Du nom de Sissi, le site que s’apprête à fouiller une équipe de l’UCL a les allures d’une colline en bord de mer. Cette «princesse» archéologique sera le premier chantier dirigé par une équipe belge en Crète.

Vingt-neuf juin. Jan Driessen et son équipe sont à quelques jours du départ. Encore un peu de patience et ils s’envoleront pour la Crète où ils ouvrent, cet été, un chantier de fouille, sous l’égide de l’École belge d’Athènes. Le premier chantier crétois dirigé par une équipe belge. Le Pr Driessen, président du Département ARKE (histoire de l’art et archéologie), est un habitué du pays : il y a fouillé dès ses premières années en archéologie. Il emmène tout le mois de juillet une équipe de 18 chercheurs —dont Quentin, Charlotte et Maud, ses doctorants FNRS— et de 7 étudiants de l’UCL. Trois archéologues de la KULeuven seront également du voyage, ainsi que des chercheurs de différents instituts de recherche belges et étrangers. L’intérêt de leur site archéologique? Sa situation: le village de Sissi, où ils ouvrent la fouille, se situe sur la côte nord de la Crète, à quelques kilomètres d’un palais minoen nommé Malia. Il est aujourd’hui surtout connu des touristes pour l’hôtel Kalimera Kriti, le plus luxueux de l’île. Les vestiges visibles à la surface, dans l’immédiate proximité de l’hôtel, sont d’ailleurs menacés par le tourisme. Autre aspect crucial quant à sa localisation: les routes qui y passent et relient la Crète centrale et orientale, ainsi que le port qui pourrait être un des plus importants de la région de Malia.
Mystérieuse civilisation
Jan Driessen avait déjà repéré ce site lors de ses fouilles à Malia. «Son intérêt vient entre autres des tessons de céramique qui s’y trouvent et pourraient éclairer sur les interactions de ce site secondaire avec le palais de Malia. Malgré un bon nombre de fouilles déjà effectuées, la civilisation minoenne reste mystérieuse, explique l’archéologue. Leur écriture demeure indéchiffrée et nous ignorons la structure sociale et politique de cette première civilisation européenne, lieu des mythes aussi célèbres que le Minotaure, Dédale, le Labyrinthe, etc.» Fasciné par la qualité de vie de cette civilisation, Jan Driessen a décidé d’embrasser l’archéologie après un voyage de rhétorique en Grèce. Plusieurs zones (au total, trois hectares) seront explorées en même temps par les archéologues: la nécropole et les zones d’habitation. Une équipe allemande localisera les vestiges architecturaux les plus importants avant la fouille même, en utilisant le radar et l’électromagnétisme. Plusieurs experts —paléo-anthropologue, géologue, paléo-botaniste, paléo-zoologue, céramologue— se chargeront de l’étude du matériel suivant leur spécialité. Toute la terre retournée sera passée au crible, pour en garder les morceaux d’os, de coquillage, de charbon, etc. Le permis de fouille a été obtenu pour cinq ans, à raison d’un ou deux mois pendant l’été. Autant dire que le temps est compté, d’autant plus que les fouilles coûtent cher. Une centaine d’euros par jour pour les ouvriers engagés sur place auxquels il faut ajouter le prix des billets d’avion, du logement et de la nourriture, du matériel,… Jan Driessen cherche d’ailleurs encore à compléter son budget par des mécénats privés1. Le projet est soutenu par le Conseil de recherche de l'UCL, l’École belge d’Athènes, le FNRS et l’Institute for Aegean Prehistory.
Alice Thelen
1. Les dons sont les bienvenus sur le compte 271-0366366-29 avec la mention ARKE 1351 Mécénat ARKE