Honorés il y a deux, trois ans, voire plus, les docteurs honoris causa conservent tous un bon souvenir de l’accueil qui leur a été réservé à l’UCL. Au-delà, Marguerite Barankitse (2004), Érik Orsenna (2007), Monica Nève et Souhayr Belhassen (2008) soulignent combien ils se sont sentis soutenus par leur «nouvelle» université.
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Marguerite Barankitse est partie à la rencontre de la communauté universitaire. "J'ai pu voir que chacun avait sa place, comme dans une grande famille" se souvient-elle.
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Obtenir un doctorat honoris causa signifie aussi que notre combat n'est pas vain, et que tout le monde s'engage avec nous, explique Souhayr Belhassen.
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Pour Marie Joachim (à droite), le rôle de marraine de Monica Nève était impressionnant : parler devant un millier de personnes, tenir une conférence de presse.
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«Une immense émotion m’a prise lorsque Gabriel Ringlet m’a annoncé par téléphone ma nomination au titre de docteur honoris causa. J’étais comme dans un rêve», se souvient Monica Nève, récompensée pour l’action qu’elle mène dans les Marolles (Nativitas, maison d’accueil et d’activités culturelles). Être nommé à ce titre procure, on s’en doute, fierté et émotion, joie et honneur. Un peu de peur aussi: «J’ai cru qu’ils s’étaient trompés, raconte Marguerite Barankitse –‘Maggy’–, qui s’occupe d’orphelins au Burundi (Maison Shalom). Je ne voyais pas ce que j’allais venir faire au milieu de toutes ces personnes importantes, ces grands professeurs,…»
L’accueil chaleureux que l’UCL réserve à ses docteurs efface toute crainte et enchante. «Un séjour très chaleureux, digne de la Belgique et de la réputation de l'UCL», d’après Érik Orsenna, écrivain français et co-auteur avec Isabelle Autissier de Salut au Grand Sud, ouvrage pour lequel il a été récompensé. «On parle beaucoup de l’UCL, et dans des termes en général élogieux, mais je la connaissais peu, avoue Monica Nève. L’accueil n’en a pas été affecté. J’ai bénéficié de l'accueil sympathique des étudiants du Kap Quart: échanges simples, vrais, un air de guitare... Ils avaient deviné par où me prendre! J’aurais aimé approfondir le contact.»
Parrainage
Pour les docteurs, le rôle du parrain est en effet très important. «Ces membres de l’UCL, généralement des professeurs, sont garants du niveau de leur filleul et du mérite qu’il a à recevoir ce prix, explique Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Grâce à ce système, l’UCL donne au titre de docteur son importance et sa valeur.» «J’ai beaucoup apprécié d’être parrainé par Christian Arnsperger (ESPO/ECON), un professeur jeune et dynamique, actif dans le domaine de l’économie, ma formation de base», indique Érik Orsenna. «Qu’aurais-je fait sans ma marraine de doctorat, qui me rappelait
constamment les lieux et heures de mes rendez-vous?», sourit Monica Nève. Une belle complicité se lie souvent entre un parrain et son filleul. «Le professeur Pascale Vielle est devenue ma vraie marraine, raconte Maggy. Nous nous revoyons encore souvent.»
Moments forts
Un des moments forts de la fête est le discours que les parrains et marraines prononcent pour présenter leur filleul. «C’est un des plus beaux souvenirs que je garde, témoigne Souhayr Belhassen. Même sans me connaître beaucoup, mon parrain, Olivier De Schutter (DRT), a su trouver les mots qui m’ont profondément touchée et bouleversée. Il a repris les faits les plus marquants de ma vie. J’arrivais à peine à retenir mes larmes!»
D’autres moments-clés jalonnent les deux jours de fête. Pour Érik Orsenna, il y avait notamment les rencontres avec de grandes personnalités et savants. «C’était un bonheur de pouvoir traiter d’égal à égal avec des personnes que l’on respecte infiniment, explique-t-il. Même s’il y a un sentiment d’imposture: on se demande si on est bien à sa place.» Maggy garde deux souvenirs particuliers: «Le premier est la visite grandiose chez le Roi Albert, avec le recteur. Le deuxième, c’est le moment où tous les membres de l’assemblée, professeurs, sommités, étudiants… se sont donnés la main et ont chanté avec moi. Je voyais la joie sur les visages.»
Une grande famille
Ce qui frappe le plus, c’est l’impression que font aux docteurs les membres de l’UCL. «J’ai été impressionnée par l’ambiance qui règne à l’UCL, se souvient Maggy. Moi qui avais peur de me retrouver parmi d’éminents professeurs, j’ai pu voir que chacun avait sa place, comme dans une grande famille.» C’est aussi l’avis de Souhayr Belhassen, qui voit l’UCL comme un corps constitué, tel un corps de magistrat. « C’était également spatial: toute la ville se joignait pour nous faire la fête, y compris les jeunes, qui prenaient part aux rites. J’ai senti l’importance de la tradition, partagée par tous, dans la joie, et qui soude professeurs, élèves, membres du personnel… plus que dans d’autres universités. Et je me suis sentie pleinement intégrée dans ce corps.»
Érik Orsenna a, quant à lui, été frappé par le caractère interdisciplinaire de l’UCL. «C’est intéressant de rencontrer des experts de tous domaines. Il y a à l’UCL une interdisciplinarité que je n’ai pas trouvée dans les universités françaises.»
Après la fête
La fête dure deux jours, mais qu’en reste-t-il après? Pour Érik Orsenna, rien qu’un bon souvenir. «Il est dommage que nous n’ayons plus vraiment de contacts avec cette prestigieuse université à laquelle nous nous sentons appartenir, regrettet- il. L’UCL pourrait par exemple organiser des journées-retrouvailles de ses docteurs…»
Pour d’autres, le doctorat honoris causa a ouvert la porte à une série d’actions: l’asbl Un Toit Un Coeur, par exemple, est née suite à la consécration de Monica Nève et tente de reproduire à Louvain-la-Neuve l’activité d’accueil des sans-abris de Nativitas.
Pour Maggy, la récompense a servi de clé: « Ce titre m’a permis d’entrer au Ministère de la coopération internationale, par exemple, ou aux Cliniques Saint-Luc, avec lesquelles nous allons établir un partenariat d’ici peu. J’ai aussi rencontré des personnes, en Belgique, qui m’ont envoyé des colis de vêtements, de linge, …»
Ce titre procure avant tout un soutien moral à celui qui le reçoit, qui voit son action reconnue par toute une communauté. «Obtenir un doctorat honoris causa signifie aussi que notre combat n’est pas vain, mais légitime, qu’il en vaut la peine et que tout le monde s’engage avec nous», explique Souhayr Belhassen. «En recevant ce titre, j’ai compris que mon action ne faisait pas seulement plaisir à mes petits orphelins, mais aussi à beaucoup d’autres gens qui sont désormais derrière moi, témoigne Maggy Barankitse. J’ai également compris que je méritais d’être à la même table que de grands savants pour parler des problèmes de ce monde, et que c’est ensemble que nous pourrons construire un monde plus humain.»
Fany Grégoire
Être parrain, une reconnaissance, un travail... un plaisir !
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Pas de doute, Érik Orsenna et Christian Aernsperger, son parrain, étaient faits pour s'entendre.
Le rire est au rendez-vous lors de la soirée d'accueil de 2007.
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Christian Arnsperger et Marie Joachim partagent une expérience rare, celle d’avoir été un jour parrain ou marraine d’un docteur honoris causa. Marie, alors étudiante au Kap Quart, fut la marraine de Monica Nève, fondatrice de l’asbl Nativitas, en 2008; Christian Ansperger, professeur au Département des sciences économiques, fut lui, en 2007, le parrain de l’écrivain Érik Orsenna.
Entre défi et plaisir
Lorsqu’ils repensent à leur expérience, tous deux évoquent la charge de travail qu’a représenté la tâche, mais, surtout, soulignent le plaisir qu’ils ont eu à s’en acquitter. «Pour moi, note Marie Joachim, avoir été marraine de Monica Nève fut à la fois un honneur, une chance et un défi: l’honneur d’avoir été choisie par l'université comme présidente du Kap Quart -ce qui était une reconnaissance pour ce kot-à-projet-, la chance de pouvoir partager des moments privilégiés avec une personnalité pleine de lumière, d’énergie et d’amour, et le défi de parler à l’Aula Magna devant un millier de personnes, de participer à la conférence de presse et à la soirée d’accueil, toutes choses qui sont relativement impressionnantes quand on est un peu timide comme moi.»
Christian Arnsperger a moins ressenti les choses comme un défi. Il retient surtout le plaisir qu’il a pris à s’intéresser à une personnalité aussi riche et attachante que le Prix Goncourt 1998. «J’ai été particulièrement stimulé par la rédaction de son discours de présentation, se souvient-il. J’ai pu l’écrire dans un style littéraire et, disons-le, de manière parfois un peu décalée, ce qui m’a beaucoup plu. De même, avoir côtoyé pendant deux jours un homme aussi ouvert et drôle a été une grande source de plaisir pour moi, et une leçon (trop souvent oubliée par la suite) de joie de vivre. Une vraie complicité nous a reliés pendant ces deux jours.»
Le vide après deux jours d'aventure
Cette complicité, Marie Joachim l’a également connue, au point d’avoir ressenti un grand vide quand les feux de la fête se sont éteints: «Être marraine d’une docteur honoris causa est un moment fort, du début à la fin. Quand les deux jours se sont terminés, j’ai ressenti comme un vide, presque de la tristesse. J’ai raccompagné Monica et son époux à leur voiture et je suis retournée au Kap Quart. Voilà, l’aventure prenait fin, déjà.»
Christian Arnsperger reconnaît avoir gardé assez peu de contacts avec son «filleul», mais il n’en nourrit pas de regret, tant il sait l’Académicien pressé. Il se contente bien volontiers de ces deux jours intenses, durant lesquels il s’est efforcé d’être un passeur: «Le parrain ou la marraine est quelqu’un dont le rôle est d’accueillir son filleul dans l’université, sur un plan humain et intellectuel. Les deux doivent s’allier: créer une vraie relation et apporter du fond. Je pense qu’Érik Orsenna a trouvé les deux chez nous.» P.E.
Campus Plein Sud : une opportunité d'innover
Pour sa 8e édition, Campus Plein Sud abordera les relations Nord-Sud sous l'angle de la crise globale. Comme chaque année, l'opération se déroule simultanément dans plusieurs universités : à l'UCL avec l'ONG Louvain coopération au développement et le Dévlop'kot ainsi que dans 8 autres universités et 4 ONG associées.«Climatique, alimentaire, sociale,… ces crises remettent en cause le modèle de développement actuel», explique Nicolas Delbar, membre de Louvain développement. «À l’heure actuelle, nous nous focalisons tous sur la crise financière et économique qui frappe surtout les pays occidentaux. Nous balayons d’un coin de l’oeil ce qui se passe ailleurs mais, en définitive, qu’avons-nous changé?»
Les organisateurs ont donc planché sur l’impact des crises sur les pays en développement afin de proposer des alternatives à notre modèle. Prêter attention aux conditions de production de nos vêtements, être conscient des conséquences de notre consommation alimentaire sur les populations du Sud et sur l’environnement, privilégier les transports en commun ou encore les placements éthiques,… cette quinzaine de sensibilisation est une invitation à en parler, à s’impliquer et à agir!
Du 22 février au 5 mars. www.louvaindev.org, www.campuspleinsud.org