De Yasujiro Ozu, avec Tatsuo Saitō Tomio Aoki Mitsuko Yoshikawa, JAPON, 1932, 91 min., muet, noir & blanc.
Dans ce chef-d’œuvre du cinéma muet japonais, Ozu dépeint avec délicatesse le quotidien d’une famille de la classe moyenne dans la banlieue de Tokyo. Il s’agit d’un film charnière entre les comédies de mœurs pleines d’humour de la jeunesse du réalisateur qui emprunte aux recettes du burlesque américain, et les éléments caractéristiques de son œuvre à venir, comme la décomposition d’un regard social hiérarchisé à partir d’une situation de crise familiale. Cette décomposition s’opère à travers les yeux de deux jeunes garçons récemment installés dans un nouveau quartier. Adeptes de l’école buissonnière, ils se moquent des beaux discours de leur père, médiocre employé de bureau, sur le sens du devoir, et entreprennent une grève en guise de désapprobation. Une grève qu’Ozu réinterprètera 27 ans plus tard dans Ohayo (Bonjour), remake de son propre film, comme une grève de la parole. Dans le film de 1932, la parole, absente en surface (muet oblige), est toutefois au centre du conflit : les gestes, les mimiques, les regards, les silences portés par les enfants interrogent le poids des conventions, l’autorité paternelle et le décalage entre les paroles des adultes et leur soumission à la réalité sociale.