UCL-Congo: la coopération se réinvente



Lovanium, dans les années 1950.

 

Le 50e anniversaire de l’indépendance congolaise est l’occasion d’un focus sur les relations tissées entre l’UCL et le Congo. Plusieurs générations de professeurs y ont mené des projets. Après plus de 90 ans, ces collaborations sont d’une riche diversité.


Les étudiants en sciences médicales de la Formulac.

Le centre médical Lovanium.

 

À l’instar de la Belgique, l’UCL nourrit une longue histoire commune avec le Congo. Ses modalités ont varié au gré des époques, d’un européocentrisme à tout va, auquel l’UCL a participé, à un souci de développer des partenariats respectueux des cultures. Mais l’objectif est resté le même: former des jeunes universitaires, à même de devenir les élites de la société congolaise. Et, pour ce qui est de la coopération actuelle, donner aux Congolais la possibilité de disposer d’atouts pour reconstruire les bases de leur État. Rétroactes: au début des années cinquante, le Congo est une colonie belge. L’UCL, déjà implantée dans ce pays depuis 1926 via la Fomulac (Fondation médicale de l’Université de Lovanium au Congo), obtient du gouvernement belge la cession d’une colline sur les hauteurs de Léopoldville. C'est là qu’elle installe le Centre universitaire congolais Lovanium où seront formés de jeunes Congolais sortant des collèges d’humanités gréco-latines créés par des Missions catholiques. En quelques années, Lovanium prospère: octobre 1954 voit s’y ouvrir la première année académique ; 1958, les premières remises de diplômes ; 1961, les premiers docteurs.

Lovanium disparaît

Même si la voix de l’indépendance se fait aussi entendre au sein de l’université (les années soixante voient l’organisation de plusieurs grèves estudiantines fustigeant l’infantilisme dans lequel les Congolais baignent ainsi que l’absence de tout dialogue entre ceux-ci et les autorités académiques, comme le rappelle Jean-Claude Willame, africaniste et professeur émérite de l’UCL), le tournant s’opère avec la prise de pouvoir du Général Mobutu. Lovanium disparaît, victime de la nationalisation zaïroise, pour fusionner dans un ensemble dénommé Université nationale du Zaïre devient ainsi l’Université de Kinshasa. Les années qui suivent voient l’État zaïrois se désinvestir de l’enseignement universitaire et les élites partir à l’étranger, en Europe et aux États-Unis. «Les universités publiques congolaises se sont peu à peu retrouvées à fonctionner en vase clos», explique Thierry de Waha, de l’Administration des affaires internationales de l’UCL, «tandis que naissaient nombre d’institutions privées.» Cet isolement s’accroît lorsque la Belgique suspend ses accords de coopération avec le Zaïre, en 1990.

La reprise de la coopération

C’est vers la fin des années nonante que l’UCL choisit de se réinvestir dans la région, en initiant des partenariats avec quelques institutions privées comme les Facultés catholiques de Kinshasa ou l’Université catholique de Bukavu. En 1996, le recteur Crochet dirige une délégation UCL et assiste à la proclamation de la première promotion dans cette université. Celle-ci compte alors trois facultés. Le Pr De Villé est parmi ceux qui s’y investissent et témoigne à l’époque que «le défi est énorme: il s’agit de structurer à partir de rien.» 
Avec le temps, les collaborations se multiplient et ce, entre collègues de nombreuses facultés de l’UCL et leurs homologues congolais. Les changements à la tête de l’État congolais, la reprise de la coopération, la mise sur pied de collaborations suivies au travers de la Commission universitaire pour le développement (CUD) du Conseil interuniversitaire francophone (CIUF), sont autant d’éléments qui facilitent aujourd’hui les contacts entre les deux pays et entre leurs institutions universitaires. 
De nombreux défis demeurent: «L’enseignement supérieur congolais reste en danger, estime Thierry de Waha. La pénurie d’enseignants qualifiés, la vétusté des infrastructures, l’absence de dispositifs réglementaires ne correspondant plus aux réalités universitaires, entre autres, le rendent particulièrement vulnérable. Élément essentiel de la reconstruction de la RDC, il doit continuer à bénéficier de l’apport de la coopération universitaire mais aussi d’un réinvestissement de l’État congolais.» 

Julie Claus

 

Nombreux sont ceux qui mènent des projets en lien avec le Congo.
La Quinzaine vous propose d’en découvrir quelques-uns.

Santé mentale à Kinshasa


Le Pr Dominique Charlier (MEDE), pédopsychiatre, encadre, avec le Pr Samuel Mampunza, doyen de la Faculté de médecine de Kinshasa (Unikin), les thèses de deux assistants congolais, Thierry Matonda et Florence Mbiya. Tous deux travaillent sur des problèmes de santé mentale que peuvent rencontrer les enfants
à Kinshasa. « L’objectif est de permettre le développement de la pédopsychiatrie du point de vue clinique, académique ou encore dans un objectif de service à la société, précise le Pr Charlier. Une consultation a démarré et des cours vont être donnés. Un travail exemplaire avec peu de moyens.» I.D.

Les vertus des plantes

Valider l'utilisation des plantes en médecine traditionnelle au Congo est un des axes des études que mène Joëlle Quetin-Leclercq, doyenne de la Faculté de pharmacie et des sciences biomédicales (FASB), en collaboration avec l’ULg. Dans un premier temps, elle étudie des plantes utilisées en médecine traditionnelle afin, dans un deuxième temps, d’évaluer (le plus souvent in vitro) leur toxicité et d’identifier leurs principes actifs potentiels. Le but est de valider leur utilisation et de proposer diverses méthodes pour standardiser les traitements à base de plantes ou d'extraits végétaux. L’identification de nouveaux principes actifs pourrait être utile pour la création de nouveaux médicaments. I.D.


En paix avec ses voisins

Jok Oga, boursier à l’Institut de sciences politiques Louvain-Europe et chercheur au Centre d’études des crises et des conflits internationaux de l’UCL, se penche sur les relations politico-stratégiques du Congo avec ses voisins, via une analyse du conflit de l’Ituri à la frontière Nord-Est de la RDC. L’objectif : constituer des repères pour une politique étrangère en vue des relations apaisées du Congo avec ses voisins, en tenant compte de la convoitise de certaines de ses richesses, telles que l'or, le coltan et le pétrole.I.D.


La relève forestière


Avec, entre autres, des collègues de l’ULB, le Pr Quentin Ponette (AGRO) organise un master en gestion forestière à l’Université de Kisangani. Ce projet, dénommé AFORCO, compte actuellement dix-sept étudiants. Les différents académiques qui s’y investissent encadrent des mémorants. Et les étudiants qui poursuivront dans la filière auront la possibilité de réaliser une thèse dans des domaines tels l’écologie forestière ou paysagère, la sylviculture ou encore la géomatique. «Après la promulgation du nouveau code forestier congolais, il y a quelques années, il s’est avéré que le pays manquait de personnes compétentes pour l’appliquer. Ce master permettra de former ces personnes mais aussi d’assurer, à moyen terme, un renouvellement du cadre académique de l’Université.» J.Cl


Migration congolaise

Quentin Schoonvaere, assistant de recherche à l’Institut d’analyse des changements contemporains et de l’histoire des sociétés (IACCHOS), mène une étude démographique sur la migration congolaise en Belgique, son évolution et son impact sur la population d'origine congolaise. Du début des années soixante à la fin des années quatre-vingt, la migration congolaise répondait essentiellement à une logique de circulation des élites (étudiants, diplomates, commerçants…). Depuis, elle répond davantage à des logiques économiques et politiques et tend à devenir une migration d'installation. I.D.


Bananes du Kivu 


Philippe Baret (AGRO) et son équipe étudient les cultures bananières au Nord et Sud Kivu. Les agriculteurs locaux sont remarquablement organisés et désireux d'évoluer. L’UCL s’est donc proposée pour soutenir l’innovation technologique sur place et aiguiller la population vers la diversification des cultures (associer notamment la culture du café à celle des bananes) afin de tendre vers un système plus durable. Le projet vise à améliorer les conditions de vie des populations
rurales de l’Est du Congo en augmentant la productivité du système agraire pour accroître les revenus, la sécurité alimentaire et la préservation de l’environnement de la région. I.D.
www.uclouvain.be/315510


La criminologie à Lubumbashi

«Parmi les multiples chantiers de la reconstruction de la société et de l’État congolais, celui de la réforme pénale (réforme du code pénal, de la police, des politiques en matière de jeunes délinquants…) n’est pas des moindres. Ces réformes et leur mise en oeuvre contribueront sans doute à dessiner les contours de cet immense pays», expliquent Françoise Digneffe et Dan Kaminski (DRT). C’est pour cela que ces deux professeurs de criminologie ont soutenu la création, en 2002, de la première École de criminologie en RDC. Quatre étudiants en sont sortis docteurs en 2009. Leurs recherches ont notamment remis en question les catégories juridico-morales habituelles pour tenir compte de ce qu’il se passe sur le terrain. Elles doivent être relayées auprès des commissions de réforme du droit congolais mais «obligent également les criminologues occidentaux à s’interroger et à interroger les pratiques de leur société», indiquent les deux professeurs. J.Cl

La revue Louvain consacrera son dossier thématique aux relations UCL-Congo. Ce numéro paraîtra en juin.
www.uclouvain.be/revue-louvain

| 12/05/2010 |