Ils témoignent...

5 questions à quelques-uns des membres des CPPT et CE... 
 
Michel Polomé Michel Polomé: "Mouillee sa chemise!" Jean-Pierre Lemaître Jean-Pierre Lemaître: "ne pas avoir peur de lire"
Ruth Kalf Ruth Kalf: "apporter sa goutte d'huile" Catherine Letocart (et l'équipe de la CNE)

Catherine Letocart: "le souci de l'autre et du bien commun"

 

Michel Polomé: « mouiller sa chemise ! »

Michel Polomé

Michel Polomé est le seul élu CNC (Confédération Nationale des cadres) au sein des délégations du personnel du Conseil d’entreprise de l’UCL. Sont considérés comme cadres à l’UCL, les académiques, scientifiques et le personnel administratif et technique de niveau 1. Le collège des cadres au sein d’un Conseil d’entreprise n’est pas constitué uniquement de membres d’une délégation syndicale, il peut y avoir des délégués élus sur des listes « maisons » ou sur une confédération de cadres comme la CNC. Michel Polomé termine son deuxième mandat de délégué du personnel au Conseil d’entreprise (CE), il siège donc depuis 8 ans. Il travaille au SGSI/SISG (informatique).

1. Quelles sont les qualités d’un bon délégué?
Pour moi, la qualité première est l’écoute. Un délégué représente le personnel, il intervient donc pour le « représenter », et pas à titre personnel, même s’il faut parfois pouvoir se positionner pour choisir les causes à défendre. Selon moi, il faut être constructif, ne pas intervenir bêtement ou négativement mais proposer des alternatives. En somme, être un bon négociateur. Il faut aussi du courage pour intervenir en face d’une délégation patronale, pour s’exprimer, se lancer, argumenter… et, enfin, informer le personnel des résultats.

2. En quoi des organes de concertation, comme le CE, sont-ils importants?
À l’UCL, le climat social est harmonieux. Il faut cependant admettre que cela n’a pas toujours été le cas. Il règne un esprit commun de défense de l’institution, qu’il faut préserver. Ce climat est le résultat du travail de nos prédécesseurs avec par exemple Anne-Marie Kumps du côté patronal et Jos Palange du côté délégation du personnel (CNE)).

3. Quelles sont les avancées (ou reculs…) depuis que vous siégez?
Un des moments marquants : la tentative de fusion. Cela a représenté un travail énorme et une grosse déception. Pendant les négociations, le travail a été doublé, si pas plus. Et malheureusement pour rien, c’est dommage.

4. Comment avez-vous vécu cette expérience?
Je suis à l’Université depuis 1974. En siégeant au Conseil d’entreprise, on est au courant de tout. Si j’étais resté uniquement dans mon cadre professionnel habituel (en informatique facultaire, puis en informatique centralisée), je n’aurai jamais appris tout cela. Je reçois les PV de tous les conseils, il est rare qu’on nous refuse l’accès à l’information. Avec tout cela, on comprend mieux le petit rouage qu’on est au cœur de cette institution.

5. Que diriez-vous à ceux qui hésitent à se lancer?
Si j’ai un reproche à formuler, je l’adresserais aux jeunes : on dirait qu’ils sont moins intéressés par l’aspect social de l’institution. C’est peut-être parce que le climat social est actuellement serein, mais cela doit s’entretenir ! Cela demande du travail et de l’expérience. Je voudrais dire aux jeunes : venez, présentez-vous sur les listes, faites vos propres erreurs, mouillez votre chemise… ! Et aux autres, je leur dirais « votez aux élections sociales» pour montrer que nous représentons une force sociale dont il faut tenir compte.

 

Jean-Pierre Lemaître : « ne pas avoir peur de lire »

Jean-Pierre Lemaître

Jean-Pierre Lemaître était, jusqu’en décembre dernier, le secrétaire du Conseil d’entreprise. C’est lui qui déterminait avec le président (Dominique Opfergelt) l’ordre du jour des réunions. 90 procès-verbaux plus tard, il nous livre son témoignage.

1. Quelles sont les qualités d’un bon délégué?
Il ne faut pas avoir peur d’avoir de la lecture !... Ni de se plonger dans les comptes, bilans, le cadre, les effectifs de l’entreprise… Il faut aussi être capable de comprendre la vision des autres ; il n’y a souvent pas qu’une seule vérité. Enfin, j’ajouterais du temps : comme secrétaire, cela représente un jour de travail par semaine.

2. En quoi des organes de concertation, comme le CPPT, sont-ils importants?
Le Conseil d’entreprise se fait une opinion sur la marche de l’entreprise, remet des avis formels et préalables sur le règlement organique et les règlements ordinaires des entités, sur les modifications de structures, organise les archives et les maintient à disposition du Ministère des affaires économiques… L’employeur a comme devoir d’écouter l’avis des membres de ce Conseil. Il s’agit d’un organe d’avis, nécessaire à la gestion: on n’y négocie pas avec les patrons ; on s’y informe et on informe.
Ce qui caractérise l’UCL, c’est la très grande sectorialisation de la structure : chacun travaille dans un service et a une vision très cloisonnée de l’institution, ce qui amène à défendre des intérêts catégoriels. Il manque une certaine fluidité dans l’information verticale, parfois retenue par quelques « barons ». On fonctionne également par site, par faculté… ce qui pose des difficultés dans une entreprise de 6500 personnes. Il y a aussi une inertie à ne pas sortir du cadre de sa catégorie (académique, scientifique, personnel de gestion).

3. Quelles sont les avancées (ou reculs…) depuis que vous siégez?
Les matières couvertes sont très nombreuses. Anne-Marie Kumps a sorti le système d’une espèce d’opposition idéologique patron/syndicat. Le syndicalisme n’est pas un club-service qui doit défendre n’importe quoi. Il défend la solidarité et participe à la construction d’un projet sociétal de l’université pour la société. Il arrive que des affiliés soient dans des situations de conflits les uns avec les autres. Il faut des arbitrages. Parmi les reculs, je dirais qu’il manque des communiqués, résumant en +/- 2 pages les dossiers présentés avant et durant les réunions. Il y aussi des différences de participation du personnel au sein des services de l’administration centrale et ce qui se vit en facultés, où les problèmes se résolvent au niveau local (au conseil de faculté par exemple). Par contre, dans les avancées, je pointerais le grand partage de l’information de la part de la direction, et plus de transparence de la part de l’employeur.

4. Comment avez-vous vécu cette expérience?
Cela m’a appris à voir les richesses et pauvretés des autres, mais aussi les miennes. J’arrive aussi à moins dramatiser, on ne peut pas tout contrôler, parfois cela va bien, parfois cela va mal, il faut pouvoir lâcher prise. J’ai aussi énormément appris : je comprends aujourd’hui ce qu’est l’administration d’une entreprise à finalité sociale comme l’UCL. Cela m’a humanisé, j’avais des préjugés, ils sont tombés quand j’ai rencontré les gens…

 

Ruth Kalf : « apporter sa goutte d’huile »

Ruth Kalf

Ruth Kalf est déléguée au Comité de prévention et de protection au travail (CPPT). Elle travaille à mi-temps à l’UCL, comme gestionnaire catalographie et cartothèque pour la Bibliothèque des sciences et technologies.

1. Quelles sont les qualités d’un bon délégué?
Personnellement, je pense qu’il n’y a pas de «délégué type», chaque personne enrichit la concertation par sa sensibilité, son expérience, sa personnalité et ses connaissances de l’institution et de son lieu de travail spécifique. Dans l’exercice d’un mandat, je dirais qu’il faut :

  • être ouvert aux besoins et souhaits qui se posent à petite et à grande échelle dans l’institution
  • avoir le souci du bien-être et de la sécurité
  • être disposé à entendre et à évaluer des arguments différents (voire opposés) et apporter une réflexion constructive au débat
  • s’informer et suivre les dossiers en cours (participer aux réunions, lire les PV …)

2. En quoi des organes de concertation, comme le CPPT, sont-ils importants?
Comme outils légaux, ils garantissent la démocratie dans l’institution. Ils permettent aussi de formuler des propositions face à des problèmes de fonctionnement, de bien-être et de sécurité, au niveau global et local, et dans un souci de respect de l’ensemble du personnel.

3. Quelles sont les avancées (ou reculs…) depuis que vous siégez?
De nombreux problèmes techniques ou de sécurité ont pu être détectés, pris en charge et résolus. La charge psycho-sociale des travailleurs a été évaluée dans différentes entités ; son évaluation est en cours ou prévue pour d’autres groupes ou entités. En ce que concernent le bien-être et la sécurité, on peut noter des avancées via le plan global de prévention : l’amélioration des lieux de convivialité, la lutte contre la consommation d’alcool sur le lieu de travail, la mesure du stress chez les doctorants, l’amélioration de la protection de la maternité ou l’organisation systématique d’exercices d’évacuation et de prévention des incendies.

4. Comment avez-vous vécu cette expérience?
J’ai découvert de multiples, et toujours nouvelles, facettes du puzzle UCL. J’y ai fait des rencontres très enrichissantes avec les collègues délégués et les représentants de l’employeur. Les réunions se passent dans un esprit d’ouverture, de respect et de bonne humeur. Chacune d’elles représente pour moi une réelle bouffée d’air, d’écoute et de démocratie, qui me porte dans mon travail de tous les jours.

5. Que diriez-vous à ceux qui hésitent à se lancer?
Je les encourage ! Leurs connaissances seront bien utiles pour représenter l’ensemble du personnel et les multiples facettes de l’UCL. Je leur dirais aussi qu’il est personnellement enrichissant de travailler avec d’autres au fonctionnement de l’institution. Le CPPT représente un excellent outil pour faire entendre des problématiques vécues et apporter concrètement une goutte d’huile à l’engrenage. (Propos recueillis par Alice Thelen)
 

Catherine Letocart : « le souci de l’autre et du bien commun »

L'équipe de la CNE

Catherine Letocart est suppléante au Conseil d’entreprise depuis 2008. En fait, effectifs et suppléants participent de manière égale aux réunions. Elle est, depuis le mois de juillet, permanente syndicale à la CNE, à mi-temps. Elle travaille à l’UCL depuis 1992, d’abord comme secrétaire administrative de département (en SPED, population et développement).

1. Quelles sont les qualités d’un bon délégué?
Tout le monde, d’où qu’il vienne, peut apporter quelque chose en fonction de ses propres compétences et de son tempérament. Mais il faut avoir le souci de l’autre et du bien commun. C’est important de faire preuve d’un esprit positif, au service de la collectivité, plutôt que du bien-être personnel. Il faut bien sûr avoir un certain sens critique, mais constructif. On n’est pas en guerre, on construit quelque chose avec l’employeur même si on n’a pas le même point de vue.

2. En quoi des organes de concertation sont-ils importants?
C’est une obligation légale et un instrument du dialogue social. Avant les années 1970, les syndicats n’étaient pas présents à l’université. Il a fallu donner du poids à des organes comme le CPPT et CE. Ils sont nés à l’université avec la loi de 1971 ; elle a dû s’aligner sur les autres entreprises. Mais il a fallu 30 ans pour être véritablement reconnus. Il faut savoir insister quand on pense qu’une cause est juste. Ces organes constituent une garantie pour l’employé d’être informé. C’est une obligation légale. L’ordre du jour est établi par l’administrateur général et le secrétaire (jusqu’en décembre, Jean-Pierre Lemaître). Ce sont surtout des organes d’avis et d’informations, moins de décisions.

3. Quelles sont les avancées (ou reculs…) depuis que vous siégez?
Difficile de répondre à cela, tellement les dossiers sont vastes… Le CPPT a défini un plan quinquennal, avec notamment un plan global de prévention (2008-2012). Il contient l’accueil et l’accompagnement des nouveaux engagés, la pause-midi et l’embellissement des lieux de travail, les exercices d’évacuation, la CCT 100, l’évaluation de la charge psycho-sociale… Un effort devrait encore être fait pour améliorer la visibilité de toutes ces actions.

4. Comment avez-vous vécu cette expérience ?
Ce qui est intéressant, c’est de sortir de son contexte local de travail et de s’intéresser à toute l’UCL. Cela élargit l’esprit. Humainement, il y a aussi un esprit d’équipe important. On a une influence sur la façon dont le fonctionnement de l’institution évolue. Avant dans mon travail « en local », j’avais moins de marge de manœuvre.

5. Que diriez-vous à ceux qui hésitent à se lancer ?
Ah, que c’est une arnaque ! (rire) Non, plus sérieusement, c’est extrêmement passionnant, il faut s’armer de patience mais on peut faire évoluer les choses. Chacun peut apporter ses spécificités et plus elles sont diversifiées, mieux c’est !
 

 

 

| 6/02/2012 |