Les instituts: un nouveau cadre de vie pour les chercheurs


Depuis le 15 février, les instituts de recherche existent officiellement. Constitution des bureaux et conseils, affectation des budgets, des personnes, suivi informatique, logistique,… les chercheurs débutent une nouvelle vie, dans un nouveau cadre. La Quinzaine a rencontré trois présidents d’instituts.




C’est effectif depuis le 15 février: les nouvelles structures de l’université –divisées en secteurs, facultés et instituts de recherche– sont officiellement en place. De la finalisation des règlements à l’affectation des personnes, en passant par l’ouverture de comptes financiers, le choix définitif du nom et de l’acronyme des instituts, la signalisation,… le basculement dans ces nouvelles structures a eu, a et aura encore de multiples conséquences. Conseils et bureaux de secteurs sont officiellement constitués (parfois, ils se réunissaient déjà auparavant). La plupart des instituts portent leur projet sur les fonds baptismaux. Ils sont cinq en sciences de la santé, six en sciences et technologies et dix en sciences humaines. Ils comptent entre 40 et 400 personnes. Leur taille varie; c’est pourquoi, dans certains cas, entre le chercheur et l’institut, existent maintenant des «pôles». Auparavant, c’étaient les «centres» qu’on considérait volontiers comme le troisième niveau de l'organigramme de la recherche (sous le secteur et l’institut). «Les centres de recherche ne figurent plus dans l’organigramme», explique Vincent Yzerbyt, prorecteur à la Recherche. Ce sont des pôles qui constituent, pour certains instituts (les plus gros), un niveau intermédiaire. «Les facultés disposent de commissions de programme, poursuit le prorecteur, les instituts sont, le cas échéant, divisés en ‘pôles’.»
Et les centres? Concrètement, ils continuent d’exister mais ont une vocation scientifique à la fois plus ouverte et moins pérenne que les pôles. Si bien qu’ils peuvent rassembler des chercheurs d’instituts différents, voire de secteurs différents, sans engendrer des questions d’affectation. Certains centres seront, s’ils en font la demande, agréés par le Conseil de recherche pour une période de 5 ans.
Revenons aux instituts. Où en sont-ils? Qu’ont-ils tiré de cette réforme? Quels sont leurs futurs projets? La Quinzaine vous propose de découvrir chaque mois des instituts (ce mois-ci, un par secteur). Échos des recherches, témoignages, événements,… vous amèneront petit à petit à mieux connaître les nouvelles entités de recherche de l’UCL.

Alice Thelen

 

IMCN : pôles et plateformes pour gérer la science

«L’Institut de la matière condensée et des nanosciences est le résultat d’un montage audacieux», dit Michel Devillers, son président. De fait, il rassemble des membres de quatre anciens départements, appartenant aux trois facultés qui composent le secteur: à savoir chimie et physique (Faculté des sciences), matériaux et procédés (École polytechnique) et, enfin, chimie appliquées et bioindustries (Faculté d’AGRO). «Les chercheurs de l’institut développent de gros projets de recherche ensemble depuis longtemps, explique Michel Devillers, notamment autour d’équipements de recherche très lourds.» Deux plateformes technologiques
sont déjà reconnues; d’autres sont en gestation. «L’institut est divisé en trois pôles de recherche, qui allient structure administrative et cohérence scientifique, ajoute-t-il. La création de l’IMCN est la conséquence naturelle du fait que, dans notre domaine, la multidisciplinarité est la règle depuis longtemps. On gagne aujourd’hui une visibilité commune et en efficacité en mutualisant nos moyens. Notre science n’est pas différente de ce qu’elle était mais nous allons la gérer différemment.» Le bémol, pour l’instant, c’est l’éclatement géographique des chercheurs. Rome ne s’est pas fait pas en un jour…


Michel Devillers: «Nous allons gérer
notre science différemment.»
Carte d’identité

Nom: Institut de la matière condensée et des nanosciences (IMCN), sciences et technologies

Localisation: Louvain-la-Neuve, Croix du Sud, Pasteur et de Hemptinne

Taille: 280 personnes, dont 38 académiques, 180 chercheurs et 68 membres du personnel administratif et technique

 

 

IRSS : émulsion scientifique à Chapelle-aux-Champs

L’Institut de recherche en santé et société (connu sous l’acronyme IRSS) est le plus petit de son secteur (140 personnes en tout). Dans les sciences de la santé, il tient d’ailleurs une position particulière: au sein de cet institut, ni éprouvette, ni microscope, ce n’est pas en laboratoire que les chercheurs étudient la santé mais en interaction avec la société. «Notre ressource principale, ce sont les chercheurs en tant qu’êtres humains, décryptant les rapports de l’homme et de sa santé avec la société», explique William D’Hoore, responsable de l’IRSS. S’y regroupent médecins généralistes, philosophes, juristes, chercheurs en santé publique, psychiatres et même un dentiste. Tous ont été regroupés dans les locaux de l’École de santé publique, Clos Chapelle-aux-Champs. «Cela facilite les contacts, explique Nathalie Chaidron, coordinatrice administrative de l’institut. C’est très chouette de voir une dynamique qui se renforce entre les chercheurs.» De ce regroupement naissent de nouvelles idées de visirecherche. «Ce n’est pas si facile de réunir des groupes d’appartenance différentes, explique William D’Hoore. Il faut que le sociologue puisse trouver un intérêt dans le fait d’être raccroché à un autre secteur que le sien. Mais on se crée ensemble une nouvelle identité.» 


William D'Hoore:
«On se crée ensemble une nouvelle identité.»
Carte d’identité

Nom: Institut de recherche en santé et société (IRSS), sciences de la santé

Localisation: Woluwe, clos Chapelle-aux-champs

Taille: 140 personnes, dont 40 académiques et académiques cliniques et 50 chercheurs

 

 

IPSY : mutualisation toute !

En psychologie, sept unités ont mutualisé leurs ressources pour créer un institut. Après seulement quelques mois, l’Institut des sciences psychologiques en tire déjà les bénéfices concrets. Pool de secrétaires, répartition commune des budgets, nouveaux engagements et redéfinition de fonction (une experte statisticienne, une assistante éditoriale, etc.), rénovation des laboratoires (au sous-sol du Socrate), constitution d’un groupe de volontaires pour participer aux recherches,… définissent les contours d’une nouvelle gestion de la recherche. «La répartition des tâches est plus souple, explique Pierre Philippot, président de l’institut, ce qui crée une autre dynamique de travail. Avant, une secrétaire était parfois ‘pieds et poings liés’ à son chef de service. Aujourd’hui, tout en préservant un travail de proximité avec les chercheurs, elle travaille en équipe et de façon plus spécialisée, ce qui permet également d’envisager d’autres perspectives de carrière.» En terme de recherche, Pierre Philippot cerne également de nouvelles perspectives: «nos budgets proviennent en majorité de la Communauté française, qui est exsangue. Nous devons développer une politique de recherche nouvelle, en dégageant des thèmes communs aux équipes de recherche.» Un exemple: 2012 sera probablement l’année du vieillissement; c’est un thème, parmi d’autres, qui pourrait rassembler plusieurs équipes de l’institut.


Pierre Philippot: «Nous devons développer une politique de recherche nouvelle.»
Carte d’identité

Nom: Institut des sciences psychologiques (IPSY), sciences humaines

Localisation: Louvain-la-Neuve, bâtiment Socrate

Taille: 166 personnes, dont 36 académiques et scientifique permanents et 109 chercheurs

 

| 12/03/2010 |