Passera, passera pas? Dans un ouvrage dirigé par Marc Romainville et Christophe Michaut sorti aux Éditions De Boeck, les auteurs font un constat partagé: le taux de réussite belge est similaire à ceux de la Suisse, la France et le Québec. Que faire? Chez nous, il existe les «Passeports pour le bac». Marc Romainville envisage aussi d’autres pistes…
Connait-on dans d’autres pays un taux d’échec/abandon comparable au nôtre? Comment s’explique-t-il?
Marc Romainville : Oui, le constat est partagé par de nombreux pays. Globalement, pour les mêmes raisons :
- le passé scolaire joue un rôle important, c’est-à-dire le niveau et les acquis à la sortie du secondaire.
- le fait d’exercer une activité rémunérée est aussi un facteur négatif (un job de 12h à 15h par semaine, c’est très fréquent au Québec par exemple).
- l’affiliation à l’institution (avoir des repères stables, comprendre vite les codes du travail universitaire, décoder les exigences des encadrants…), c’est forcément plus difficile dans des grosses universités de 30 000, voire 50 000 étudiants, comme en France.
- le sentiment de compétence («penser qu’on peut le faire») peut aussi être anxiogène.
Malgré des systèmes différents –français, québécois, suisse–, les problèmes sont similaires. Et, plus qu’avant, ils touchent les années supérieures (2e cycle et doctorat). Or cela coûte cher à tout le monde.
Que faire? Avez-vous été surpris par certaines idées?
On met en place globalement le même type de réponses à l’échec: le tutorat, l’accompagnement méthodologique (cours préparatoires et autres)… Une chose étonnante, c’est qu’on interroge peu les pratiques pédagogiques ellesmêmes. Par exemple, si en bac, on ne donne que des cours ex cathedra, les étudiants ont peu d’occasions de faire connaissance et cela ne favorise donc pas l’affiliation. En fait, on interroge peu l’impact de ce qui se passe en classe et en auditoire.
Par ailleurs, il n’y a bizarrement parfois pas de correspondance entre les facteurs d’échec et les dispositions pour y remédier. Je m’explique : c’est connu, les filles réussissent nettement mieux que les garçons. Chez nous, on n’en fait pas grand-chose… Certains, aux États-Unis, n’ont par contre pas hésité à organiser des TP non mixtes. C’est un exemple extrême mais qui peut faire réfléchir: a-t-on tiré toutes les leçons des études sur les facteurs d’échec ? Autre exemple, en ce qui concerne les activités rémunérées, on en tient très peu compte pour définir les horaires et en particulier les heures d’examen, de TP… Et si l’étudiant est indisponible ? Dans certains pays, c’est beaucoup plus souple et négocié.
Les Passeports pour le bac, est-ce une réussite?
Oui, ils se basent sur l’idée de préparer l’étudiant dès son entrée à l’université. Après 15 jours de cours, certains étaient déjà «largués». Les premiers résultats quant à l’impact sur la réussite sont très encourageants, à tel point que l’on pourrait se demander s’il est encore acceptable et déontologique de laisser ce type de tests (et surtout leur suivi) facultatifs …
Propos recueillis par Alice Thelen
58,8% de réussite
C’est le taux de réussite global des étudiants de l’UCL, toutes années et filières confondues. Pour les trois secteurs, le taux de réussite le plus haut est en sciences humaines (64,3%) et le plus bas en sciences de la santé (51,1%). Source: reporting institutionnel
CV express : Marc Romainville

Professeur aux FUNDP, Marc Romainville préside le Centre de didactique supérieure de l'Académie ‘Louvain’. En relation avec ses recherches portant sur l'enseignement supérieur, il a participé à la mise en place de projets innovants pour promouvoir la réussite, comme les «Passeports pour le bac».
Réussite et abandon dans l’enseignement supérieur, dirigé par Marc Romainville et Christophe Michaut, De Boeck, février 2012.