A quoi bon marcher pour l'emploi? N'avons-nous pas essayé tout ce dont les leçons du passé ne nous ont pas détournés? N'avons-nous pas exploré tous les chemins que l'état de nos finances publiques et l'ouverture de notre économie ne nous interdisent pas? Nullement.
Prenez par exemple le "revenu de participation" proposé par l'économiste d'Oxford Anthony Atkinson, récemment promu docteur honoris causa à l'UCL. Le point de départ est un diagnostic aujourd'hui largement partagé, du président de la Bundesbank à Riccardo Petrella: quelle que soit la croissance, le jeu spontané du marché ne vas pas rapprocher significativement l'Europe du plein emploi. Pire, les mécanismes mêmes qui gonflent la richesse globale de notre continent - l'innovation technologique, la globalisation des marchés - réduisent inexorablement la proportion des ménages qui peuvent, par leur travail, accéder à un revenu net au moins égal à ce que leur assure aujourd'hui la protection sociale.
Dans ce contexte, que faire? Maintenir obstinément la protection en acceptant la montée suffocante du chômage? Ou la contracter impitoyablement pour rendre viables, au prix d'un accroissement de la pauvreté, des millions d'emplois peu qualifiés?
Ni l'un ni l'autre, dit Atkinson. Car on peut s'attaquer au chômage sans démanteler l'Etat-Providence. Mais celui-ci doit alors, d'urgence, être modernisé. Comment? Entre autres en attribuant à tout citoyen actif un modeste revenu-socle strictement individuel, qu'il conserve intégralement lorsque s'y ajoutent des revenus du travail ou de l'épargne, ainsi que d'autres transferts sociaux. Qui est citoyen actif? Tout résident permanent adulte qui travaille comme salarié ou comme indépendant, qui suit un programme d'études ou de formation, qui a la charge d'enfants en bas âge, de personnes très âgées ou handicapées, qui travaille bénévolement dans une association agréée, ou encore est activement à la recherche d'un emploi, est reconnu inapte au travail, ou a atteint l'âge de la retraite.
Moins radicale qu'une allocation universelle, ce "revenu de participation" offre ainsi une manière de reconnaître des contributions à la société qui ne prennent pas la forme de travaux rémunérés. En même temps, il facilite systématiquement l'accès à l'emploi du fait même qu'on continue de le percevoir lorsqu'on trouve un emploi, en particulier un emploi à temps partiel qui paie peu mais offre une formation et des perspectives d'amélioration.
Une solution pour les travailleurs de Clabecq? Pas directement, mais une composante centrale d'une solidarité restructurée qui permette un va-et-vient plus fluide
Un revenu pour (presque) tous: luxe impayable? Que ceux qui le croient jettent un coup d'oeil sur les simulations récemment effectuées à l'aide du modèle du Ministère des Finances (Revue belge de sécurité sociale 1996, pp. 5-80). A un niveau modeste, l'essentiel du financement est assuré par une restructuration des transferts et exonérations fiscales existants.
Qui défend le "revenu de participation" et d'autres formes de revenu-socle? Que ceux qui veulent le savoir consultent le site web du Basic Income European Network: http://www.econ.ucl.ac.be/etes/bien/bien.html
Auteur : Annick DABEYE <dabeye@etes.ucl.ac.be>
Responsable : Philippe VAN PARIJS <vanparijs@etes.ucl.ac.be>