Présentation

Projet scientifique

Le CriDIS constitue un centre de recherches interdisciplinaires en sciences sociales de l’Université catholique de Louvain (Fédération Wallonie-Bruxelles, Belgique), implanté sur deux des sites de cette Université : Louvain-la-Neuve et Mons.

Il se donne pour objectif central d’éclairer les transformations des sociétés contemporaines du point de vue d’une problématique critique de la démocratie. Pour nous, la démocratie n’est pas seulement un formalisme juridique ou un système politique : elle désigne une configuration des rapports sociaux concrets qui se nouent dans les dimensions politiques, économiques et culturelles des sociétés contemporaines. La démocratie est donc prise à la fois comme un concept descriptif/explicatif (selon une acception qui va de Tocqueville aux sociologies contemporaines) et un concept normatif/critique (qui trouve sa racine dans la philosophie politique et fut mis en œuvre de diverses manières dans l’histoire des sciences sociales). La science sociale critique que nous pratiquons ne peut perdre de vue les idéaux, mais elle doit tenir compte du fait que les idéaux peuvent se transformer en illusions. Les incontestables avancées de la démocratie dans le monde ne doivent pas, à nos yeux, occulter la pluralité des sociétés concrètes et les ambivalences des processus de modernisation qui sont en cours.

En intension, cette problématique prend place au sein d’une réflexion globale, dont l’espace est borné par quatre dimensions : les institutions et les subjectivités d’autre part, les dominations et les émancipations d’autre part (1). En extension, elle se déploie dans quatre directions empiriques – ou « axes – (2). Notre Centre pratique une approche épistémologique critique, qui privilégie le rapport entre compréhension des acteurs, explications de l’observateur et évaluations critiques (3). Sa démarche se veut interdisciplinaire par principe (4).

 

(1) Le projet démocratique est fondamentalement compris comme une tension entre des sujets désirants, raisonnants et agissants et des institutions, c’est-à-dire des dispositifs complexes de règles, de savoirs et de pouvoirs. Les institutions sont identifiées comme des milieux et des moyens cruciaux pour la formation du lien social : le droit, les dispositifs de gouvernance, les gouvernements, les dispositifs de coordination sont placés au cœur de notre problématique. Mais ces institutions capacitent et limitent des subjectivités qui peuvent ou non devenir, comme le propose le projet démocratique, « auteurs et acteurs de la loi qui les unit ». Jamais les institutions n’épuisent les expériences des subjectivités, déclinées sur le mode individuel (en « je ») ou sur le mode collectif (en « nous »).

Ces articulations entre subjectivation et institution se distribuent de manière transversale sur un axe d’analyse reliant deux dimensions antagonistes. D’une part, des processus (nouveaux ou bien connus) de domination sont à l’œuvre dans différents champs. Les dominations par les pouvoirs politiques formels sont bien connues (dictatures, censures, répressions…). Mais les sciences sociales ne peuvent non plus négliger les dominations politiques informelles, les dominations qui naissent de la nécessité économique et les dominations culturelles qui sont médiatisées par des discours et des représentations du monde. La tâche spécifique des sciences sociales consiste dans une analyse sans concessions de ces mécanismes souvent peu visibles, naturalisés, idéologisés, sournois, qui dans les sociétés contemporaines ont pris le relais des répressions ouvertes.

Par rapport à ces dominations, multiples et diverses en intensité, se manifestent également des processus de critique et d’émancipation, qui s’expriment dans des prises de paroles et des mobilisations d’acteurs, allant de l’engagement personnel à des interventions publiques ou à des mouvements sociaux organisés.  Ces processus d’émancipation peuvent avancer sous une forme codée ou informelle ; dans des discours et des pratiques très simples, directes, conflictuelles, ou bien complexes, détournées, implicites. L’émancipation n’est évidemment pas une idée simple : son usage en sciences sociales est le résultat d’importants débats qui ont ponctué l’histoire des sociétés modernes de même que l’histoire de nos disciplines. Nous nous donnons pour horizon collectif l’élaboration d’un concept d’émancipation actualisé et adéquat aux sociétés contemporaines.  

La tension entre domination et émancipation est donc placée au centre de notre approche. L’hypothèse centrale de notre programme de recherches consiste à démentir les identifications trop rapides entre institutions et dominations d’une part, subjectivités et émancipations d’autre part. Si les institutions sont nécessaires au contrôle et si la liberté ne peut être prédiquée que des sujets, il n’en reste pas moins que l’institution peut être émancipatrice, en tension avec les subjectivités qu’elle encadre. Ainsi, en suivant Boaventura de Sousa Santos, nous pouvons souligner combien le droit, par exemple, peut être facteur de domination et d’émancipation, de manière ambivalente et toujours située. Il en va de même pour d’autres dispositifs institutionnels.

De la même façon, nous postulons que la subjectivité peut être facteur de régulation – voire de domination – des interactions sociales, comme l’ont bien montré la critique foucaldienne de la subjectivité moderne ou les critiques de l’individualisme libéral formulées par certaines écoles en sciences sociales.

L’émancipation n’est pas à situer du côté des sujets contre les institutions. Ceci doit nous tenir à l’écart de tout romantisme de la subjectivité et, plus encore, de tout romantisme de la singularité. Sujet et liberté ne vont de pair que lorsque des conditions sociales et institutionnelles sont réunies.

Notre Centre se voue donc à l’élaboration d’une problématique complexe de la démocratie prise en tension entre quatre pôles : institutions et subjectivités, domination et émancipation.

 

institutions

 

 

domination                                                                                                                                           émancipation

 

 

subjectivités

 

Le CriDIS se donne pour ambition de passer les problématiques des démocraties contemporaines au tamis des différentes combinaisons suggérées par ce tableau, suivant en cela quelques avancées remarquables des sciences sociales contemporaines.

La mobilisation de ces différents programmes ne conduit pas à une super-théorie de synthèse. Elle caractérise un collectif de chercheurs marqué par différences qu’il s’agit de rendre fécondes en les mettant au service d’une ambition régulatrice : construire une approche informée et cohérente des enjeux démocratiques des sociétés contemporaines.

(2) Du point de vue des thématiques, nos travaux de recherches en cours se distribuent sur quatre axes thématiques.

1.        Un axe économique : critique du productivisme et du consumérisme ; organisation du travail et démarches participatives ; responsabilité sociale de l’entreprise et sens de la justice ; lien entreprise/environnements ; pratiques de consommation citoyenne ; démocratie versus capitalisme ; capitalisme et éthique existentielle ; économie sociale et solidaire…

2.        Un axe politique : mutations de l’espace public et critiques populistes ; régimes et formes de la participation démocratique ; articulation dialogue social/dialogue civil ; mouvements sociaux (alterglobalisation, alterconsumérisme, etc.) ; mouvements pour la paix et la défense des droits humains ; politiques de la mémoire ; transformations de l’Etat et des politiques publiques ; trajectoires de sécularisation et fondamentalismes ; politique et violence(s)…

3.        Un axe clinique : travail et construction de soi ; santé mentale et politiques publiques ; politisation des souffrances sociales ; formes de subjectivation/désubjectivation de soi ; nouvelles pratiques cliniques dans le champ social…

4.        Un axe urbain : enjeux du développement urbain et mutations de l’espace public ; régimes de démocratie locale et expérimentations participatives ; gouvernance urbaine et politiques de l’espace ; citoyenneté urbaine, côtoiement de l’étranger et coexistence dans une ville multiculturelle ; insécurité et « expérience négative » de la ville ; théories et pratiques de la résilience et du développement urbain durable

(3) D'un point de vue épistémologique, les membres du CriDIS se reconnaissent dans une démarche de sciences sociales qui engage une triple problématisation :

1.        empirique et méthodologique : notre Centre s’appuie sur un pluralisme méthodologique liant approches qualitatives et quantitatives ; différentes échelles d’analyse sont pratiquées au sein du Centre, concernant le temps (court, moyen ou longue durée), les contextes étudiés et le nombre d’acteurs pris en compte ;

2.        conceptuelle : les enquêtes de terrain ne peuvent être détachées d'une discussion des théories et paradigmes de référence (nos paradigmes privilégiés sont le néo-institutionnalisme, l’économie des conventions, l’école de la régulation, la sociologie pragmatique, la théorie critique allemande, la psychanalyse, la phénoménologie) ;

3.        évaluative et critique : il s'agit de prendre en charge la question de la critique du chercheur amené à évaluer son objet d'études en termes normatifs, que ce soit avec ou sans visée prescriptive d'action et de transformation sociales.

(4) Le CriDIS est interdisciplinaire par principe : il se refuse à souscrire à une disjonction positiviste entre sociologie et économie, entre sociologie et science politique, entre sociologie et philosophie. Il cherche à éclaircir sa base épistémologique par un recours aux outils et problématiques conceptuelles de la philosophie des sciences ; il tend à élaborer sa base normative par une discussion systématique avec la philosophie morale et politique.

 

Une animation scientifique

Les membres du Centre de recherches interdisciplinaires Démocratie, Institutions, Subjectivité (CriDIS) désirent développer une animation scientifique mobilisant des activités-phare (1), des activités complémentaires (2) et des dispositifs de travail spécifiques.

Quatre activités-phare :

  • Le séminaire de recherche, transversal à tous les axes (mensuel) ;
  • Le séminaire doctoral, co-organisé avec les autres universités de la FWB ;
  • L'atelier doctoral annuel (UCL-Mons) ;
  • Les « Je-Dis », ateliers de travail au cours desquels des chercheurs réfléchissent sur leur rapport subjectif à l’objet de recherche.

Des activités complémentaires :

  • des séminaires exceptionnels ;
  • des groupes de travail ;
  • des journées d’étude ;
  • autres...

Des dispositifs de travail spécifiques :  

  • le dépôt de projets de recherche auprès de fonds scientifiques ou de bailleurs de fond, belges et européens ;  
  • la gestion de la collection de « Working Papers » ;
  • l'accueil et le soutien aux doctorants, post-doctorants, professeurs visiteurs, venus du Nord comme du Sud;
  • la gestion du site web, www.uclouvain.be/cridis, hébergées au sein du site web de l’institut Iacchos.

Par ailleurs, les membres du Centre sont regroupés sur deux sites :

  • à Louvain-La-Neuve au 3e étage du bâtiment « Doyens », ainsi que dans les bâtiments « Leclercq » et « Dupriez ». Ils partagent les infrastructures (imprimantes, photocopieuses, locaux, etc.) qui y sont regroupées ;
  •  les membres du CriDIS disposent également de locaux propres au sein de l’extension de la Faculté ESPO sur le site montois de l’Université catholique de Louvain.  

Les structures de gestion, de délibération et de décision du Centre sont régies par des Statuts faisant l’objet d’une approbation en Assemblée générale.

Le Centre dispose d'un seul compte de fonctionnement et d'équipement pour son fonctionnement ordinaire, sans préjudice de l'existence de comptes particuliers liés à des financements externes.

Les langues de travail du CriDIS sont le français, l’anglais et l’espagnol.

 

| 19/12/2012 |