Juan Luis Vives

Né à Valence en 1492 d'une famille de juifs convertis, Juan Luis Vives quitte l'Espagne pour faire des études à la Sorbonne. Ecoeuré par la philosophie parisienne et peu désireux de retourner dans son pays, où sa famille est persécutée par l'Inquisition, il arrive à Louvain en 1519, où il enseigne pendant plusieurs années. Il séjourne aussi plus brièvement à Oxford, mais vit surtout à Bruges, où il meurt en 1540. Une pierre de sa maison a été incorporée dans les Halles Universitaires de Louvain, qui abritent aujourd'hui le rectorat de la KuLeuven, et sa statue orne la rive d'un canal de Bruges.

Ami et protégé d'Erasme et de Thomas More, Vives est un des représentants les plus éminents de la grande génération humaniste. Ses écrits incluent entre autres une critique de la pensée scolastique décadente, un plaidoyer pour l'extension de l'instruction aux filles et un traité sur la manière de réaliser une paix durable en Europe. En tant qu'auteur du De Subventione Pauperum, qu'il publie en 1526 à l'intention des bourgmestre et échevins de Bruges, il peut aussi être considéré comme le premier grand penseur de l'Etat-Providence.

Dans cet ouvrage, publié pour la première fois en néerlandais en 1533 (par la municipalité d'Ypres), en français en 1943 (par De Valero & Fils) et en anglais en 1999 (par Toronto University Press), il expose le bien-fondé, à la fois "éthique" et "économique", d'une prise en charge par les pouvoirs municipaux de l'assistance aux pauvres, jusque là du ressort exclusif de la charité privée. Pour Vives, l'assistance publique ainsi instaurée continuerait certes à procéder de l'obligation judéo-chrétienne de charité - et ne serait du reste alimentée que par des aumônes librement effectuées. Mais elle serait selon Vives beaucoup plus efficace que l'assistance privée, du fait qu'elle pourrait être bien mieux ciblée - tous les nécessiteux et seulement eux - et s'associer aisément à la légitime exigence de prestation d'une contrepartie en travail.

C'est du nom de Vives qu'en 1995 la Faculté des sciences économiques sociales et politiques de l'UCL a officiellement baptisé la Salle de réunion de la Chaire Hoover, pour qui Vives constitue un grand précurseur et modèle. Professeur louvaniste résolument ouvert sur l'extérieur par ses origines et ses contacts, philosophe préoccupé de questions économiques, sociales et politiques concrètes, apôtre de la tolérance et de la solidarité, premier auteur à avoir développé une argumentation précise en faveur d'une forme de revenu garanti: on peut difficilement imaginer meilleur emblème pour une Chaire d'éthique économique et sociale dont le colloque inaugural a été publié sous le titre Ni Ghetto ni tout d'ivoire (Academia, 1993) et dont les activités ont pour partie portée sur cette forme contemporaine de proposition de revenu minimum qu'est l'allocation universelle.
| 5/02/2007 |