Développement, culture et identité (par G. Ringlet)

Dans les mois qui viennent, l’UCL aura la chance d’accueillir le comédien et metteur en scène Pietro Pizzuti, les cinéastes Jean-Pierre et Luc Dardenne ainsi que le musicien Bernard Foccroulle, directeur de la Monnaie. Tous «artistes en résidence».

La présence de ces personnalités remarquables n’est pas une «distraction», un «à côté» des études, mais, au contraire, une manière originale de les interroger en leur centre. En toute liberté. Autrement dit, à travers les questions que le Plan de développement va poser à l’enseignement, à la recherche, à l’administration, à la gouvernance... il faudra encore exprimer la particularité lovanienne qui pousse à prendre sans peur un tournant audacieux parce que, précisément, le paysage de cette «particularité» encourage les chemins escarpés.

Il y a bien des manières de dire et de vivre une identité. À cet égard, la solidité des racines et l’originalité d’un parcours fidèle et nomade autorisent la confiance. Encore faut-il le réexprimer, ce parcours-là, à un moment crucial pour l’université européenne.

Alors, comment allons-nous marquer la différence et nous inscrire positivement dans ce qui sera nécessairement une compétition ? J’ai envie de répondre avec la philosophe et romancière Julia Kristeva : en osant cultiver l’inquiétude. Or n’est-ce pas la culture, justement, qui ose conduire la recherche, l’enseignement, l’administration, la gouvernance... à l’école de l’inquiétude ?

On pourrait multiplier les exemples. Je n’en retiens qu’un : la médecine. Elle est bien plus qu’une recherche avancée, qu’une technologie de pointe, mais une relation, mais un imaginaire. Un enseignement qui touche au corps humain n’a-t-il pas formidable avantage à dialoguer avec l’art ? Je suis sûr qu’on pourrait faire l’exercice, faculté par faculté, et réentendre le conseil que donnait le professeur Marcel Jousse à ses étudiants de la Sorbonne : «Ne lisez pas comme des culs-de-jatte ! Même derrière l’exercice le plus aride, cherchez le souffle !»

Le Plan de développement de l’UCL donnera un nouveau souffle à l’université si chacun y apporte le sien. Et si la culture réussit à se faire inviter jusque «derrière l’exercice le plus aride».

Pr Gabriel Ringlet, prorecteur aux Affaires régionales et culturelles

| 2/06/2006 |