Défense de thèse Françoise Mirguet

Madame Françoise MIRGUET, de Liège,
présentera sa dissertation doctorale pour l’obtention du grade
de docteur en théologie
et la défendra publiquement à Louvain-la-Neuve

le vendredi 18 mai 2007 à 09h00
dans l’auditoire DESC 85
Grand-Place, 45 à Louvain-la-Neuve

Le jury est composé de MM. les professeurs
É. Gaziaux, président
A. Wénin, promoteur
J.-M. Sevrin
P. Bogaert
F. García López (Salamanca)

Sujet :

La représentation du divin dans les récits du Pentateuque
Médiations syntaxiques et narratives


Thèses annexes :

1. Théologie fondamentale : herméneutique
Des métaphores spatiales rendent mieux compte du processus herméneutique suscité par les textes sacrés que les termes temporels généralement utilisés.

2. Histoire de l’art et théologie mystique
Dans les enluminures du recueil Scivias (1151), inspirées par l’expérience corporelle féminine, Hildegard von Bingen (ou l’une de ses moniales) fait preuve de davantage de radicalité et d’originalité que dans le texte correspondant.

3. Christianisme et Judaïsme anciens
Les textes juifs et chrétiens des premiers siècles, par leurs fortes condamnations de toute contribution venant de la tradition concurrente, révèlent paradoxalement les contacts entre les deux communautés et leurs apports réciproques.
 
Résumé

Quelle est l’attitude que la narration, dans les récits du Pentateuque, adopte généralement à l’égard du personnage nommé Yhwh ou Élohim ? Se donne-t-elle pour visée de dévoiler au lecteur quelque aspect de la divinité, voire de lui révéler qui est le Dieu d’Israël ? Les récits du Pentateuque, en ce sens, disent-ils Dieu ? La narration s’attribue-t-elle une certaine connaissance du divin pour ainsi l’exprimer, une certaine autorité pour le raconter ? La présente recherche s’attache à ces questions en empruntant le détour d’une analyse syntaxique et narrative, attentive notamment au recours aux styles direct et indirect, à l’emploi des termes déictiques, aux choix lexicaux et aux jeux de focalisations qu’ils révèlent, etc. La thèse est divisée en quatre chapitres, chacun étant consacré à un type particulier d’interventions du personnage divin : ses paroles, ses actes, sa vie intérieure, et enfin la transmission et l’interprétation de ses paroles.
La parole est le premier mode d’intervention du personnage divin dans le Pentateuque, représentée presque toujours par le style direct, le style indirect n’étant utilisé que comme procédé de rappel, afin d’évoquer des paroles citées antérieurement. La narration évite ainsi de manifester sa médiation, le style direct, par convention littéraire, donnant accès aux propos mêmes du personnage. Dans le cas du discours direct, la narration restreint également le plus possible les marques de son intermédiaire, évitant par exemple, dans l’introduction des discours, adverbes et compléments circonstanciels. On observe encore, en Genèse 1-18, que c’est par le biais du monologue que sont exprimées les décisions et motivations divines. La narration évite de la sorte de raconter la divinité, préférant confronter le lecteur directement à ses propos ou à ses pensées.
Au niveau des actes divins, on observe un certain tournant entre les deux premiers chapitres de la Genèse, où (Yhwh) Élohim agit comme acteur principal, dans un espace défini par sa présence, et le reste du Pentateuque, situé dans le monde humain, visité toutefois par des interventions de la divinité. On remarque, en outre, que les actions divines proprement dites tendent à diminuer au fil des pages, alors que différentes médiations sont mises en œuvre, comme l’intervention d’un messager, la vision onirique, mais surtout l’interprétation humaine – formulée par un intermédiaire privilégié comme Moïse ou par tout autre personnage. À ce niveau également, la narration évite donc d’interposer sa médiation, préférant donner la parole aux interprétations humaines. Elle se présente ainsi progressivement comme un récit dont l’objet principal n’est pas la divinité, mais bien différentes expériences vécues par des êtres humains qui s’interprètent eux-mêmes comme les bénéficiaires d’une action divine.
L’examen des perceptions, émotions et sentiments divins a de même montré la prédominance du style direct, que le discours soit prononcé par le personnage divin lui-même ou par un personnage humain. Quand la vie intérieure de Yhwh ou Élohim est narrativisée, cette représentation est souvent précédée ou suivie par un discours direct prononcé par celui-ci, qui annonce ou confirme les mots de la narration. La représentation narrativisée apparaît de ce fait non comme une manifestation de l’omniscience de la narration, mais comme une reprise ou une anticipation du discours divin. La médiation narrative est donc bien mise en œuvre, mais elle concerne l’agencement des éléments narratifs et non la représentation de la divinité.
Enfin, le Pentateuque compte un nombre important de discours où des personnages humains transmettent ou interprètent une parole divine. Ces passages sont intéressants dans la mesure où ils présentent cette parole au cœur d’un processus herméneutique, soit rendue fidèlement, développée pour être expliquée, adaptée à des circonstances particulières, ou encore déformée et pervertie. S’affirme ici de manière paradigmatique le retrait de la narration, confrontant le lecteur à différentes interprétations du divin, qu’elle laisse résonner sans toujours trancher entre elles. Le lecteur est de la sorte amené à transiter d’une interprétation à l’autre, à s’interroger sur elles et sur l’image de la divinité qu’elles révèlent. La narration, en ce sens, ne fait pas immédiatement œuvre de théologie : ce n’est que par la médiation des expériences et des exégèses humaines qu’elle laisse le divin se dire, ou plutôt s’interpréter.

| 27/04/2007 |