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Discours de Monsieur Shalil Shetty, secrétaire général d'Amnesty InternationalMerci de rendre honneur à Amnesty International en m’octroyant le titre de docteur honoris causa aujourd’hui. C’est un privilège d’être présent ici au nom de l’organisation que je représente.
Je voudrais dire quelques mots personnels sur ce que représente Amnesty International pour moi : pourquoi je suis fier d’être son neuvième secrétaire général depuis sa création il y a cinquante ans, et ce que l’organisation signifie pour moi. Je suis relativement “nouveau” chez Amnesty International – j’en suis devenu le secrétaire général il y a moins de deux ans. C’est dès lors plus facile et moins embarrassant de vanter les mérites de l’organisation et d’évoquer les résultats selon moi extraordinaires qu’elle a obtenus.
Merci d’avoir contribué --- grâce à votre confiance envers l’organisation et votre soutien et activisme continus – à poursuivre et étendre son œuvre au vingt-et-unième siècle. Ce sont ses membres et sa réputation qui font la force ou la faiblesse d’Amnesty International. Notre discours est impartial. Nos millions de membres démontrent clairement que notre mouvement a une assise réellement mondiale. L’an passé, j’ai rencontré Igor Sutyagin, un scientifique russe, à sa sortie de prison et je lui ai demandé si les lettres envoyées par Amnesty International avaient réellement servi à quelque chose. Il m’a regardé avec étonnement. Son air incrédule semblait dire : comment quelqu’un à la tête d’Amnesty International pouvait-il bien lui poser une telle question ? Il m’a ensuite dit que cela ne faisait pour lui aucun doute qu’une des raisons pour lesquelles il n’avait pas été torturé était que les autorités carcérales craignaient toujours un peu de le toucher. Il a reçu un flot continu de lettres de sympathisants d’Amnesty partout dans le monde – y compris, sans aucun doute, de Belgique. Toutes ces lettres lui ont conféré un nouveau statut et lui ont assuré une certaine protection. Il existe un nombre incalculable de témoignages en provenance du monde entier qui vont dans le même sens.
Une bougie à la fois. Chaque bougie est aussi importante que l’autre. Ensemble le pouvoir de millions de bougies à travers le monde braque une lumière forte sur les gouvernements et les grandes entreprises qui agissent en violation des droits de l’homme. Ce geste a un fort pouvoir dissuasif.
Ma mère et moi avons ressenti de la plus douloureuse façon la peur, l’impuissance et la colère devant cet abus de pouvoir criant et notre incapacité à demander des comptes au gouvernement. En tant que chef d’un syndicat d’étudiants en Inde et pendant les années que j’ai passées en Afrique, j’ai rencontré tellement de personnes - activistes de la société civile, artistes, étudiants, avocats, docteurs, professeurs – qui ont subi des formes extrêmes de harcèlement et de torture. Ayant vécu et travaillé pour la plupart du temps dans des pays en voie de développement en Asie et en Afrique, il était clair pour moi que ceux qui n’avaient pas le droit de parler étaient pauvres et que ceux qui étaient pauvres n’avaient pas le droit de parler – ce qui nous a été rappelé avec la mort de Mohamed Bouazizi, le Tunisien dont l’auto-immolation a déclenché les soulèvements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Ceux qui violent les droits de l’homme n’aiment pas être exposés à la lumière et c’est exactement ce que fait la torche d’Amnesty. Une lumière allumée par la passion et la conviction de nos millions de membres et sympathisants mais également par la grande qualité des preuves que nous obtenons grâce à nos recherches et en nous appuyant sur la meilleure analyse juridique internationale possible. L’une des prisonnières de conscience les plus remarquables, la leader de l’opposition birmane Aung San Suu Kyi, a passé la majeure partie des 20 dernières années sous résidence forcée ou derrière les barreaux (elle est aussi, comme je viens de l’apprendre il y a quelques jours, docteur honoris causa de cette université – une raison supplémentaire de se sentir honoré de me retrouver en cette compagnie.)
Aung San Suu Kyi m’a dit qu’elle était convaincue que notre longue campagne en Birmanie avait joué un rôle important dans les changements survenus dans son pays. Elle a accepté mon invitation de prendre la parole lors de la conférence organisée pour notre 50e anniversaire aux Pays-Bas, intervenant par vidéo depuis son domicile à Rangoon. Quels sont ses vœux d’anniversaire pour Amnesty International? Tout d’abord, qu’une conférence puisse être organisée dans un Rangoon démocratique dans les prochaines années. Je me fais volontiers l’écho de ce vœu – et aujourd’hui il semble presque possible à réaliser. Son deuxième vœu : qu’Amnesty International n’ait plus de raison d’être d’ici cinquante ans. Je ne suis pas sûr que ce vœu-là soit vraiment réalisable, même si j’applaudis l’esprit qui l’anime : je crois que nos dirigeants auront toujours à rendre des comptes.
Les changements continuent, suite aux pressions que nous pouvons exercer. Lorsque j’ai visité Le Caire en mai dernier, les dirigeants militaires nous ont expliqué que la pratique odieuse et humiliante de tests de virginité forcés sur les manifestantes qu’ils avaient arrêtées était une partie défendable de leur travail. Amnesty International n’a jamais cessé d’agir et reste plus que jamais active aujourd’hui. Nous nous développons en tant qu’organisation mondiale. Un des changements que je veux réaliser dans les prochaines années , c’est de faire en sorte que notre présence dans la partie sud de la planète – y compris par exemple au Brésil, en Afrique du Sud, et dans mon pays natal, l’Inde, -- soit plus importante et plus influente que jamais. Nous mettrons l’énorme potentiel des nouvelles technologies au service des droits de l’homme, en plus des méthodes testées et approuvées que nous continuerons à utiliser. Amnesty International, j’en suis convaincu, sera là pour faire tout ce qui est nécessaire pour défendre la cause des droits de l’homme pendant les 50 années à venir et au-delà. Et j’espère que vous poursuivrez ce chemin avec nous pour nous aider à réaliser l’impossible.
Merci encore pour cet honneur et pour votre accueil aujourd’hui.
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2/02/2012
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