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Discours de Monsieur Herman Van RompuyC'est avec étonnement et émotion que j'ai appris la nouvelle que l'UCL m'avait accordé le grade et les insignes du Doctorat honoris causa. Avec étonnement parce que je n'ai encore rien prouvé en tant que Président du Conseil européen. J'ai eu la même réaction que le Président Obama quand il a reçu le Prix Nobel de la Paix. Un grand honneur, mais est-ce que je le mérite dès maintenant… ? Avec émotion parce que chaque fois qu'on parle d'université je pense à feu mon père qui était professeur à la KUL et qui lui était un vrai docteur en sciences économique, comme son fils, d'ailleurs, mon frère ! J'ai été soulagé quand j'ai entendu que votre Alma Mater a voulu m'honorer pour l'ensemble de mon parcours politique et pour ma conception de la politique. Je suis né comme homme politique. Je n'ai pas eu une vocation, parce qu'une vocation vient plus tard. Mais j'ai été éduqué dans la vie politique grâce à Périclès et Thucydide - je connaissais par cœur sa célèbre oraison funèbre - et également grâce au Cardinal Newman, notamment son livre An idea of University. Il y décrit ce que doit être un 'gentleman', c'est-à-dire, dans sa définition, un homme d'ouverture, de respect, de patience, de discrétion, d'écoute et de conviction. L'apport de bonnes 'humanités' dans la vie est irremplaçable. C'est là qu'on forme un jeune homme et une jeune femme pour le reste de son existence. J'ai essayé dans ma vie personnelle et politique d'approcher, petit à petit, by trial and error, cet idéal. Mon épouse m'a beaucoup aidé dans cette recherche du respect de l'autre par son exemple. Il est inutile de dire que cette conception est loin d'un certain populisme, de l'Etat Spectacle, le plus grand danger pour une démocratie. Je ne vise pas uniquement l'extrémisme. Ce populisme est l'inverse du courage et de la responsabilité. Il peut mener à de grandes déceptions dans la population parce qu'on crée des attentes intenables et parce que la vie est trop complexe, trop riche, trop dépendante de tant de facteurs (budgétaires et économiques) pour se résumer à un slogan. Certaines formes de populisme créent cette opposition entre "Nous" et "Eux: "L'enfer c'est les autres". Le vrai humanisme veut rassembler, il part du "Moi et Toi" au lieu de "Nous" et "Eux". Bien sûr, un parti politique doit souligner son identité, faire entendre sa différence. La politique est un combat mais ce ne peut être une guerre. L'idée européenne est précisément née de la tragédie de la guerre, des guerres, des génocides. L'Europe s'est inventée par le pardon, cette grande vertu que le christianisme nous a enseignée et qu'on a si rarement pratiquée. Les ennemis séculaires ont commencé ensemble, dans les années cinquante, à tracer un avenir commun. Dans cet enthousiasme un rhétoricien au collège à Bruxelles a organisé son premier colloque européen; nous étions en 1963. L'Europe était l'idée la plus généreuse du XXème siècle. Il faut enthousiasmer les nouvelles générations pour cette idée au-delà de l'argument de l'intérêt. What is the beef for me ? Quelle est la valeur ajoutée de l'Europe et, selon certains, de la Belgique ? L'Europe et la Belgique ne sont quand même pas des sociétés anonymes ! L'Union européenne est bien sûr notre seul moyen de survivre sur le plan économique et écologique. Sans l'Europe, nous serions à présent dans la crise des années trente. L'Union est le seul instrument pour défendre nos idéaux et nos intérêts dans ce monde globalisé. Mais l'Europe est aussi l'ouverture sur l'autre, sur 27 pays, sur 23 langues, avec sa diversité de religions et de philosophies. L'Europe est à l'opposé des forces négatives qui ne reconnaissent pas l'autre dans sa spécificité. L'Europe est du côté des forces positives caractérisées par le respect, l'enthousiasme, l'espoir, la compassion, l'entraide. L'Europe a une 'valeur' dans le sens spiritualiste du terme. Je suis bien conscient du déclin de l'idée européenne chez beaucoup de gens. Mais on ne surmontera cela pas uniquement en parlant de l'Europe en tant que telle, mais en parlant des valeurs positives, centrées sur l'autre, en général. Il faut développer ce contre-courant. Il s'agit d'une œuvre de civilisation. C'est cet esprit qui m'a guidé à travers ma vie, les dernières années plus encore qu'auparavant. Le hasard m'a porté là où je suis maintenant. On est souvent plus responsable de ce qu'on est que de ce qu'on est devenu. Je vous remercie.
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3/02/2010
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