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Un nouveau visage à la faculté THER : Geoffrey Legrand

ther | Louvain-la-Neuve

ther
6 October 2025

En cette rentrée académique, la faculté THER a le plaisir d’accueillir Geoffrey Legrand, théologien praticien passionné par les questions de foi, d’éducation et de transmission. Fort d’un parcours mêlant enseignement secondaire, recherche universitaire et accompagnement institutionnel, il rejoint notre équipe avec le désir de tisser des liens entre terrain, formation et recherche. Dans cette interview, il revient sur son itinéraire, sa vision de la théologie pratique et les perspectives qu’il souhaite développer au sein de notre faculté.


Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours ?  

Très jeune, j’ai été saisi par des préoccupations de foi et de spiritualité, si bien que j’ai entrepris mon travail de fin d’étude secondaire sur l’Apocalypse de Saint-Jean, en étudiant en particulier les chapitres 21 et 22 de ce livre où il est question d’espérance. Ensuite, j’ai entamé mes études universitaires à l’UCLouvain avec l’intention de devenir enseignant. C’est ainsi que j’ai obtenu mon premier master en langues et littératures modernes et anciennes et que j’ai donné des cours de latin, de français et de religion pendant près de dix ans à des adolescents dans une école secondaire catholique de Bruxelles. Puis, ce sont des questions du terrain, en particulier celles de mes élèves et celles liées à la pastorale scolaire, qui m’ont encouragé à poursuivre mon parcours dans le cadre d'un second master et d’un doctorat en théologie. Après un passage de trois ans à l’Université de Fribourg en Suisse afin de réaliser mon travail d’habilitation en pédagogie religieuse, je suis revenu en Belgique afin d’accompagner les directions et les P.O. des écoles bruxelloises et brabançonnes dans leurs réflexions sur le sens et des spécificités de l’enseignement catholique. 

Quel genre de théologien êtes-vous ?

Ma discipline est la théologie pratique. Mes recherches partent du terrain et s’ancrent donc dans les expériences de foi et dans les questionnements existentiels des femmes et des hommes de notre temps. Ensuite, j’analyse ces interrogations et ces expériences, je les interprète avec rigueur afin de construire un discours théologique cohérent. Dans mes recherches pastorales, j’aime parler d’une « théologie de la grâce », c’est-à-dire une théologie qui insiste sur la primauté de la grâce et sur l’universalité du salut. À la suite d’André Fossion, je dirais volontiers que « si nous annonçons l’évangile, ce n’est pas pour que le monde soit sauvé, mais parce qu’il est sauvé ». Dans cette même logique, mon implication dans la SITP (Société Internationale de Théologie Pratique) et dans l’APTEF (Association Paul Tillich d’Expression Française) m’amène souvent à parler de kairos (le Royaume de Dieu s’approche) et à chercher, avec prudence, les signes du Royaume qui vient en ce monde, y compris dans la sphère profane. 

Par ailleurs, une partie de mon travail consiste aussi à relire et à « recontextualiser » la tradition chrétienne dans notre société post-moderne car je reste convaincu que les textes sacrés sont des ressources qui peuvent encore nous parler aujourd’hui. En tant qu’héritiers, nous avons la responsabilité de transmettre cet héritage, mais aussi de nous l’approprier afin que les réponses théologiques aux questions de foi continuent de faire sens et restent pertinentes dans le contexte actuel. De plus, dans notre société plurielle, nous sommes amenés à favoriser les multi-corrélations. 

Quels liens établissez-vous avec vos recherches ? 

Mes recherches en théologie se focalisent sur l’éducation religieuse (pastorale scolaire, identité des écoles chrétiennes, etc.) et sur la didactique du cours de religion. Or, il s’agit avant tout de travailler en lien avec le vécu des élèves et des enseignants dans une approche interdisciplinaire : transition sociétale et écologique (Laudato Si’), rencontres interconvictionnelles et interreligieuses (Fratelli tutti), éducation à la citoyenneté, etc. Par exemple, voici quelques problématiques que j’ai déjà travaillées en contexte scolaire : selon quelle méthode herméneutique interpréter un passage biblique ? Comment prendre en compte la diversité culturelle et religieuse ? Comment concilier éducation citoyenne et religieuse ? Quels outils créer afin de favoriser le dialogue interconvictionnel et interreligieux ? Quels modèles didactiques sont adaptés à la pluralité philosophique et religieuse ? Etc.

Que souhaitez-vous apporter à la Faculté et à l’Institut de recherche ?

Tout d’abord, j’aimerais recréer du lien entre les différents acteurs du terrain en Belgique francophone : évêques, responsables du SeGEC, Instituts de formation (CDER), Faculté de théologie et d’étude des religions, etc. Par ailleurs, je suis convaincu que nous gagnerons à entreprendre des projets de recherche internationaux innovants. En Belgique francophone, même si nous avons déjà le CRER (Centre de Recherche en Éducation et Religions) à l’UCLouvain, peu de chercheurs se consacrent à l’éducation religieuse. Pourtant, en religious education, il existe de nombreux réseaux dans les sphères linguistiques néerlandophones, anglophones et germanophones. Il y aurait donc un intérêt à développer ces collaborations internationales pour ensuite mieux structurer un réseau de recherche francophone sur ce sujet.

Enfin, durant mes études et en particulier dans le cadre de mes deux mémoires et de mes deux thèses, j’ai eu la chance de côtoyer des enseignants et des promoteurs qui ont vraiment eu le souci d’accompagner les étudiants durant leur parcours. Comme eux, j’aurai à cœur de soigner cet aspect relationnel, la disponibilité, l’écoute et le service afin de prendre le temps pour rencontrer vraiment les étudiantes et les étudiants dans ce qu’ils ont de plus vrai, au-delà des statuts et des apparences. 

Geoffrey Legrand