|
Monsieur le Recteur,
Mesdames et Messieurs les Hauts-Magistrats,
Messieurs les Bâtonniers ,
Messieurs les Doyens des Facultés universitaires Saint-Louis et des Facultés Notre Dame de la paix de Namur,
Chers collègues,
Chers parents et amis,
Et surtout, chers étudiantes et étudiants,
Voici le jour que vous attendez tous où la Faculté de droit et de criminologie prend les allures du château de Poudlar !
Me laissant emporter par le faste de cette cérémonie, en costume d’apparat, ne serais-je pas autorisé à me prendre, moi, pour le fameux Albus Dunbledore, président de l’école des sorciers, s’adressant aux Serpentères de Saint-Louis, aux Serdaigles de Namur et aux Poufsouffles de Louvain.
Les professeurs assis à mes côtés s’appelleraient Severus Rogge, Rubeus Hagrid, Pomona Chourave, Dolores Ombrage ou Rolanda Bibine, … mais il me faut revenir sur terre.
Je ne suis que le doyen de la Faculté de droit prononçant pour la dernière fois le discours de remise des diplômes. A la recherche d’un thème introductif, je n’ai pu trouver que cette référence légère, influencé sans doute par mon plus jeune fils qui a repassé tous les Harry Potter en boucle récemment. Vous y verrez le signe de mon épuisement. Bien sûr, j’aurais pu mieux faire et me référer à Miami Vice mais l’analogie aurait été plus difficile à tenir jusqu’au bout.
A bien y réfléchir, il y a en effet plus de similitudes entre un juriste et un sorcier, qu’entre un juriste et un détective privé. Vous conviendrez, chers étudiants, que certains trucs que ces magiciens du droit vous ont enseignés n’ont rien à envier à ceux qui ont été transmis aux élèves de Poudlar.
A titre d’exemples,
Pour peu que les libéralités offertes dépassent la quotité disponible, il vous suffit maintenant de pointer votre baguette magique en criant « reducto ».
Par contre, s’il faut empêcher les restitutions suite à l’annulation d’un contrat affecté d’une cause illicite, vous lancerez un strident « In pari causa turpitudinis… cessat repetitio ».
Et si d’aventure, vous voulez justifier de la propriété d’un objet mobilier détenu de bonne foi, vous annoncerez « En fait de meuble, possession vaut titre » (art. 2279 Code civil).
Mais arrêtons ici de parler cette « fourchelangue » que seuls les étudiants en droit, plus couramment appelés droïdes, peuvent comprendre. Il ne faudrait quand même pas oublier que cette assemblée est composée aux deux tiers de moldus.
Chères étudiantes, chers étudiants, cette cérémonie est organisée d’abord pour vous. Pour la dernière fois, mais sans stress, vous allez bientôt entendre prononcer votre nom et vous serez alors proclamés maîtres en droit. Vous prendrez ce nom au vol comme le signe de votre réussite.
Car si vous êtes ici ce soir, c’est qu’à force de courage et d’abnégation, vous êtes parvenus au terme de vos études. La réussite que nous fêtons aujourd’hui n’en a que plus de saveurs tant il est vrai qu’on ne mérite vraiment que ce qu’on a gagné par son travail. Je tiens donc avant toute chose à féliciter chacun d’entre vous.
Pour certains, je le sais, ce parcours n’a pas nécessairement été facile. Il a parfois été traversé par des moments de doutes, par la maladie, la disparition d’un proche, un accident, une séparation… tous ces moments de rupture qui émaillent une vie et qui n’épargnent personne. Même si nous n’avons eu de tout cela que des échos lointains, nous avons essayé d’y être attentifs par tous les moyens dont nous disposions.
Nous ne pouvons évidemment prétendre vous connaître tous et nous ne prenons connaissance de ces soubresauts ou de ces tempêtes qu’au détour d’un examen ou par la lecture souvent émouvante des remerciements que vous adressez au début de votre mémoire.
En ce moment précis, certains d’entre vous pensent sans doute à des personnes qui n’occupent pas aujourd’hui la place qu’ils ont pourtant dans votre cœur. Rien ne vous empêche de les convoquer maintenant par le fil de votre pensée car ils ont tout lieu d’être fiers de vous.
Chers parents. Je sais l’ampleur des sacrifices que vous avez consentis pour que votre enfant puisse arriver au terme de ses études.
La période des examens, en janvier, juin et peut-être septembre, n’est probablement pas le meilleur souvenir que vous garderez de nous, les professeurs. Je ne sais pas comment votre enfant se comportait pendant ses blocus mais il me suffit de me rappeler comment j’étais moi, lorsque j’étais à leur place. Il mange, mais il ne goûte pas. Il vous regarde mais il ne vous voit pas.
Silencieux, irritable et taciturne, chassant la moindre mouche à grands coups de Baygon vert pour venir à bout d’un bourdonnement jugé insupportable.
Je sais aussi que vous avez frémi après chaque appel qui vous était adressé après un examen ou une délibération. Avoir constamment peur pour ses enfants, c’est bien le lot des parents. Même si leur aventure est loin d’être terminée, une étape est maintenant franchie et vous allez cesser de souffrir à cause de nous. Nous nous en réjouissons.
Chers étudiants, tout à l’euphorie de votre victoire, n’oubliez pas de remercier vos parents pour la chance qu’ils vous ont donnée de suivre des études universitaires. Ensemble ou séparément, ils vous ont apporté, sans exigence de réciprocité, les sourires des jours où on se sent plus fort.
Le soutien que vous avez reçu d’eux est à la mesure du silence que vous leur avez imposé pendant ces périodes délicates où le moindre bruit vous faisait frémir et vous rendait, particulièrement hostile.
Vous penserez à remercier aussi vos amis qui vous accompagnés pendant toutes ces années. Je suis sûr qu’au détour de vos études, vous avez tous rencontré votre Hermione Granger, désespérément intelligente, votre Ron Wisley, fidèle et loyal compagnon de virée ou votre Nevile Longdubas, maladroit mais persévérant. Et peut-être aussi, après tout, votre Drago Malefoy qui a toujours refusé de vous prêter ses notes de cours. Dans quelques années, vous direz peut-être plus facilement qu’aujourd’hui que ce fut une belle période de votre vie.
C’est pourquoi je ne peux manquer de me tourner en votre nom vers tous ceux qui ont contribué à votre formation.
Les professeurs, d’abord, qui ont eu à cœur, chacun selon son style et sa personnalité, de vous faire partager leur passion et de vous apprendre ce qu’ils savent le mieux, même s’ils ne savent pas tout. Le plus beau cadeau pour un enseignant, sachez-le, est celui de la réussite de ses étudiants. Elle n’est que plus belle quand elle se fait attendre.
Les assistantes et les assistants, ensuite, ont mis à votre disposition leur savoir et leur jeunesse pour faire vivre et mettre à votre portée les règles et principes enseignés au cours. Avec humour, ils vous ont montré que le droit n’est pas une science humaine abstraite mais une science sociale qui est en prise constante avec les réalités la vie quotidienne
Ici encore la richesse est dans la variété, mais ceux dont je vous parle ont fait preuve d’une grande disponibilité à votre égard en contribuant ainsi la marque de fabrique de cette Faculté. Il faut leur en être gré..
Les membres du personnel administratif, enfin. Une faculté qui compte 2500 étudiants ne saurait fonctionner sans une administration solide : préparation des brochures d’information, confection des horaires, gestion des inscriptions aux examens…
L’extrême variété des choix qui vous sont offerts, options, finalités, sans parler des stages et des séjours d’échange, fait de chacun d’entre vous un cas d’école, si j’ose dire. Une gestion efficace ne peut s’accommoder de désinvolture et c’est pourquoi nous devons nous montrer intransigeants sur le respect des délais.
Croyez-moi, vous serez aux prises avec beaucoup d’autres représentants de l’administration durant votre vie professionnelle, des greffiers irascibles, des receveurs de contributions hargneux, des fonctionnaires acariâtres, vous comprendrez alors que le secrétariat de la faculté a fait preuve à votre égard d’une grande compréhension et que n’avez pas été maltraités.
Quant aux délais, ils vous poursuivront pendant toute votre vie professionnelle et leur écoulement aura, j’en suis certain, des effets beaucoup plus désagréables qu’en Faculté de droit.
Professeurs, assistants, maîtres de stage, membres du personnel administratif, toutes les personnes que je viens de citer sont pour quelque chose dans votre réussite et je vous propose donc de les applaudir.
Je pourrais sans doute m’arrêter ici mais fort de mes trois années de décanat, je voudrais profiter de l’occasion ultime qui m’est offerte, pour vous dire pourquoi à l’ère de l’Internet je ne saurais souscrire en tant que juriste à certaines formes de modernité. Tout ceci au risque de passer à vos yeux pour un fieffé ringard.
Je veux parler de la communication débridée, de la dégradation sociale du langage et des débordements de l’opinion publique
La communication débridée ou quand le réflexe dépasse la réflexion.
J’avoue ne pas très bien comprendre le besoin que beaucoup de nos concitoyens ont de faire connaître à des milliers d’autres leur point de vue sur un dossier dont ils ne savent strictement rien ni quel plaisir certains adeptes de l’exposition de soi peuvent trouver à faire savoir à quantité d’autres où ils se trouvent et ce qu’ils sont en train de faire.
Ecoutant une radio pensante à une heure de grande écoute, j’entendais encore récemment un auditeur prendre la parole pour affirmer avec conviction que si l’on portait la vitesse à 130 km/h sur autoroute, il y aurait moins de morts. Et de reconnaître qu’il roulait souvent allègrement à 145 km/h depuis des années sans avoir eu le moindre accident. Ce qui était bon pour lui était donc nécessairement bon pour les autres
Certes, un tel raisonnement ne laissera pas une trace indélébile dans les annales de la radio, mais il n’empêche que cet auditeur multirécidiviste a eu ainsi, par la vertu de certains media, la satisfaction personnelle d’exprimer son avis devant des milliers d’auditeurs.
En écoutant ce message, je me suis souvenu de la maxime de Pierre Dac, maxime que je rappelle parfois aux étudiants bruyants : « Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir.
Ce n’est pas que l’opinion de mon voisin me soit indifférente mais elle ne m’intéresse que pour autant qu’elle ne dépasse pas les limites de mon trottoir. Pas quand il parle à la cantonade pour donner « son coup de gueule » sur un sujet dans lequel il n’a aucune expertise. Dans ce cas, je m’interroge grandement sur le crédit qu’il convient de lui donner. Les juristes savent qu’il vaut mieux ne pas se prononcer sur un dossier dont on n’a pas pu prendre connaissance.
De même, je reconnais qu’Internet est une innovation remarquable sous l’angle de l’accès à l’information, mais il est également, il faut le dire, un formidable amplificateur de la bêtise, un outil redoutablement performant de diffusion des fausses rumeurs – cela j’ai pu m’apercevoir pendant mon décanat - et un pourvoyeur de relations artificielles.
Que pensez, par exemple, des amitiés collectées à la pelle sur les réseaux sociaux. Moi qui ne suis pas du tout un adepte de ces réseaux, j’ai eu, je le confesse, l’imprudence de céder un jour à l’appel d’un collègue dont je n’ai pas eu le cœur de rejeter l’offre afin de ne pas lui faire croire que je refusais son amitié.
Ayant fait un tout premier ami, d’autres ont frappé à ma porte et je n’ai pu leur refuser l’entrée de peur de leur montrer que je ne les traitais pas comme le premier. Depuis, je me suis découvert plus d’une centaine d’amis que je n’ai pratiquement jamais vu. Le pire c’est que je n’arrive pas à arrêter cette machine qui continue à me fabriquer des amis.
Chers étudiants, fanatiques de Facebook et de Twitter, ne vous méprenez pas sur mon message, Internet est une innovation remarquable. Je voudrais simplement vous mettre en garde contre la dictature de l’immédiat et insister sur la force du temps en droit.
La justice en effet a besoin de temps. Sans contester ici l’arriéré judiciaire qui prend des proportions souvent préoccupantes, l’écoulement du temps permet de prendre la distance nécessaire sans céder à l’émotion. Le temps ce n’est pas uniquement de l’argent ; en droit, il permet aussi de donner du sens aux événements.
Comme vous le savez sans doute, le terme procès vient du latin procedere, qui signifie avancer.
« Le procès est une suite d’évènements, organisée au moyen d’une procédure, et tendant à la résolution juridictionnelle d’un litige. La succession des actes, des mesures et des incidents de procédure prend fin dans un arrêt, rédigé par un juge ».
Ainsi, la conduite du procès, est irrémédiablement dépendante du temps, ce temps qui constitue une donnée majeure du procès pour l’ensemble de ses acteurs. En qualité de juriste, il convient donc de louer la force du temps pour autant bien sûr que la justice soit rendue dans un délai raisonnable.
La dégradation sociale du langage ou quand la forme se dilue dans l’inconsistance.
Je ne suis pas linguiste mais je crains que l’utilisation abusive du sms ou du courrier électronique ne conduise petit à petit, à une détérioration du langage, tant oral qu’écrit. L’utilisation du mail avale les formules de politesse et abolit les formules sacramentelles si chères au juriste.
Pour preuve, je voudrais prendre, au hasard, deux messages adressés par des étudiants.
Le premier
- Bonjour, j’ai eu l’occasion de lire un mémoire d’un étudiant de l’année dernière et du coup je ne vois plus ce que je dois faire pour le mien. Pouvez-vous m’aider ?
- Voici la réponse imaginaire du professeur prononcée sur le même ton : Salut ! Je ne vois vraiment pas ce que je peux faire pour toi. Appuie sur la touche delete, tu oublies tout et tu repars à zéro.
Autre échange
- Bonjour, je viens de m’apercevoir que la date d’inscription aux examens de la session est passée. Nous avions jusqu’au 11 juillet pour nous inscrire. J’étais persuadée que nous étions aujourd’hui le 11 juillet, or nous sommes déjà le mardi 12 juillet ! Est-ce que c’est grave ?
- Réponse du secrétariat : Mademoiselle, il n’y a aucun problème. Un autre étudiant s’est inscrit le 11 juillet et nous nous avons cru que nous étions le 12 juillet. Nous allons donc l’écarter et vous pourrez prendre sa place.
Chers étudiants, même si je vous taquine un peu, sachez que je ne vous tiens pas rigueur de ce manque de formalisme. Après tout la borne d’entrée des parkings de la Faculté ne s’embarrasse pas de plus de formes à mon égard, puisqu’elle s’adresse à moi tous les matins en me lançant un tonitruant « Hello Bernard ».
Mais permettez-moi quand même d’insister sur l’importance du verbe en droit. Après cinq années d’études, vous savez à quel point le choix des mots est essentiel pour les juristes. Ils ne sont pas interchangeables. Chacun a sa signification particulière et il faut donc les utiliser à bon escient. Sur ce plan, le droit nécessite une rigueur qui ne cède en rien à celle des mathématiques.
Ainsi il faut être juriste pour savoir qu’en droit la grosse n’est pas une personne dont les formes sont particulièrement généreuses mais une expédition particulière de la minute, la minute n’étant pas une unité de temps.
Certains diront, voilà bien le jargon juridique ! De tels propos sont forcément réducteurs. Le juriste doit savoir jouer avec les mots utiliser le bon terme au bon moment car il utilise sa parole pour convaincre. Il doit aussi respecter les formes parce que le formalisme est la meilleure garantie du respect des droits.
Les avocats sont souvent dépeints comme des semeurs de discorde. L’avocat est certes le défenseur des intérêts de son client et il se heurte à ce titre à la prétention concurrente de son adversaire, mais il est avant tout celui qui accepte d’entendre les arguments de l’autre partie dans un débat pluriel et contradictoire.
S’il est vrai que toute vérité humaine n’est que partielle, le rôle de l’avocat est alors de permettre à son client d’exprimer sa propre vérité et de la porter devant les tribunaux dans le respect du principe des droits de la défense.
Les débordements de l’opinion publique ou quand la justice descend dans la rue.
Rien ne me fait plus frissonner que de voir la foule conspuer la justice, à tort et à travers, comme on l’a encore vu très récemment. Chacun a bien entendu le droit d’exprimer son opinion, c’est un fondement de la démocratie.
Il reste que la a justice ne se fait pas dans la rue et qu’elle ne se satisfait pas d’expédients. Elle nécessite du recul. Ce moment de recul est celui de la réflexion qui succède nécessairement à celui de l’émotion. La justice, quoi qu’on en dise, ne peut pas être laissée entre les mains des victimes, quelle que soit l’ampleur de leurs souffrances.
Il faut beaucoup de courage pour résister à la foule lorsqu’elle crie vengeance.
Comme le rappelle René Girard dans son livre, « La violence et le sacré », la vengeance constitue un processus infini, interminable. Chaque fois qu’elle surgit en un point quelconque d’une communauté elle tend à s’étendre et à gagner l’ensemble du corps social. C’est le système judiciaire qui écarte la menace de la vengeance ».
Alors que le procès permet précisément d’établir une juste distance entre l’offenseur et l’offensé, la vengeance est nécessairement partiale puisqu’elle se caractérise par l’absence de médiation.
Les grands tragédiens grecs avaient déjà compris cela.
Dans l’ l’Orestie d’Eschylle, Oreste, qui a tué sa mère Clytemnestre et l’amant de celle-ci pour venger le meurtre de son père Agamemnon, est poursuivi par les Erinyes. « Celles-ci sont l’expression d’une vengeance enfermée dans le cycle infernal des représailles ». Suite à l’appel au secours qui lui est adressé par Oreste, Athéna met alors en place le premier tribunal de la justice qui mettra fin à cet enchaînement.
La leçon de tout ceci est que la vengeance repose sur une justice subjective rendue par la victime elle-même et qui appelle à son tour vengeance. Face au criminel le plus odieux, ne vaut-il pas mieux parier en dépit de tout sur la part d’humanité qui reste encore lui plutôt que de la nier ?
Relisons le poème de François Villon qui, dans sa prison, attendait le gibet, avant d’être grâcié : « Frères humains qui après nous vivez, n’ayez contre nous les cœurs endurcis car si pitié de nous, pauvres, avez, Dieu en aura plutôt de vous merci ».
Pourquoi dès lors critiquer l’attitude des sœurs Clarisse dont on a tant parlé ces derniers temps ? Il faut y voir un acte de courage qui mérite d’être approuvé par tout juriste.
Votre cours d’introduction aux grands principes du droit ne commence-t-il pas en énonçant que la loi est générale et abstraite et qu’elle s’applique donc à tous de la même façon ? C’est précisément ce qui protège de l’arbitraire.
Comment peut-on reprocher aux juges de s’être conformé à la loi ? En qualité de jeunes juristes, vous ne sauriez rester inertes dans ce débat de société. Vous avez désormais un devoir d’explication, un devoir de pédagogie, vis-à-vis du grand public à ce sujet.
Le diplôme que vous avez décroché atteste en effet les compétences particulières que vous avez acquises et que les autres n’ont pas.
Peut-être vous êtes vous dit, dans un moment d’égarement, que les études de droit étaient finalement très ennuyeuses. Il est vrai que la règle de droit dégagée des affaires humaines apparaît froide, abstraite et désincarnée. Quoi de plus rébarbatif qu’un Code dans son état brut. C’est une nature morte !
La vérité c’est que la règle ne prend tout son sens que lorsqu’elle est appelée à s’appliquer dans une situation de vie. C’est vous qui êtes appelés à la faire vivre en lui donnant une interprétation. Elle vous apparaîtra certainement sous un autre jour lorsqu’elle vous permettra de sortir d’embarras celui qui vous demande conseil.
Vous voilà donc arrivés à la fin de votre parcours universitaire et c’est un autre monde qui s’ouvre à vous. Le monde du travail qui n’est pas tendre – il est même plutôt tendu en ce moment. Il vous faudra encore du courage pour l’affronter.
Vous avez entendu vos professeurs et vos assistants, vous avez étudié leur cours et assimilé ce qu’ils vous ont appris. Il faut maintenant vous libérer d’eux et aussi de moi.
Nous espérons que nous vous avons préparé à la vie qui vous attend. Le plus important est maintenant de croire fermement en vous et de développer votre talent.
N’oubliez surtout pas quand vous franchirez cette porte que partout où vous irez, vous porterez l’image de cette Faculté. Si vous pouvez être fiers, vous devez aussi être fiers de porter les couleurs de cette université.
|