Deux lauréats récompensés par le prix Bauchau 2025
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À l’occasion des 600 ans de l’UCLouvain, le Prix Pierre et Colette Bauchau a été décerné exceptionnellement à deux lauréats. La professeure Julie Hermesse a été récompensée pour son projet de recherche Agriconvert qui part du constat que l’Europe doit opérer une transition agricole. Le professeur Emmanuel Seront a quant à lui été récompensé pour ses travaux sur les maladies vasculaires rares. Ce prix, d’un montant de 250 000 euros, a été remis à chacun des lauréats le 8 mai dernier.
Le prix Pierre et Colette Bauchau
Le Fonds Pierre et Colette Bauchau a été créé grâce à un don offert à l’UCLouvain par le Chevalier et Madame Bauchau. « Le Prix Pierre et Colette Bauchau, c’est plus qu’un prix. C’est un héritage. Il incarne des valeurs profondément ancrées dans la vie de nos parents : la générosité, l’engagement, la foi dans la recherche et sa capacité à transformer le monde », explique Sybille de Coster-Bauchau, la fille de Pierre et Colette Bauchau. « En 1998, notre père, au terme d’une longue carrière professionnelle en République démocratique du Congo, rencontre le Baron Marcel Crochet. Cette rencontre sera décisive. Animé par la volonté de témoigner sa reconnaissance à son Alma Mater, où il avait obtenu son doctorat en droit en 1950, il voulait contribuer à son avenir et à sa renommée ! De cette ambition et de cette rencontre est né le Prix Pierre et Colette Bauchau, porté par la Fondation Louvain. Un acte d’avenir car il voulait encourager les générations futures à s’engager, à chercher, à créer. Ce prix est né de cette vision et d’un désir de transmission ».
Ce fonds finance un prix qui récompense, tous les deux ans, les recherches d’un ou d’une jeune scientifique dans le domaine de l’énergie, de l’agriculture ou des maladies rares. Ce prix de 250.000 euros est un véritable accélérateur de recherche pour le lauréat. En vingt-trois ans d’existence, le prix Bauchau a déjà récompensé douze chercheuses et chercheurs.
« Nos parents ont choisi trois domaines de recherche qui résonnaient profondément avec leur expérience de vie : l’énergie, l’agriculture et la lutte contre le sida. Tous deux avaient un profond attachement à l’Afrique, à la nature, et notre père voyait l’agriculture comme fondement de notre avenir. Sans oublier leur lucidité sur le rôle central que jouerait l’énergie au XXIe siècle. Trois urgences, trois engagements, trois manières de servir le bien commun. En 2023, notre mère a souhaité y intégrer les maladies rares, attentive à l’évolution des besoins de la société », poursuit Sybille de Coster-Bauchau.
Les lauréats 2025
La professeure Julie Hermesse, chercheuse à l’Institut d’analyse du changement dans l’histoire et les sociétés contemporaines (IACCHOS), a été récompensée pour son projet de recherche intitulé « Ecological transition in agriculture: study of the dynamics of support and rejection among farmers in the Walloon Region- Agriconvert » qui part du constat que l’agriculture européenne traverse une crise. Le projet se concentre sur la Région wallonne et vise deux grands objectifs : comprendre ce qui pousse (ou non) les agriculteurs à adopter des pratiques plus écologiques, et proposer une analyse théorique pour mieux saisir les freins à cette transition écologique dans le monde agricole.
Le projet prévoit d’impliquer différents profils d’agriculteurs (ceux qui ont changé, ceux qui ont refusé, ceux qui ont abandonné, etc.), ainsi que leurs pères ou grands-pères pour croiser les points de vue. Côté méthode, l’approche est centrée sur l’humain : entretiens, récits de vie, observation sur le terrain et production d’un documentaire en collaboration avec les agriculteurs eux-mêmes, qui choisiront les images illustrant leur réalité. Le projet Agriconvert cherche donc à comprendre comment et pourquoi certains agriculteurs s’engagent – ou non – dans une agriculture plus respectueuse de l’environnement, avec l’espoir d’éclairer les politiques et d’encourager une transition agricole plus juste et plus durable.
Le prix Bauchau va permettre à la professeure Hermesse de consolider son équipe de recherche autour de l’anthropologie agraire et plus particulièrement au sujet des recherches sur les conditions de transition et de transmission des exploitations agricoles en Wallonie et en Europe.
Le professeur Emmanuel Seront, chercheur à l’Institut de recherche expérimentale et clinique (IREC) et médecin oncologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc, a été récompensé pour son projet de recherche intitulé « Vascular Anomalies: from Genomics to Tailored Treatments ». Ce projet vise à réorienter l’usage des thérapies ciblées, déjà couramment employées en oncologie, vers le traitement des anomalies vasculaires.
Ces maladies rares, présentes dès la naissance ou apparaissant durant l’enfance, regroupent plus de 40 sous-types différents dont la prévalence varie fortement — de 1 sur 20 à 1 sur 1.000.000 — et touchent aussi bien les hommes que les femmes. Ces anomalies grandissent avec l’individu et provoquent douleurs, saignements, déformations, limitations fonctionnelles, etc. Les options thérapeutiques classiques (chirurgie, sclérothérapie, embolisation) sont souvent impossibles à réaliser, du fait de l’étendue des lésions ou des complications qu’elles entraînent. De plus, les récidives sont fréquentes et l’intérêt limité de l’industrie pharmaceutique pour ces maladies rares freine le développement de traitements spécifiques.
Certaines anomalies vasculaires sont liées à des mutations génétiques semblables à celles observées dans certains cancers, ces mutations entraînent une activation excessive de protéines responsables d’une prolifération anarchique et dysfonctionnelle des vaisseaux sanguins. Or, en oncologie, des médicaments existent déjà pour cibler précisément ces protéines. Cela ouvre ainsi la voie à un repositionnement de ces médicaments dans le traitement des anomalies vasculaires. L’objectif est d’administrer un médicament ciblant la mutation ou la protéine en cause, afin de freiner la croissance des vaisseaux malformés.
Le prix Bauchau permettra au professeur Seront et à l’équipe multidisciplinaire à laquelle il appartient (généticiens, chirurgiens, radiologues, pathologistes, infirmiers, etc.) de mieux comprendre les mécanismes à l’origine de ces malformations, d’améliorer la détection des mutations responsables et d’offrir aux patients atteints d’anomalies vasculaires le meilleur traitement personnalisé possible. Ce soutien contribuera également à la mise en place d’études cliniques à plus grande échelle.