Les crises nous obligent à repenser la prospérité

Les deux grandes crises, financière et écologique, aujourd’hui vécues à l’échelon global nous obligent à repenser la définition même de la prospérité. C’est ce qui motive Isabelle Cassiers, professeure d'économie à l’UCL, membre du Conseil central de l'économie, à réunir autour d’elle un groupe de réflexion interdisciplinaire indépendant intitulé, tout simplement, « Redéfinir la prospérité ». Les chercheurs du LaGIS s’associent à cette réflexion fondamentale pour les sciences de l’homme aujourd’hui.
Dans leurs contributions, les chercheurs du CriDIS abordent la question sous deux angles : l’angle de la production (du travail, donc), l’angle de la consommation.

Thomas Périlleux et Julien Charles mettent en lumière les conventions qui ont présidé à la construction des indicateurs de bien-être au travail dans la période fordiste et la crise de ces conventions. Ils soutiennent qu’on peut parler de « pathologies de l’engagement » au sein du capitalisme contemporain. Ils proposent un nouveau rapport à l’expérience du travail, qui ne réduit pas mais relativise l’importance d’indicateurs statistiques.

De son côté, Jean De Munck propose une réflexion sur la critique du consumérisme. Insistant sur la consommation comme dimension essentielle de la conception reçue de la prospérité, il tente de rendre compte de sa critique dans les sciences sociales contemporaines en faisant dialoguer économie non-orthodoxe et sociologie critique. Il montre l’importance et les limites de la critique « morale » proposée par Amartya Sen, et la nécessité de la compléter par  une approche de sociologie critique, dont l’école de Francfort fournit évidemment le paradigme. Mais dépassant Sen et Habermas, il dégage la piste d’une troisième voie d’approche de la critique de la prospérité, vue sous l’angle de la consommation.

Chrisitian Arnsperger, enfin, discute également la contribution d'Amartya Sen à ce débat. 

Un projet d'ouvrage collectif devrait aboutir au cours de l'année académique prochaine.