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Discours de rentrée académique du Recteur Bernard Coulie
« Espace régional, espace européen :
Monsieur le Cardinal, Messeigneurs,
Voilà déjà quelques années que les universités s’efforcent de mettre en oeuvre la réforme dite de Bologne. Pour beaucoup, cette réforme se traduit d’abord par une transformation des programmes : passage des candidatures et licences aux programmes de bacheliers et de masters, adoption d’une structure en deux cycles dont le premier comporte trois années, généralisation du supplément au diplôme et du système européen de transfert de crédits (ECTS). Une énergie considérable a été consacrée à ces adaptations ; l’UCL s’y est engagée pleinement, de manière à proposer à ses étudiants non pas des programmes anciens sous une nouvelle étiquette, mais des formations entièrement repensées ; elle a introduit dans le nouveau premier cycle le concept de mineures. Ce système, étendu à la majorité des domaines d’études, constitue une réelle spécificité de l’UCL, et préfigure ce que doit être de plus en plus un programme universitaire, c’est-à-dire une approche décloisonnée du monde du savoir, mettant l’étudiant au contact de la diversité des réalités qu’il aura à affronter dans sa vie professionnelle. L’UCL poursuivra dans cette voie. Au terme de cette année académique, l’UCL diplômera ses premiers bacheliers. Les programmes de masters seront finalisés dans les mois qui viennent et entreront en vigueur dès la rentrée académique 2007. Enfin, le troisième cycle a été totalement réorganisé, un règlement du doctorat unique a été adopté au sein de l’Académie Louvain et les écoles doctorales interuniversitaires se mettent en place. Je tiens à remercier tous les membres de l’université pour leur investissement dans cette transformation de nos programmes. Je sais que le travail fourni a été important, consommateur de temps et de ressources, souvent pris sur les missions de base de l’université que sont l’enseignement et la recherche. Il importe maintenant de se concentrer sur ces missions et je souhaite mettre tout en oeuvre pour que chacun puisse s’y consacrer dans les meilleures conditions. Mais je dois aussi attirer l’attention sur l’évolution de ces conditions. La transformation des programmes et les adaptations réglementaires, en effet, ne constituent qu’un volet de la réforme de Bologne. En réalité, c’est d’une réforme d’une tout autre nature qu’il s’agit, bien plus profonde. La création d’un espace européen de l’enseignement supérieur, c’est aussi la création d’un marché, ouvert, au sein duquel les offres de formation et les conditions de travail peuvent maintenant être comparées, marché au sein duquel la mobilité est accrue. Cet espace européen s’inscrit lui-même en compétition directe avec d’autres espaces, en particulier américain et asiatique. C’est tout le sens de l’objectif de Lisbonne, « faire de l’économie européenne l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde », c’est-à-dire passer d’une économie principalement basée sur le travail manuel moins qualifié et l’industrie à une économie activée par la connaissance et l’innovation. Cette transformation radicale du monde de l’enseignement supérieur, à l’échelle européenne et mondiale, aura, sur les universités qui, comme l’UCL, ont une ambition et une vocation internationales, des répercussions profondes. Elle va engager notre université sur des voies inconnues jusqu’alors, mais auxquelles il convient de se préparer dès maintenant. Cette préparation de notre université doit s’inscrire dans l’évolution que connaissent nos deux espaces privilégiés, l’espace régional et national d’une part, l’espace européen d’autre part. Commençons par l’espace européen. Au cours des derniers mois, la Commission européenne a produit deux documents concernant l’enseignement supérieur :
Pour relever les défis qui les attendent et conserver un niveau de qualité, les universités européennes doivent sans tarder bénéficier de mesures drastiques :
Ces mesures s’adressent aux autorités européennes, aux pouvoirs publics nationaux ou régionaux, et aux universités elles-mêmes. Pour ces dernières, la conclusion de la Commission est claire : « Pour leur part, les universités ont besoin de faire des choix stratégiques et de conduire des réformes internes pour étendre leur assiette financière, développer leurs domaines d’excellence et améliorer leur position concurrentielle ; des partenariats structurés avec le monde des affaires et d’autres partenaires seront indispensables pour mettre en oeuvre ces transformations. » Cela répond aux ambitions de l’UCL, et aux objectifs poursuivis par sa direction. En matière de recherche, la Commission a lancé le Conseil européen de la recherche. Celui-ci est un élément du VIIe Programme Cadre, qui commencera en 2007, c’est-à-dire demain. Ce Conseil distribuera des fonds aux universités, mais aussi à tous les types de centres de recherche publics et privés. Les fonds seront attribués sur base d’une compétition, et iront par priorité aux recherches de haut niveau dans des domaines innovants. Dans le même temps, le projet d’Institut Européen de Technologie annonce l’apparition de structures de recherche d’un nouveau genre, dépassant tous les cadres et clivages traditionnels. Je pourrais résumer la nature de cet Institut de la manière suivante : il identifiera les défis scientifiques stratégiques, ayant un intérêt économique potentiel, dans des domaines interdisciplinaires, ensuite il sélectionnera et financera des réseaux ou groupes de chercheurs issus d’universités, de centres de recherche et d’industries pour mettre en oeuvre des activités de recherche, d’enseignement et d’innovation dans les domaines retenus. Face à ces bouleversements profonds, chacun, et chaque université en particulier, est appelé à se demander quel rôle il entend jouer dans ce nouvel environnement de l’enseignement supérieur. Quel rôle, donc, pour l’UCL en Europe ? L’UCL doit être, plus que jamais, une grande université européenne. C’est pourquoi, depuis deux ans, le Conseil rectoral a fait de la dimension internationale une des priorités de son action. Plusieurs mesures ont été prises, à la fois pour assurer à nos étudiants de meilleures occasions de mobilité vers d’autres universités, et pour accueillir dans les meilleures conditions les étudiants venant d’autres universités :
L’action internationale de l’UCL, ce sont aussi des gestes concrets de solidarité avec des partenaires structurellement ou temporairement fragiles. L’action UCL-Liban, qui mobilise notre communauté universitaire pour soutenir dès à présent nos partenaires libanais dans leur effort de reconstruction du tissu académique, en est un bel exemple, unique par son ampleur en Communauté française. Pour encourager les membres de l’UCL dans cette voie, et en particulier pour assurer une relève académique qui fera des questions de développement une des priorités de leurs parcours à l’UCL, le Conseil rectoral va proposer au Conseil académique des mesures concrètes de valorisation des activités de coopération au développement. Là encore, l’UCL adopte une politique novatrice, en cohérence avec les valeurs énoncées dans mon discours de rentrée académique de septembre 2004 et qui guident l’ensemble de la politique de l’UCL. Toutes ces actions, articulées aux missions de recherche, d’enseignement et de services, portent dès à présent des fruits. Je suis particulièrement heureux de vous annoncer que l’UCL vient d’obtenir de la Commission européenne le « label ECTS ». Cette accréditation, que nous sommes la première université complète de la Communauté française à recevoir, confirme la qualité de l’ensemble de nos procédures en matière d’information, d’accueil et d’encadrement institutionnels des étudiants et chercheurs internationaux. Vous le constatez : aujourd’hui comme hier, l’UCL est une université de référence en Europe, reconnue pour la qualité de ses formations et de ses recherches. Mais pour le demeurer, dans un environnement en pleine mutation, il ne suffira pas de continuer à être ce que nous avons toujours été. Quelle université voulons-nous être demain ? La question nous est directement posée par la Commission, lorsqu’elle écrit que les mesures qu’elle propose permettraient « de voir émerger un système articulé comprenant des universités de réputation mondiale orientées vers la recherche, des réseaux d’excellentes universités nationales et régionales et des établissements délivrant des formations supérieures techniques plus courtes. » La question nous est posée par la société au service de laquelle nous oeuvrons ; la question nous est posée aussi, au quotidien, par la communauté universitaire, soucieuse de projets à la hauteur de ses aspirations et de ses potentialités. Quelle place voulons-nous tenir dans ce système ? Quel futur l’UCL se choisit-elle ? Notre réponse est claire : notre université doit faire partie des meilleures universités ; concrètement, elle doit figurer parmi les quinze, voire les dix meilleures universités complètes en Europe. Deux questions se posent aussitôt : est-ce nécessaire ? est-ce réalisable ? Est-ce nécessaire ? Oui, parce que le paysage de l’enseignement supérieur en Europe est en train de se dualiser, pace que l’écart entre les meilleures universités et les autres institutions se creuse chaque année davantage, et parce que les financements, les crédits de recherche, la mobilité se concentrent de plus en plus sur les meilleures institutions. Est-ce réalisable ? Oui. Notre université fait aujourd’hui partie des très bonnes universités : les classements internationaux la situent dans les 100 meilleures universités du monde, dans les trente ou quarante meilleures en Europe, et dans les vingt meilleures universités complètes. Je veux en remercier et en féliciter tous les membres de l’UCL, et chacun de nous peut être fier de la qualité de notre université. Nous sommes aux portes de ce qui constituera demain le groupe de tête. Y entrer doit susciter notre enthousiasme et mobiliser nos énergies. C’est l’ambition et la vocation de l’UCL. Pour y parvenir, deux conditions doivent être remplies : la première concerne l’adaptation de notre université et la prise de mesures de type politique, budgétaire et organisationnel. C’est l’objectif du Plan de Développement, j’y reviendrai dans un instant. La seconde condition a trait à l’évolution de notre environnement proche. Le projet de l’UCL n’est pas refermé sur notre université ; il est aussi une vision proposée à l’ensemble de la Communauté française : devenir une région de premier plan en Europe en matière d’enseignement supérieur et de recherche scientifique. Nous en arrivons ainsi à l’espace national et régional, et nous devons nous demander comment celui-ci va s’inscrire dans le projet européen lui-même. Pour l’UCL, cet espace est d’abord celui de ses relations avec les autres universités de la Communauté française et avec les Hautes Ecoles. Le premier cercle de collaboration de l’UCL est naturellement celui de l’Académie Louvain. Plusieurs projets ont été concrétisés au cours de l’année écoulée, parmi lesquels il faut mettre en avant ceux qui concernent les programmes de formation. Dans quatre domaines, ceux de la gestion, de l’économie, des sciences et de l’informatique, les institutions de l’Académie ont décidé de construire une offre concertée de programmes de masters, c’est-à-dire une offre qui utilise au mieux les compétences de chacun, en tenant compte à la fois de la nécessité de disposer de formations de proximité, de l’exigence de qualité et de la volonté d’optimiser les ressources, tout en réduisant les effets de concurrence entre les institutions concernées. Ces programmes concertés ont été approuvés par les instances respectives des institutions, et entreront en vigueur dès la rentrée académique 2007. Le projet d’une école de gestion commune, la Louvain School of Management, est prêt, et un projet similaire se dessine dans le domaine de l’économie, avec la création prochaine d’une Louvain School of Economics. Ces premiers pas sont prometteurs, et annoncent d’autres initiatives, tant en matière d’enseignement que de recherche. Pour l’UCL, l’Académie Louvain doit continuer à viser une intégration plus grande des quatre institutions qui la composent, sans gommer les différences entre elles, mais au contraire en mettant les qualités et les expertises de chacune au service des autres et au service d’une vision et d’une ambition communes. Cela ne pourra que renforcer l’attractivité du nom de Louvain sur les scènes locale et internationale. Pour autant, l’Académie n’est pas l’unique horizon de l’UCL en Communauté française. La mise en route du Plan Marshall, par exemple, a reposé sur une concertation de l’ensemble des universités, concertation dans laquelle l’UCL a joué un rôle essentiel. Des relations suivies, notamment en recherche, existent aussi avec les deux autres universités complètes. Je suis convaincu que la poursuite des objectifs européens, avec la constitution de pôles d’excellence, dépasse le cadre des Académies et requiert des ententes plus étroites avec les universités de Bruxelles et de Liège. Des discussions récentes ont révélé une convergence de vue des trois recteurs de Bruxelles, de Liège et de l’UCL, suite à leur analyse de l'évolution du paysage universitaire international. Il faudra poursuivre en ce sens. Mais ce sont bien les neuf institutions universitaires de la Communauté française qui sont face à leurs responsabilités. La restructuration du paysage universitaire en Communauté française devra trouver un juste équilibre entre, d’une part, le service de proximité, qui doit concerner prioritairement le premier cycle, et d’autre part, les formations plus spécialisées de second et de troisième cycles et la constitution de pôles d’excellence en recherche. Formations spécialisées et pôles de recherche devront faire l’objet de collaborations interuniversitaires, parfois aussi de répartitions entre institutions. Cela exigera de chacun des décisions qui pourront être ressenties par certains comme des abandons ou des sacrifices ; par ceux qui partagent la vision commune d’universités reconnues sur le plan international, elles seront correctement comprises comme des investissements. Les universités qui se préoccupent de la concurrence internationale — et nous pouvons très bien admettre que certaines n’aient pas à le faire — ne pourront se contenter très longtemps du système et du niveau actuels de financement en Communauté française de Belgique. Sans entrer dans une querelle de chiffres, il est bon de rappeler que les dépenses publiques par étudiant universitaire en Communauté française, si elles se situent près de la moyenne des pays de l’OCDE, ne représentent même pas la moitié des mêmes dépenses aux Etats-unis, et qu’elles sont déjà de plus de 30% inférieures aux mêmes dépenses en Flandre. Autant que le niveau, c’est le système qui interpelle. Les universités sont aujourd’hui financées uniquement sur base d’un nombre d’étudiants, c’est-à-dire sans tenir aucun compte de leurs performances en recherche, et qui plus est d’un nombre d’étudiants comparé aux étudiants des autres universités, et au sein d’une enveloppe fermée. En d’autres termes, chaque université est condamnée à voir chaque année son nombre d’étudiants augmenter plus que celui des autres institutions. Il y a au moins trois conséquences néfastes de ce système :
C’est pourquoi nous plaidons pour une révision de la loi de financement des universités qui intègre les éléments suivants :
L’UCL est prête à lancer une réflexion approfondie sur ce sujet et à avancer des propositions. Les Hautes Ecoles ne sauraient être tenues à l’écart de cette problématique, car elles font partie intégrante de l’espace de l’enseignement supérieur régional, national et européen. L’UCL a pris l’initiative de constituer un pôle d’enseignement supérieur avec plusieurs Hautes Ecoles avec lesquelles elle entretient de longue date des relations de collaboration. Je leur suis reconnaissant d’avoir accepté de nous rejoindre dans cette démarche. Qu’on ne se méprenne pas : il ne s’agit pas de faire croire qu’universités et Hautes Ecoles sont identiques, qu’elles connaissent les mêmes réalités, poursuivent les mêmes objectifs et sont confrontées aux mêmes défis. Mais nous avons plusieurs réalités, objectifs et défis en commun, et c’est cela qu’il convient d’organiser, par la confrontation des expériences, par le partage de ressources, par l’organisation concertée de parcours de formation qui répondent aux attentes des étudiants. Pour certaines filières, des rapprochements structurels doivent être envisagés. Plusieurs projets très concrets de collaboration sont en préparation, qui montrent qu’entre universités et Hautes Ecoles, il y a plus de complémentarités que d’incompatibilités. Toutefois, le cadre décrétal susceptible d’encourager l’exploitation de ces complémentarités est encore lacunaire. Le refus de rapprochements structurels entre universités et Hautes Ecoles sous prétexte d’habilitations géographiques et de susceptibilités à ménager relève d’une logique d’un autre âge. Nous souhaitons que la Communauté française crée un espace institutionnel qui permette à ces collaborations de se développer, à l’image des associations mises sur pied en Flandre, et qu’elle se dote de textes législatifs permettant des rapprochements entre universités et Hautes Ecoles ainsi que des co-diplômations. Dans le secteur de la santé, le partenariat de l’UCL avec le monde hospitalier est particulièrement stratégique. Par son Réseau Santé Louvain et ses représentants dans les organes de gestion de différents hôpitaux, l’UCL veut renforcer sa présence sur le terrain et sa visibilité régionale. Elle ne veut pas seulement assurer la qualité de la formation et le suivi de ses stagiaires et assistants au sein des ces hôpitaux. Elle veut aussi promouvoir une politique de qualité de la pratique médicale par des échanges ouverts entre les hôpitaux, la faculté de médecine et les cliniques universitaires, et par une dynamique de la formation continue. Dans le débat sur les bassins de soins qui se déroule aujourd’hui et qui a pour but de rassembler des hôpitaux venant du secteur public avec des hôpitaux affiliés à notre Réseau, l’UCL entend défendre l’efficacité d’une gestion saine des institutions de soins, mais aussi les valeurs humanistes, de disponibilité et d’écoute des patients qui sont les siennes. Concernant l’espace national, je me plais à rappeler la relation privilégiée qui nous unit à la KULeuven. Nous travaillons actuellement à plusieurs projets communs : en matière d’enseignement, d’une part, avec l’accroissement de la mobilité étudiante entre les deux universités et la préparation de parcours co-diplômés ; en matière de recherche, d’autre part, avec l’identification de pôles d’excellence que nous pourrions développer ensemble. Les contacts entre les deux conseils rectoraux sont permanents, et l’échange d’expériences et d’informations se révèle précieux pour chacun. Inscription dans l’espace européen et restructuration du paysage universitaire en Communauté française, autant de défis aussi pour les pouvoirs publics. Nous savons que la Communauté française est soucieuse d’y répondre et d’aider ses universités. Qu’il me soit permis d’exprimer un souhait : que les pouvoirs publics prennent mieux conscience des contraintes réglementaires et organisationnelles qui pèsent, chaque année davantage, sur les universités. Chaque nouvelle règle à respecter implique un coût, qui, n’étant généralement pas financé, contribue à compliquer la tâche des universités qu’elle était censée faciliter, au risque de se retourner in fine contre ceux qui étaient censés en bénéficier, c’est-à-dire les étudiants. Là encore, la Commission européenne dresse un constat éloquent : « Les Etats Membres sont fiers de leurs universités et beaucoup d’entre eux essayent de les ‘protéger’ au plan national par des réglementations détaillées qui les organisent, les contrôlent et les régissent jusque dans les moindres détails et, au bout du compte, leur imposent un niveau d’uniformité non souhaitable. » Le président de l’université Paris-Sorbonne, dans un petit livre récent et d’une lecture vivifiante, intitulé « Jeunes, on vous ment ! Reconstruire l’université », se plaint du même mal bureaucratique : « les programmes sont habilités jusque dans les moindres détails par le ministère, le financement provient pour l’essentiel de l’Etat. D’innombrables rapports doivent être fournis à des administrations tatillonnes qui les épluchent, les expertisent et, longtemps après, prennent parfois des décisions, mais parfois non. » La réalité vécue au sein de la Communauté française ne nous autorise malheureusement pas à donner tort à la Commission ou au président de la Sorbonne. Dans un rapport récent, l’Association Européenne des Universités (EUA) a tiré la conclusion suivante en matière d’autonomie : « Les différences entre pays européens sont importantes à cet égard. Alors que certains pays comme le Royaume-Uni, l’Irlande, la Finlande, les Pays-Bas, récemment aussi le Danemark et l’Autriche, ont accordé une large autonomie à leurs universités, tout en les soumettant à une évaluation, d’autres pays, tels que la Communauté française de Belgique, l’Allemagne, la Grèce, les Républiques tchèque et slovaque imposent des restrictions sévères à la gouvernance interne de leurs institutions. » Le rapport de l’EUA montre que les universités qui bénéficient de la plus grande autonomie sont aussi celles qui ont le plus amélioré la qualité de leurs activités. Ce dont les universités ont besoin tient en trois mots : vision, autonomie, moyens. En retour, ce que les pouvoirs publics seront en droit d’attendre de leurs universités tient aussi en trois mots : qualité, équité, efficacité. L’UCL s’inscrit pleinement dans les objectifs et les mesures avancés par la Commission européenne et s’est déjà engagée fortement sur cette voie au cours des deux dernières années. Le Plan de Développement de l’université a jeté les bases d’une réforme profonde de nos structures et de nos modes de fonctionnement, destinée à permettre à notre université d’occuper la place qui doit être la sienne dans notre région et en Europe. Au cours de l’année académique 2006-2007, le Conseil rectoral poursuivra ses efforts en ce sens et proposera aux différentes instances des mesures concernant les grands aspects de la vie de l’université. En matière de gouvernance de l’université, il veillera à la mise en oeuvre des propositions du Plan de Développement :
En ce qui concerne l’enseignement et la recherche, des propositions seront faites pour renforcer certaines orientations, infléchir certaines pratiques, et si nécessaire modifier ou renouveler certains axes. La politique de formation aura pour priorité absolue l’étudiant, placé au coeur de la démarche de l’enseignement, et trois objectifs majeurs à atteindre : acquérir et développer des compétences disciplinaires et techniques, acquérir et développer des compétences interdisciplinaires auxquelles s’ajoutent les langues, la culture et la citoyenneté, et développer des compétences relationnelles, sociales et entrepreneuriales, indispensables pour former des agents de changement dans la société et améliorer l’insertion professionnelle des diplômés. Pour atteindre ces objectifs, des outils seront proposés au Conseil académique, en particulier un système généralisé d’évaluation périodique des enseignements et des programmes, une prise en compte effective de cette évaluation dans la carrière académique, ainsi que la création de cellules sectorielles d’appui à la formation. Les missions et la composition du Conseil de l’Enseignement et de la Formation (CEFO) seront revues. Les réflexions en cours conduiront à rapprocher de l’administration de l’enseignement et de la formation (ADEF) différentes entités, telles que le Service des inscriptions (ETU), le Centre d’information sur les études et les professions (CIO), l’Institut de pédagogie universitaire et des multimédias (IPM), l’Institut des langues vivantes (ILV) et l’Institut universitaire de formation continue (IUFC). Les axes de la politique de recherche de l’UCL pour les années à venir seront soumis au Conseil académique. Cette politique aura pour priorité l’exigence de qualité, sinon d’excellence, et cinq objectifs principaux : augmenter la qualité et la visibilité des recherches, stimuler les regroupements dans des entités de recherche cohérentes et attractives, permettre l’émergence de recherches interdisciplinaires en réponse aux grands problèmes sociétaux, assurer un pilotage stratégique de la recherche, et encourager la valorisation socio-économique des résultats de la recherche. La poursuite de ces objectifs passera par plusieurs lignes d’action, concernant non seulement le recrutement des professeurs et des chercheurs, la formation des chercheurs, la sélection des projets de recherche, l’évaluation de la recherche, mais aussi l’organisation structurelle de la recherche, le soutien à des pôles d’excellence et la définition de thématiques prioritaires. Nous sommes conscients des difficultés que pourront rencontrer certaines de ces propositions. Comme l’écrit le sage Sénèque : « Non quia difficilia sunt non audemus, sed quia non audemus difficilia sunt », « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. » Le Conseil rectoral partage la conviction que ces mesures sont nécessaires pour assurer un avenir brillant à notre université, et il agira avec le souci constant d’améliorer les conditions de vie et de travail au sein de l’UCL. Politiques et propositions sont là non pour contraindre ou contrôler les personnes, mais pour les aider à remplir leurs missions, dans le respect des valeurs fondatrices de notre Alma Mater. C’est un défi que nous relèverons tous ensemble, unis autour des valeurs de notre université, mus par la passion et la confiance, cette confiance que nous plaçons en Notre Dame, Siège de la Sagesse. C’est assuré de cette confiance que j’ai le plaisir de déclarer ouverte l’année académique 2006-2007.
Recteur
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19/09/2006
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