Des lacs du bassin du Congo libèrent du carbone vieux de plusieurs millénaires
sc | Louvain-la-Neuve
Une étude menée par des scientifiques de l’UCLouvain et de l’ETH Zurich révèle un phénomène jusqu’ici peu documenté : certains lacs situés au cœur des tourbières du bassin du Congo relâchent dans l’atmosphère du carbone stocké depuis des milliers d’années. Ces résultats, publiés dans la revue Nature Geoscience, invitent à repenser le rôle de ces écosystèmes dans l’équilibre climatique mondial.
Des réservoirs de carbone pas uniquement « stockeurs »
Les tourbières du bassin du Congo accumulent du carbone depuis des millénaires. On pensait jusqu’ici qu’elles agissaient principalement comme des puits de carbone capables de stocker durablement le CO₂. L’étude montre toutefois qu’elles jouent également un rôle de transfert du carbone ancien vers l’atmosphère, notamment via les lacs d’eau noire présents dans ces paysages.
Une mission scientifique au cœur de la cuvette congolaise
Pour mener leurs recherches, les scientifiques ont passé six semaines sur le terrain, à bord d’un bateau dans le bassin du Kasaï, afin de prélever des échantillons et d’étudier ces écosystèmes encore peu explorés. Situées au cœur de l’Afrique, les tourbières du bassin du Congo constituent l’un des plus grands réservoirs naturels de carbone au monde. Bien qu’elles couvrent une surface relativement limitée, elles renferment près d’un tiers du carbone stocké dans les tourbières tropicales.
Ce carbone s’est accumulé au fil des millénaires sous forme de matière végétale partiellement décomposée, piégée dans des sols saturés en eau, que l’on considérait jusqu’à présent comme relativement stables.
Du carbone ancien relâché dans l’atmosphère
En analysant l’eau du lac Mai-Ndombe, le plus grand lac de la région, ainsi que celle du lac Tumba, les chercheurs ont déterminé l’âge du dioxyde de carbone dissous grâce à des techniques de datation isotopique. Leurs résultats indiquent que jusqu’à 40 % du CO₂ émis dans l’atmosphère provient de tourbes anciennes, parfois âgées de plusieurs milliers d’années.
Ces observations suggèrent que les lacs agissent comme des vecteurs de transfert du carbone : ils reçoivent du carbone ancien provenant des tourbières environnantes et facilitent ensuite sa libération dans l’atmosphère.
Un équilibre naturel ou un signe de fragilisation ?
Les chercheurs cherchent désormais à déterminer si ce phénomène fait partie d’un équilibre naturel ou s’il reflète une fragilisation progressive de ces écosystèmes. Le changement climatique pourrait en effet amplifier ce processus. Des périodes de sécheresse plus longues risquent d’assécher les tourbières, favorisant la décomposition de la matière organique et la libération de CO₂. Par ailleurs, des niveaux d’eau plus bas pourraient également augmenter les émissions de méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant.
Des pressions humaines croissantes
À ces effets climatiques s’ajoute l’impact des activités humaines. La déforestation, notamment liée à l’expansion des terres agricoles, perturbe le cycle de l’eau et accentue l’assèchement des sols et des lacs. À long terme, ces transformations pourraient accélérer la libération du carbone accumulé depuis des millénaires.
Une recherche au service de la compréhension du climat
Par cette étude, l’UCLouvain réaffirme son engagement dans l’analyse des grands enjeux environnementaux mondiaux. Grâce à des campagnes de terrain exigeantes, des analyses scientifiques avancées et des collaborations internationales, les chercheurs contribuent à mieux comprendre le fonctionnement du bassin du Congo, un écosystème essentiel pour l’équilibre climatique de la planète.
source image : Hervé Kashama