Une nouvelle faculté en 3D


Qui est qui ?
Bien vu
Une intégration décrétale

 


 

C’est signé: un an après l’annonce de leur intégration, les Instituts Supérieurs d’Architecture Saint-Luc de Bruxelles et de Tournai rejoignent l'UCL. Leur faculté réunit l’architecture, l’ingénierie architecturale et l’urbanisme. Trois disciplines et trois sites qui forment désormais une seule faculté. 

 L'atelier de projet est un des éléments phares du programme de cours des architectes.

 
La construction de la nouvelle faculté d’architecture, d’ingénierie architecturale et d’urbanisme s’achève tout juste un an après l’annonce de sa création. Cette faculté rassemble les St-Luc de Bruxelles, de Tournai et l’UCL. Trois sites et trois disciplines pour une seule faculté.

Il y a un an, les architectes de l'UCL et des ISA Saint-Luc de Tournai et de Bruxelles (Institut supérieur d'architecture) annonçaient leur intégration. Aujourd'hui, et depuis le 1er juillet, c'est signé: ces trois partenaires ont scellé l’acte de création d'une nouvelle Faculté. Elle s’appelle LOCI et est dédiée à l'architecture, l'ingénierie architecturale et l’urbanisme. Trois disciplines, pour trois diplômes et trois sites. Au fond, qu’est-ce que cela change? Comment s’est construite cette nouvelle faculté?
Tout d’abord, le plan. Cette intégration n’est pas propre à l’UCL; elle est décrétale. Ce fut une pierre apportée par la ministre Simonet au chantier de reconfiguration de l’enseignement supérieur en Communauté française. La formation des architectes n’est désormais plus seulement «de niveau universitaire»:
dès la rentrée prochaine, les étudiants qui s’inscrivent ou poursuivent leurs études dans cette branche recevront un diplôme «universitaire».
À l’UCL, les trois entités ont décidé de créer ensemble une -et une seulefaculté, qui rassemble toutes les formations en architecture et urbanisme. Autrement dit, les sections des ingénieurs-architectes et urbanistes ont quitté l'École polytechnique. «C'est un cas unique en Communauté française, souligne André De Herde, le doyen de LOCI.» La volonté est de supprimer la concurrence entre les formations et d’en clarifier les objectifs.

Un horizon commun

Ensuite, la construction. Dès sa désignation en juillet 2009, André De Herde s'est demandé «comment faire pour que cette décision de fusion ne soit pas seulement légalo-administrative?». «Il fallait créer des transversalités entre les sites pour éviter d'annexer seulement deux écoles», dit-il. Il se souvient des étapes qui ont jalonné l'année écoulée: la définition d'objectifs communs, les rencontres avec les assemblées générales, la constitution de groupes représentatifs par site, la création du bureau et du conseil de faculté et, dernièrement, l'assemblée constituante. «La seule façon de réussir était d'impliquer les membres dès le début», poursuit-il. Au coeur du chantier, la réforme des programmes de cours. Elle est déjà en route mais ne sera effective pour les étudiants de bac 1 qu'en 2012-2013. «Cela va beaucoup changer», dit André De Herde. D'abord, parce que l'enseignement dans les instituts supérieurs n'était pas tout à fait universitaire. «Il faudra qu'il le devienne, tout en gardant ses spécificités», explique Jean Stillemans, vice-doyen pour Louvain-la-Neuve. 
Parmi ces particularités figurent les cours artistiques. Ils sont un des atouts du site de Tournai. «Une forme d’enseignement artistique entre à l'université, explique Martin Buysse, vice-doyen tournaisien. Des cours de croquis, mais aussi de sculpture, peinture, vidéo, land art, installations in situ,… seront proposés aux universitaires.»

L'atelier de projet

L'enseignement de l'architecture, c’est aussi l'atelier de projet. Ces ateliers sont pratiqués sur les trois sites, à raison d’au minimum 8 heures par semaine (12h à
Bruxelles). «On fait charrette», disent les architectes quand ils bouclent plans et maquettes. «Le projet d’architecture, ce n’est pas que du dessin. L’ensemble de la formation est organisée en lien avec le projet: les savoirs viennent s’intégrer dans le projet d’architecture qui est le lieu de la synthèse et de la mise en application des enseignements», explique Jean-Paul Verleyen, vice-doyen bruxellois. Bien sûr, les nouveaux programmes de cours sont encore à l’étude. «Il se peut par exemple qu'un diplôme soit plus professionnalisant et l’autre orienté vers la recherche, poursuit André De Herde. Rien n’est encore fixé.» 
Une autre étape, qui compte dans le chantier de la Faculté, est le développement de la recherche, moins courante dans les instituts supérieurs. Les portes du doctorat s’ouvrent aux étudiantsarchitectes. «Cela va prendre quelques années», explique André De Herde. La recherche est jeune en architecture. Elle est développée à l’UCL au sein de plusieurs entités, les deux plus grosses étant les unités d’urbanisme (CREAT) et d’architecture et climat (dont l’expertise vient d’être reconnue par l’Education Eco-Award). Le coeur des questions qui se posent est pourtant très riche: que sera l’architecture de demain?... De telles perspectives montrent combien le chantier de la nouvelle faculté, s’il est bien planifié, n’en demeure pas moins ouvert. 

Alice Thelen

 

Qui est qui ?

Cinq visages qui comptent au sein de LOCI:

André De Herde, doyen de faculté. Il a été doyen de l’ancienne Faculté des sciences appliquées. Il est notamment responsable de l'équipe de recherche «Architecture et Climat», composée de 26 chercheurs.

Martin Buysse, vice-doyen du site de Tournai. Physicien de formation, Martin Buysse enseigne la géométrie et l'analyse sur le site de Tournai, dont il a pris la direction deux mois avant l'intégration.

Jean-Paul Verleyen, vice-doyen du site de Bruxelles. Architecte, il est à la tête de l’ancien institut bruxellois depuis 2005. Il y a enseigné le projet d’architecture et le dessin pendant plus de 25 ans et est praticien au sein de l’atelier d’architecture «La Pierre d’Angle».

Jean Stillemans, vice-doyen du site de Louvain-la-Neuve. Ingénieur civil architecte, Jean Stillemans enseigne à l’UCL et à Tournai. Il est un des fondateurs du Laboratoire analyse architecture (www.lelaa.be) et de l'atelier d'architecture «Sessions édifications».

Philippe Gruloos, coordinateur administratif. Philippe Gruloos connait bien les différents sites de la nouvelle faculté: il a enseigné à l’ISA St-Luc de Bruxelles qu’il a dirigé de 1998 à 2005, a collaboré pendant cette période avec les directions de l’ISA St-Luc de Tournai et fut chargé de cours invité à
l’UCL.

 

  

 Bien vu

 

Une école de jeunes sorciers?

Et non!, à moins que les plumes des architectes de Tournai n’égalent la magie des baguettes des élèves de Poudlard. Le site tournaisien a été construit dans la droite ligne des écoles salésiennes (Saint-Michel à Bruxelles...). Les architectes y occupent la chapelle ainsi que deux autres bâtiments tout proches. Des sections artistiques, un internat et une école secondaire se partagent les autres ailes historiques. En quelques coups de pédales, les étudiants peuvent rejoindre le centre ville de Tournai via un Ravel. 

 

Une façade historiciste

C'est derrière cette façade classée que les architectes de Bruxelles prendront leurs quartiers. L’UCL vient d'acquérir le bâtiment. Il se trouve à Saint-Gilles (rue Henri Wafelaerts, 47-59), à seulement quelques rues du site de l'ISA bruxellois actuel, dans lequel professeurs et étudiants sont depuis longtemps à l'étroit. Derrière la façade colossale, les bâtiments, conçus en 1927 pour un usage industriel, s'organisent autour d'une cour centrale. Ils étaient dernièrement occupés par un cabinet d'avocats. Les bureaux seront réaménagés en auditoires et ateliers, avec également l'aménagement d'une cafétéria, d'une bibliothèque et d'un hall d'exposition. Les architectes devraient y entrer en 2011-2012.

 

LLN, un site comme les autres

À Louvain-la-Neuve, le décanat (qui dirige et administre la faculté) se trouve Place des sciences, alors que les architectes sont situés Place du Levant (derrière le hall Sainte-Barbe). «Ces lieux distincts montrent que Louvain-la-Neuve est aussi un site comme les autres», explique André De Herde.

 

Une intégration décrétale

Le «décret ISA» remonte au 30 avril 2009. Il visait à l’intégration, comme c’est le cas ailleurs en Europe, des sept instituts d’architecture de la Communauté française (enseignement supérieur de type long) dans le giron des universités. Les ISA St-Luc de Bruxelles et Tournai rejoignent l’UCL; La Cambre et Victor Horta, l’ULB; St-Luc Liège et Lambert Lombard intègrent l’ULg; tandis que l’ISAI-Mons s’est associée à l’U-Mons. Les rapprochements ont tantôt suivi une logique géographique, tantôt de réseau. «Rejoindre l’université est une volonté des instituts d’architecture depuis trente ans», explique Philippe Gruloos, coordinateur administratif. Le cas de l’architecture n’est pas isolé: d’autres enseignements supérieurs de type long ont déjà rejoint les universités (HEC-Liège au sein de l’ULg, l'École des traducteurs et interprètes à l’U-Mons).

De LOCUS à LOCI

«Loci» (en latin, les lieux) est le nom de la nouvelle faculté. «Locus» était déjà celui d'un réseau créé par les architectes des ISA et de l'UCL qui avait à son actif
plusieurs initiatives, comme les ateliers de projet d’architecture organisés en commun par les trois établissements pour les étudiants de bac 3. «Locus» est devenu «loci», en référence au caractère multisite de la faculté et à ce qui caractérise le champ d'action et de réflexion des architectes: les lieux et les espaces.

En chiffres

1202 étudiants
• 570 à Bruxelles
• 470 à Tournai
• 162 à Louvain-la-Neuve (dont 27 en urbanisme)

214 membres du personnel
• 68 à Bruxelles
• 65 à Tournai
• 81 à Louvain-la-Neuve