sagesse, qui parut en cinq volumes entre 1944 et 1980. Il publia également d'autres traductions et est l'auteur d'une monumentale Histoire du bouddhisme indien qui reste une référence incontournable en langue française. Il fut récompensé du Prix Francqui en 1953 et une institution monastique du Sri Lanka lui décerna le titre – exceptionnel pour un étranger et un non-bouddhiste – d'Expert dans les écritures.
Lors du Concile Vatican II, il joua un rôle dans la constitution du Secrétariat pour les non-chrétiens. Il souligna que le dialogue « ne peut s'engager sans une initiation préalable de part et d'autre». Et encore : « Il y a quelque naïveté à traiter des valeurs chrétiennes des religions non chrétiennes. Que penserions-nous si l'on nous répondait par une étude sur la valeur bouddhique de la doctrine chrétienne ? »
Louis Jadin (1903-1972)
Ordonné prêtre en 1928, Louis Jadin était docteur en philosophie et lettres (histoire) et en théologie. Il donna des cours à partir de 1942, mais devint professeur associé à la Faculté de philosophie et lettres seulement en 1965. Il fut un défricheur infatigable de l’histoire de l’ancien royaume du Congo, parcourant les bibliothèques, les couvents et les dépôts d’archives de France, d’Italie, d’Espagne du Portugal, d’Angola et des Pays-Bas, déchiffrant, annotant et traduisant des milliers de pages écrites en latin, en italien, en néerlandais, en espagnol et en portugais.
Il fut adjoint à l’aumônerie de la JUC (Jeunesse universitaire catholique) au début des années 1930 et prit en charge en 1935 le Cercle des étudiants étrangers (qui devint le Centre international des étudiants en 1963). Son accueil, sa générosité, l’aide qu’il offrit aux plus démunis à partir de ses propres deniers l’ont fait profondément aimer de tous.
Alphonse De Waelhens (1911-1981)
Docteur en droit et docteur en philosophie, Alphonse De Waelhens défendit en 1942 une thèse d’agrégation sur la Philosophie de Martin Heidegger qui établit d’emblée sa renommée. Il devint professeur à Louvain en 1946 et plus tard également aux Facultés Saint-Louis à Bruxelles.
Il traduisit plusieurs ouvrages de Heidegger, dont la première partie de Sein und Zeit, et accomplit dans les années 1950, une œuvre importante d’anthropologie philosophique, inspirée notamment par son amitié avec Maurice Merleau-Ponty. La décennie suivante, il se forgea un parcours parmi la psychanalyse freudienne et lacanienne et la clinique psychiatrique et s’interrogea sur leurs relations avec la philosophie. Il renouvela une nouvelle fois son objet de recherche au début des années 1970 et publia en 1981 une « psychobiographie » qui bougeait les lignes : Le duc de Saint-Simon. Immuable comme Dieu et d’une suite enragée.

Anne-Marie Duez (1914-2005)
Anne-Marie est née et a grandi à Louvain où son père était pharmacien. Elle appartint à la première génération de femmes à conquérir un diplôme à l'UCL (sciences commerciales, 1934). Célibataire, elle se consacra d’abord à sa famille. Elle débuta sa carrière à l'Université en 1951 au secrétariat de la Maison des étudiants. À l'automne 1954, elle s'engagea au Centre social universitaire alors embryonnaire et en accompagna tout le développement jusqu’à son transfert vers Louvain-la-Neuve et Woluwé. Élue parmi la délégation des personnels administratifs et techniques, elle prit part également aux travaux de l’assemblée qui débattit en 1970 de l'organisation de la nouvelle Université.
Suzanne Mansion (1916-1981)
Suzanne Mansion fut docteur en philosophie de Louvain en 1941 et maître agrégé de l’École Saint-Thomas en 1946, première femme à conquérir ce titre. Elle fut nommée chef de travaux en 1956, maître de conférence en 1960 et professeur ordinaire en 1968. Elle donna des cours et des conférences aux États-Unis en 1958, à Londres en 1967, à Québec en 1970 et à Abidjan en 1979. Son enseignement était fondé sur un savoir immense. Au plan scientifique, elle engagea avec son équipe du Centre De Wulf-Mansion un vaste champ d’études des œuvres d’Aristote et des philosophes aristotéliciens. Ses étudiants et ses collègues la chérissaient et sa mort inopinée laissa un grand vide.

Adrienne Gommers (1920-2007)
Lorsque la guerre éclate en 1940, Adrienne Gommers est étudiante. Ses actes de résistance vont la conduire, avec ses parents, à la déportation en Allemagne en 1941. Elle reviendra de Ravensbrück orpheline en 1945. Elle termine ses études et devient licenciée en philosophie et lettres de l'Université de Louvain en 1947 et obtient ensuite le titre de docteur en lettres à la Sorbonne en 1950 en défendant une thèse sur Blaise Pascal. Elle entreprend alors des études de médecine à l'UCL, qu'elle finance en donnant des cours de français. Elle est proclamée docteur en médecine en 1956 et agrégée de l'enseignement supérieur en 1967. Elle devient chargé de cours associé en 1967, professeur associé en 1970 et professeur ordinaire en 1973. Elle fut en charge de l’unité de recherche en gérontologie et l'unité des sciences hospitalières de l’École de Santé Publique de l'UCL où elle devint une pionnière dans le développement d’une formation universitaire des soignants et infirmiers. Ses recherches en gérontologie sociale ont inspiré de nombreux projets dans lesquels elle laisse la trace de sa personnalité riche et de sa sollicitude pour les personnes âgées.

Luc Gillon (1920-1998)
Ordonné prêtre en 1946, Luc Gillon était docteur en sciences, spécialisé en sciences nucléaires, et licencié en théologie. Il était assistant à l’UCL et travaillait dans le laboratoire de Marc de Hemptinne lorsqu’il fut nommé en 1953 membre d’une commission chargée de se prononcer sur le premier bâtiment à réaliser sur le site de la future université Lovanium dans l’actuelle Kinshasa. En juin de l’année suivante, les Évêques de Belgique le choisirent comme recteur de Lovanium. Il en fut dès lors le bâtisseur et le pilote au long des années tumultueuses qui suivirent l’indépendance du Congo en 1960. En 1967, il renonça à sa fonction rectorale au profit de Mgr Tharcisse Tshibangu tout en conservant celle d’Administrateur général, ayant à cœur de terminer sa tâche de constructeur de la cité universitaire. Il rentra en Belgique en 1971 au moment où Lovanium devint l’Unikin. Il fut immédiatement élu doyen de la Faculté des sciences de l’UCL qui entamait son transfert de Louvain vers Louvain-la-Neuve

Jean Ladrière (1921-2007)
Jean Ladrière était docteur et maître en philosophie, licencié en sciences mathématiques. Il enseigna à partir de 1955 et devint professeur en 1959. Il fut également professeur invité dans onze universités, docteur honoris causa de six universités et membre d’autant d’académies internationales.
Il expliqua comment l’expérience de l’opacité l’avait marqué dans sa jeunesse parmi la montée des fascismes. Il en conçut un vif sentiment de responsabilité et se donna comme projet intellectuel de comprendre, pour fournir à ses contemporains les instruments de pensée qui seraient de nature à inspirer les jugements à porter sur les événements et à fonder une forme de vie justifiable.
Progressivement, la conviction s’imposa à lui que « le grand problème aujourd’hui [était] peut-être celui de l’action, et le grand défi celui d’une rationalité instrumentale qui [paraissait] devenue pour elle-même son propre sens » et que la problématique de la construction ou de la reconstruction des normes devenait une composante décisive de la culture contemporaine. Ce grand souci et cette tâche se lisent dans toutes ses interventions, et par exemple dans deux créations que l’Université lui doit : l’Unité d’éthique biomédicale (1983) à la Faculté de médecine et de la Chaire Hoover d’éthique économique et sociale (1991) en Sciences économiques, sociales et politiques.
Raymond Lemaire (1921-1997)
Raymond Lemaire coordonna la conception de Louvain-la-Neuve en puisant dans sa culture des villes anciennes.
Il était professeur à la Faculté de philosophie et lettres, docteur en archéologie et histoire de l’art, co-auteur de la Charte de Venise et fondateur d’ICOMOS, le Conseil international des monuments et des sites. Il dirigea en Belgique la restauration d’un grand nombre d’églises, de châteaux, de fermes, et de quartiers et participa dans le monde aux plus grands chantiers patrimoniaux en tant qu’expert auprès de l’Unesco, des Communautés européennes et du Conseil de l’Europe.
Robert Ponlot 1923-2007
Robert Ponlot fut un pionnier de la chirurgie cardiaque à l’UCL dans les années 1960.
Le Pr. Benoît Lengelé nous le décrit. « Au côté de Charles Chalant, Robert Ponlot était un travailleur infatigable. Véritable âme du service de chirurgie cardiovasculaire, il y vivait jour et nuit, se dévouant sans compter au chevet des malades, enseignant aux jeunes, presque toujours avec patience, les rudiments, puis les finesses de son art. […] Toujours prêt à écouter, à servir, à conseiller, à rassurer, à apaiser. Intrinsèquement bon, il ne pouvait voir le mal en aucune chose, pardonnant toutes les faiblesses, oubliant toutes les blessures qu’on avait pu lui infliger. […]
L’enthousiasme était le trait dominant de son esprit, curieux de tout, en particulier des derniers développements de sa spécialité qu’il suivait en participant, en auditeur attentif, à tous les workshops organisés dans le service. Enthousiaste au-delà de la science, pour la jeunesse et la créativité ensuite. Ainsi restait-il proche des jeunes assistants […]. [Déjà émérite,] je me souviens très bien l’avoir croisé à une heure avancée de la nuit, couché sur un brancard aux urgences, les paupières mi-closes sous [son] éternelle casquette […]. En dépit de l’heure tardive, je lui trouvai à son réveil immédiat un regard brillant, plein de joie qu’il était à l’idée d’accompagner une équipe de prélèvement qui allait chercher un cœur en hélicoptère. »
Texte complet de l’hommage rendu par Benoît Lengelé en juin 2008.
Adolphe Gesché (1928-2003)
Docteur et maître en théologie, Adolphe Gesché fut professeur à la Faculté de théologie à partir de 1966. Entre autres responsabilités, il fut membre de la commission « Religion et théologie » du Fonds national de la Recherche scientifique belge, de l’Association européenne de théologie catholique à Tübingen et de la Commission théologique internationale à Rome.
« Adolphe Gesché aura marqué la théologie catholique par son souci de lui redonner un statut de science humaine – science de l’homme devant Dieu ¬ en dialogue avec d’autres disciplines. Pour lui, l’affirmation de Dieu devait grandir l’homme dans son altérité. La théologie, pour oser le pari de rendre Dieu crédible, devait s’abreuver non seulement de ses sources, mais aussi de la littérature contemporaine, en particulier de la littérature de fiction. Il mena à bien l’édition de sept volumes d’une œuvre qu’il aurait voulu appeler Dieu pour penser . Tout un programme : Dieu non pour empêcher de penser, mais pour donner à penser. » (D’après Benoît LOBET, Le Monde, 3 décembre 2003, p. 29).

Léon Cassiers (1930-2009)
Docteur en médecine, licencié en psychologie et docteur en criminologie, Léon Cassiers fut professeur à la Faculté de médecine et chef de service de psychiatrie aux Cliniques universitaires Saint-Luc. Il s'impliqua aussi dans de nombreuses institutions psychiatriques et centres de santé mentale.
L’éthique médicale a été un de ses grands centres d'intérêt. En 1998, il devint Président du Comité national de bioéthique. Conscient des défis éthiques qui se posent aujourd'hui à la science et à la médecine en particulier, il plaida pour une conception de la dignité humaine qui ne repose pas seulement sur la reconnaissance de l'autonomie théorique due à tous, mais sur la nécessaire solidarité qui fonde l'humanité de chacun.

Alexis Jacquemin (1938-2004)
Alexis Jacquemin était docteur en droit de Liège, licencié en sciences économiques de Louvain, Master of Art in Economics de l’Université de Californie (Berkeley) et docteur en sciences économiques de l’UCL. Il devint professeur en 1972 et professeur ordinaire en 1974, en même temps que professeur visiteur dans plusieurs universités en France au Canada et aux États-Unis. Entre plusieurs autres distinctions, il reçut le Prix Francqui en 1983.
Il chercha à jeter des ponts entre le droit et l’économie et devint une autorité au niveau européen dans le monde de l’économie industrielle et, plus tard, de l’économie de la concurrence. Il fut, à partir des années 1980, un conseiller très influent auprès de la Commission européenne, l’un des principaux co-auteurs du « livre blanc » de Jacques Delors sur la croissance, la compétitivité et l’emploi et défendit ardemment le modèle économique européen fait de solidarité et d’effort collectif.