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Devenir Actuaire
Le choix de votre profession est une des décisions les plus importantes de votre vie. Pour faire le bon choix, vous devez prendre le temps d'y réfléchir et bien connaître vos aptitudes et vos intérêts. Pour envisager de devenir actuaire, vous devez avoir de bonnes aptitudes en mathématiques et en statistique, un goût prononcé pour le calcul des probabilités, un esprit créatif et le désir d'aider à résoudre des problèmes très concrets d'ordre financier ou de nature sociale. Si tel est le cas, vous ferez certainement un bon actuaire!
En quoi consiste le métier d'actuaire ? L'actuariat est un produit de la révolution industrielle. Il est né de la nécessité, pour les entreprises d'assurances, d'analyser scientifiquement leurs risques, tant en assurance vie qu'en en assurances accidents et dommages. Pour résoudre des problèmes financiers concrets comportant une certaine part d'incertitude, les actuaires font appel à leur connaissance des mathématiques, de la statistique, du calcul des probabilités et de la théorie du risque. Ces incertitudes forment habituellement l'objet de l'assurance vie, des assurances Incendie, Accidents et Risques Divers (IARD), des assurances de personnes, des régimes de retraite et autres régimes d'avantages sociaux. La vie est remplie d'incertitudes. Les risques de maladie, d'accident, d'invalidité, de pertes matérielles, ou encore de décès prématuré font partie de la réalité. Même la longévité comporte des risques, notamment le risque de ne pas maintenir un niveau de vie suffisant, ou encore le risque de dépendance. Pour chacun de nous, chacun de ces risques est imprévisible. L'actuaire est cependant en mesure de concevoir des formules d'assurance et des régimes d'avantages sociaux pour des groupes de personnes, de telle sorte que les risques individuels soient répartis parmi les membres de ce groupe. Depuis toujours, l'actuaire est un personnage central de l'industrie de l'assurance. L'équilibre financier des entreprises d'assurances repose sur des calculs actuariels: tarification des produits, estimation des provisions techniques et définition de la politique de réassurance. Entretemps, le champ d'activités de l'actuaire s'est étendu au domaine de la finance. Le développement considérable des marchés financiers est lié à de nouveaux risques. La formation de l'actuaire le conduit naturellement à jouer un rôle prépondérant dans l'évaluation et la gestion de ces risques: "pricing" des produits financiers et management des risques liés à la gestion des actifs.
Où travaillent les actuaires ? Beaucoup d'actuaires travaillent dans les sociétés d'assurance. Les autres sont actifs dans les banques, les fonds de pension, la réassurance, les bureaux d'études ou d'audit, les organismes de sécurité sociale, en milieu universitaire, industriel, interprofessionnel (comme l'Union Professionnelle des Entreprises d'Assurances UPEA) ou étatique (comme l'Office de Contrôle des Assurances OCA) ou encore au sein de l'Administration fiscale. Dans les sociétés d'assurance-vie, les actuaires prennent part à presque tous les aspects de l'entreprise, notamment la mise au point et la commercialisation de nouveaux produits et services, la gestion de placements et l'informatique. Ils peuvent également être appelés à exercer diverses fonctions administratives. D'autres actuaires se spécialisent dans le calcul des probabilités à propos des dommages matériels ou corporels tels la maladie, l'invalidité et les décès, causés par diverses éventualités comme les accidents d'automobile, l'incendie, le vol ou les catastrophes naturelles. Il s'agit des actuaires IARD occupés dans des sociétés d'assurances ou de réassurance . Un nombre appréciable d'actuaires occupent des postes de haute direction au sein de sociétés d'assurances en raison de leurs compétences en management. En vertu de la loi sur les sociétés d'assurances, des actuaires désignés par l'OCA sont appelés à attester la solvabilité des entreprises d'assurances opérant en Belgique. Dans des bureaux d'études, leur travail consiste à aider les entreprises dans la conception, le provisionnement et la gestion de régimes de retraite privés et d'autres régimes d'avantages sociaux. Ils sont également amenés à expertiser le bilan des entreprises d'assurances, en particulier leur passif technique et les actifs correspondants. Dans la gestion actif-passif des entreprises d'assurances et des banques, leur rôle consiste à évaluer la tolérance des portefeuilles au risque et à mettre au point des solutions répondant à cette tolérance au risque. Dans le même ordre d'idées, les fonds de placement font appel à l'actuaire pour maximiser le rendement de leurs portefeuilles. L'actuaire d'aujourd'hui est également appelé à participer à la résolution de divers problèmes relatifs à des questions d'intérêt public. Ainsi, l'évolution des régimes de sécurité sociale et des régimes de retraite privés constitue un défi pour les actuaires, les décideurs devant composer avec d'une part un budget de sécurité sociale limité et d'autre part les besoins d'une population vieillissante. Par ailleurs, de grandes entreprises font appel à des actuaires pour définir leurs risques ou leurs engagements financiers en matière de retraite et prendre des arrangements financiers en conséquence. En matière juridique, les tribunaux font appel aux services de l'actuaire pour calculer les pertes de revenu des victimes. Dans d'autres secteurs d'activité professionnelle en émergence, les actuaires cherchent à améliorer la viabilité des régimes d'assurance-maladie en calculant les économies à long terme susceptibles d'être réalisées par l'introduction de nouveaux traitements ou médicaments. Quant au nouveau secteur de la responsabilité environnementale, les actuaires conseillent sur la façon d'absorber les coûts écologiques associés à la désaffection éventuelle de leurs installations industrielles dans plusieurs décennies.
Quels doivent être mes aptitudes et intérêts ? En plus d'une bonne connaissance et d'un intérêt marqué pour les mathématiques, le calcul des probabilités et la statistique, vous voulez appliquer ces connaissances de façon très concrète. Vous voulez acquérir de solides bases, non seulement sur tout ce qui a trait aux assurances, aux marchés financiers, aux régimes de retraite, à la gestion des risques, à la démographie, à l'informatique, mais aussi sur ce qui concerne les affaires en général, notamment le droit, l'économie, la comptabilité, le marketing, la gestion des entreprises. Vous devrez posséder un sens pratique des affaires, suffisamment de créativité pour trouver des solutions originales à de nouveaux problèmes, de bonnes techniques de communication et la capacité de travailler avec divers types de personnes.
Pierre DEVOLDER Actuaire d'entreprise depuis 1983. Directeur à AXA, responsable technique IARD et Professeur à l'UCL. Président de l'Institut des Sciences Actuarielles depuis 2003. Mathématicien de formation et de coeur, j'ai été assez naturellement porté vers des études complémentaires permettant de combiner l'approche scientifique et le monde des affaires, explique Pierre Devolder. On ne devient sans doute pas actuaire comme on devient médecin ou ingénieur, le caractère toujours quelque peu mystérieux pour le grand public du contenu précis du métier empêche sans doute de "naître" actuaire; le charme de la découverte de ses attraits n'en est que plus intense. Ce qui me semble fascinant dans la formation d'actuaire - je ne me risquerai pas ici à une définition précise de la discipline, tout au plus à la symbolique de "l'ingénieur du hasard" - est le fait qu'il s'agit à la fois d'une discipline scientifique autonome et d'une formidable plate-forme interdisciplinaire. Beaucoup d'études sont actuellement fortement spécialisées; on sait que les progrès de la science conduisent inexorablement à cette spécialisation toujours croissante. Mais le monde réel du business nécessite simultanément d'appréhender les problèmes dans toutes leurs facettes; l'actuaire a naturellement la formation qui lui permet de réaliser de telles synthèses, que ce soit au niveau juridique, fiscal ou comptable. Mais l'actuaire ne se contente pas de synthétiser les disciplines des autres, ce qui en soit constitue souvent un défi! L'actuariat est également une discipline scientifique à part entière. Les études d'actuariat sont ainsi je crois une occasion presque unique de pouvoir combiner la rigueur scientifique d'une discipline mathématique autonome à une vue encyclopédique des disciplines liées au monde des affaires. Finalement, en terme "médical", l'actuaire est un spécialiste généraliste (ou si vous préférez un généraliste spécialiste). Cette double caractéristique de l'actuaire lui permet de prendre pied de plus en plus dans de nombreuses fonctions du monde financier où progressivement l'empirisme des pionniers doit faire la place à la rigueur des méthodes quantitatives. Encore très fortement concentré en Belgique dans le monde de l'assurance, l'actuaire a déjà progressivement étendu dans ce secteur ses prérogatives de l'assurance vie à l'assurance non vie, et plus récemment à la gestion des actifs. Nul doute qu'à l'instar d'autres pays, les actuaires pénétreront demain l'ensemble de la sphère financière. A vous de nous rejoindre, conclut Pierre Devolder.
Christian JAUMAIN Actuaire d'entreprise depuis 1967. Directeur général pour la Belgique de Vita, compagnie d'assurance vie du groupe Zurich Assurances (1975-1981) puis du Groupe Zurich Assurances (1981-1988). Professeur à l'UCL, Actuaire conseil, membre (expert) de la Commission des Assurances. Responsable de l'Unité de sciences actuarielles (1999-2002) et Président de l'Institut des Sciences Actuarielles en 2002-2003. Pour Christian Jaumain, l'actuaire est au départ un "fort en math" attiré par la finance, qui éprouve le besoin d'appliquer ses connaissances de façon très concrète et est attiré par le monde des affaires. Outre sa formation complémentaire en actuariat, il doit faire preuve d'imagination et de créativité et se montrer capable de concevoir des solutions nouvelles répondant aux besoins. Il doit également être apte au dialogue et au besoin persuader ses interlocuteurs, qu'il s'agisse de collègues, clients, autorités de contrôle ou autres représentants des pouvoirs publics. Souvent amené à exercer des responsabilités managériales, il devra aussi se montrer capable de motiver ses collaborateurs. Les actuaires doivent être attentifs à la communication, défavorisée par un langage parfois volontiers ésotérique. Le savoir-faire ne suffit pas. Il faut aussi faire savoir. Faute de communication satisfaisante, il arrive que des solutions à des problèmes mettant en présence des actuaires, des juristes et des fiscalistes, par exemple, soient retardées. Il est également à prévoir que les actuaires devront de plus en plus sortir de leur bureau pour apporter une dimension humaine à leurs activités. Nous sommes loin du stéréotype de l'actuaire à visière verte rivé à sa calculatrice qui résout les problèmes à son bureau à la manière de Monsieur Blot, actuaire de l'écrivain humoriste français Pierre Daninos. La gestion des placements devrait représenter pour les actuaires des possibilités considérables. Il s'agit de définir les besoins, de trouver les solutions appropriées, d'entourer la gestion de la sécurité et de la transparence nécessaires. Quant à la formation, une école de gestion des risques comme l'école des sciences actuarielles se doit d'éviter deux risques. D'une part le risque du confinement dans une "tour d'ivoire" abritant une recherche qui se situe à des années-lumière des besoins véritables des entreprises et qui est réduite à "inventer" ces besoins. D'autre part le risque de se ramener à une école purement professionnelle ne répondant qu'aux besoins immédiats des utilisateurs. Ces risques sont réels. Il n'est que de constater à quel point le contenu du vocable "actuaire" est imprécis dans beaucoup d'esprits. Pour certains, les actuaires sont d'éminents statisticiens ou probabilistes, souvent professeurs. Pour d'autres, c'est le stéréotype de Monsieur Blot qui prévaut. Peut-être faut-il y voir une manifestation du défaut de communication des actuaires ... à moins qu'il ne s'agisse d'un excès de modestie de la part des membres d'une profession encore trop peu enclins à parler de leur métier. Il est donc essentiel de trouver un équilibre entre recherche et pratique dans la formation, et que cet équilibre se manifeste par la présence, dans le corps professoral, d'une proportion suffisante de professeurs qui, tout en présentant la qualification académique requise, disposent d'une expérience pratique reconnue.
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8/01/2007
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