Projets de recherche

Objets d’études et spécificités des recherches développées

L’anthropologie étudie ce qui touche à l’être humain depuis le développement de l’espèce jusqu’aux formes les plus surprenantes des réalisations et de phénomènes propres aux communautés humaines.

Le LAAP aborde la logique humaine dans une perspective interdisciplinaire. Il intègre les différents aspects de l’identité humaine, individuelle et collective en articulant de manière critique l’anthropologie socio-culturelle et les théories de l’évolution, au vu d’une anthropologie fondamentale reformulée à la lumière des avancées disciplinaires et interdisciplinaires les plus récentes. L’anthropologie « prospective » promue par le LAAP prend en considération le particularisme de l’espèce humaine en même temps que la capacité de chaque groupe humain à produire de nouveaux rapports avec son environnement.

Plutôt philosophique à ses débuts et au 19e siècle, associée presqu’exclusivement à l’inventaire des sociétés traditionnelles, l’anthropologie se voulait à la fois sociale et culturelle. Depuis, elle se définit plus largement comme la discipline qui se consacre, grâce à ses méthodes spécifiques, à l’étude des sociétés contemporaines. En effet, pour comprendre nos sociétés contemporaines, il est nécessaire d’interroger leurs racines mais aussi celles de l’humanité, les traditions et les métissages des grandes rencontres du passé et du présent. Cette démarche découle d’un questionnement réflexif sur le rapport à soi et à l’autre qui se dessine pour l’avenir. La parenté, les liens que l’homme entretient avec son corps propre et socio-historique, ses origines et son environnement, les formes d’économie, la politique, le pouvoir, les systèmes de santé, l’éducation, la migration, les nouveaux mouvements religieux, les bio-technologies, les nouveaux modes de communication, le tourisme, la violence sont autant d’enjeux abordés par l’anthropologie prospective.

Nos recherches s’articulent autour de trois dimensions qui déterminent la spécificité du LAAP :

• La première prend en compte le fait qu’en une vingtaine d’années, l’anthropologie s’est réformée, s’adaptant entre autres aux transformations des sociétés modernes. Ainsi, avec la globalisation des échanges, chaque culture se trouve confrontée - avec violence parfois - à la gestion de la pluralité culturelle, à l’harmonisation des acquis individuels avec les droits d’autrui et plus largement, avec les choses du monde. Forte d’un corpus théorique reconnu, l’anthropologie s’est imposée dans ce nouveau champ par la rigueur méthodologique - l’observation participante -, la qualité des monographies produites, ainsi que son ancrage interdisciplinaire.
• La seconde soutient que la discipline explore des synergies entre la recherche fondamentale et de nouvelles pratiques professionnelles qui exposent les acteurs sociaux à des situations d’interculturalité dans l’exercice de leurs engagements quotidiens. Bien qu'il soit encore peu fréquent de rencontrer, en dehors du monde académique, des anthropologues travaillant officiellement en tant que tels, nombre d’anthropologues occupent aujourd’hui des postes tels que : chargés de recherche, agents de développement, conseiller-experts en politiques publiques, sociales, environnementales ou dans les domaines de la santé, de la coopération au développement, de l'enseignement, etc. Désormais une anthropologie plus impliquée que simplement appliquée, accorde une attention particulière à la professionnalisation, à l’opérationnalisation de ses résultats, ainsi qu’aux contacts et aux échanges avec les milieux professionnels.
• La troisième indique, par conséquent, qu’au delà de la dichotomie classique « recherche fondamentale » versus « recherche appliquée », théorie académique versus pratique politique, il s’agit pour l’anthropologie entendue comme prospective d’explorer les voies d’une anthropologie engagée dans les évolutions et les enjeux sociétaux du 21e siècle.

Pour ce faire, le LAAP s’appuie  sur une politique de partenariat avec des réseaux de recherche en anthropologie aussi bien au niveau national qu'international.

Le programme de recherche

Le programme de recherche du LAAP est axé sur les problématiques situées à l'intersection de trois concepts majeurs des sciences sociales : la mondialisation, les identités et les systèmes symboliques. Ce programme est interdisciplinaire, même si ses initiateurs se reconnaissent surtout comme appartenant à la mouvance anthropologique au sens large du terme. Il est clair que des disciplines comme l'histoire, la sociologie, la paléoanthropologie, la philosophie, la psychologie, les sciences de la communication, avec d’autres viennent alimenter les recherches sur l'articulation entre les processus de mondialisation et la redéfinition des modes d'être et de penser des acteurs locaux.

• Par mondialisation, nous n'entendons pas seulement les phénomènes récents liés à la "modernité avancée" des 20è et 21è siècles et au bouclage du monde dans un réseau plus ou moins intégré, mais bien un paradigme de recherche qui pose comme arrière-fond d’analyse les contacts entre sociétés et la rencontre d'acteurs porteurs de logiques initialement différentes. Dans ce sens, la dimension interculturelle et ses singularités inédites constituent une entrée privilégiée.
• La question des identités et des processus d'identifications individuelles et collectives est devenue particulièrement prégnante aujourd'hui. Le LAAP entend poser cette question des identités plurielles en termes de processus complexes de clôture et d'ouverture à l’altérité qu’elle soit humaine ou para-humaine.
• Les systèmes symboliques posent la question de la différence anthropologique et de l'inscription de l'humanité dans le langage et au sein du lien social. C'est aussi la question de la sortie de la violence et de l'entrée dans un système de médiations ou des référents seront renégociés pour être mieux partagés.

Sur cette base paradigmatique, le LAAP s’est spécialisé dans cinq domaines thématiques qui constituent des pôles d’excellence et d’expertise :

• l'anthropologie des systèmes symboliques, des religions et des migrations;
• l’anthropologie des espaces et des lieux de socialisation;
• l’anthropologie de la nature et de l’environnement;
• l’anthropologie des précarités, des exils et des souffrances sociales;
• L’anthropologie des formes de gouvernances et de gestion des espaces publics.

Les chercheurs du LAAP sont présents dans plus de 30 pays et plus particulièrement autour des aires géographiques suivantes : Afrique Lusophone (dont Cap-Vert), Afrique de l’Ouest, Asie centrale, Belgique, Bolivie, Brésil, Canada, Chine, Etats-Unis, Guatemala, Pérou, République Démocratique du Congo.

Dynamique de la recherche en équipe

Le LAAP repose sur un noyau de permanents, efficacement entourés de jeunes chercheurs. Le LAAP partage un espace commun qui facilite les interactions quotidiennes, efficaces et stimulantes. Le centre peut aujourd’hui compter sur une équipe dynamique, soudée et orientée vers la recherche de l’excellence. Le centre entend amplifier la dynamique initiée par le laboratoire LAAP qui a su conjuguer la rigueur comme gage de la qualité de la recherche avec la promotion de la confiance entre les personnes et la dynamique impulsée relative à un travail collectif.

Le LAAP vise la construction d’une culture originale commune de recherche. L’activation de la dynamique collective est promue par :

• une attention particulière accordée au développement d’une problématisation commune;
• la mise en œuvre de programmes de recherche cohérents, articulés à des terrains conduits en équipe tant en Europe que dans d’autres régions (Afrique, Amériques, Asie centrale, Océanie);
• l’animation de deux séminaires mensuels : le séminaire du LAAP et les Midis d’anthropologie qui se tiennent depuis respectivement depuis 8 ans et 6 ans;
• des publications collectives signées en équipe;
• la mise en ligne sur le site web LAAP de working papers;
• l’animation de la collection « anthropologie prospective » (collection dirigée par des éditeurs scientifiques et dotée d’un comité de lecture : Académia et diffusion Gallimard);
• l’encadrement de thèses de doctorat en co-promotion;
• l’organisation de colloques sous le label LAAP.

Nouvelle activité conjointe du LAAP

Pour la prochaine rentrée académique (2009-2010), le LAAP développera sous forme d’une chaire d’anthropologie prospective (qui pourrait s’intituler la « chaire Singleton ») un colloque de trois jours qui devra ensuite se tenir chaque année à Louvain-la-Neuve, début mai. Cette chaire sera portée chaque année par une équipe composée de plusieurs membres du LAAP et appuyée par un comité scientifique.
Sur la base d’une thématique annuelle décidée en bureau du LAAP pour son importance stratégique dans le champ de l’anthropologie, il sera question d’attirer des chercheurs venant d’autres horizons afin de pouvoir faire le point sur une thématique particulière et de positionner le LAAP comme un lieu incontournable de la recherche en anthropologie. Le colloque sera l’objet d’une publication annuelle.

L’observation participante comme méthode

Au-delà d’un corpus théorique scientifiquement reconnu, établi notamment à partir de recherches comparatives, l’anthropologie  va de l’avant grâce à la production de monographies . Les monographies produites par des anthropologues sur le terrain participent :

• à la constitution de la mémoire des peuples anciens (elles sont parfois les seules données disponibles lorsque ces sociétés ont disparu);
• à la compréhension des formes de vie en société de groupes contemporains et deviennent un atout de plus en plus crucial dans l’aide à la décision politique et dans l’orientation des politiques publiques (cf. la liste des recherches conduites par le LAAP).

En revisitant les monographies conservées comme le patrimoine de la discipline, les nouvelles générations d’anthropologues et, bien au-delà, des chercheurs de toutes disciplines peuvent y trouver d’innombrables données indispensables aux recherches contemporaines sur les modes d’organisation des sociétés humaines. Il est ici question de l’établissement de banques de données qui permettent les comparaisons entre de multiples sociétés, ainsi que le traitement statistique lorsque les données s’y prêtent. Toutefois, la condition première de ces « études secondaires » (qu’elles portent sur les sociétés coutumières ou sur les sociétés contemporaines) reste la production de monographies d’excellente qualité, ce à quoi se voue prioritairement le LAAP.

La production de monographies constitue le principal résultat des recherches sur le terrain. Dans ce but, la méthodologie utilisée par les membres du centre est l'observation participante. Depuis plus d’un siècle, la méthode a fait ses preuves. Cependant on ne pratique plus le terrain comme autrefois et pour s’imposer aujourd’hui comme méthode scientifiquement reconnue dans la production de données empiriques, l’observation participante a dû se réformer en profondeur pour s’armer d’une réflexion épistémologique critique et méthodologies innovatrices – tel l’anthropologie visuelle.

Telle que mises en œuvre par le LAAP, l’observation participante devient une méthode exigeante, dotée de protocoles de recherche contraignants qui déterminent les conditions de la production de monographies scientifiquement recevables. Elles s’énoncent comme suit :

• le terrain constitue l’identité primordiale de l’anthropologue et la condition première de sa recherche. Il nécessite de longs et fréquents séjours auprès du groupe étudié afin d’acquérir la langue, de se familiariser avec le milieu humain et  l’environnement « naturel », de gagner la confiance des informateurs, avec l’objectif de pouvoir détailler les modes de production matériel et de reproduction morale, sans négliger les systèmes de représentations d’une société donnée.
• toute enquête de terrain qui produit des données d’observation nécessite de s’interroger sur la nature du lien entre ce matériel et les énoncés interprétatifs et autres schématisations théoriques figurant dans la monographique comme production finale de la recherche.

D’un point de vue épistémologique, la posture du LAAP repose donc sur une manière consciente et pleinement assumée de pratiquer l'anthropologie. Le rôle de l’ethnologue sur le terrain, la production des données, de l'écriture et l'interprétation sont autant de questions qui fondent notre méthode. Cette posture méthodologique se trouve unifiée dans la même intentionnalité herméneutique, une triade qui jalonne la démarche, à savoir : une production empirique de qualité, une mise en contextualisation comparée, une posture interprétative assumée et sans concession.

L’animation de l’équipe LAAP s’articule autour d’un axe transversal considéré comme la colonne vertébrale qui garantit la qualité de la production scientifique du centre. Cet axe porte sur l’épistémologie, la méthodologie, l’implication et fait l’objet d’un séminaire mensuel.

| contact : Pierre-Joseph Laurent , Olivier Servais | 26/08/2009 |