Le chômage temporaire : un outil essentiel en période de crise, à condition d’en encadrer l’usage
uclouvain |
Coordonné par l’UCLouvain, le projet de recherche BESWEP a combiné approches économiques et psychologiques pour analyser le fonctionnement du chômage temporaire en Belgique, ses effets sur la préservation de l’emploi et sur le vécu des travailleurs et travailleuses. Les résultats, présentés ce 8 décembre lors d’une matinée d’étude et publiés dans un numéro spécial de « Regards économiques », proposent plusieurs pistes pour faire de ce dispositif un outil plus précis, plus responsable et plus humain.
La Politique scientifique fédérale (BELSPO) a soutenu un projet sur le régime belge de chômage temporaire. Il offre aux entreprises la possibilité de réduire temporairement le temps de travail tout en garantissant aux employé·es le maintien de leur contrat et une allocation de chômage partielle. Le dispositif vise à limiter les licenciements, soutenir le revenu des travailleurs, préserver les compétences clés et offrir une flexibilité aux entreprises. L’usage intensif du chômage temporaire en Belgique, même hors crise, montre qu’il répond à la fois à des chocs conjoncturels et à des besoins structurels de flexibilité sur certains segments du marché du travail.
Cette étude est la première du genre à avoir combiné les impacts économiques et psychologiques du chômage temporaire. Les résultats montrent que si ce dispositif a effectivement permis de préserver l’emploi dans les secteurs réellement touchés par les crises (grande récession de 2008, Covid-19). En revanche, dans d’autres secteurs moins affectés, son recours est resté important alors même que les emplois n’étaient pas réellement menacés. Une partie des dépenses publiques ne couvre donc pas des postes véritablement à risque de licenciement. Pour les travailleurs et les travailleuses, le chômage temporaire est souvent perçu comme une alternative préférable au licenciement, mais son utilisation répétée peut fragiliser leur bien-être psychologique.
En effet, le chômage temporaire peut entraîner un sentiment d'insécurité et de stress ; il peut également créer une incertitude quant à la pérennité de l'emploi et à la qualité des conditions de travail. Cette insécurité peut avoir des répercussions négatives sur la santé mentale et la satisfaction au travail des employé·es.
Des recommandations pour un usage plus responsable
Afin d’optimiser l'utilisation du chômage temporaire, de réduire son usage excessif et de garantir que le dispositif est utilisé uniquement en cas de réelle nécessité, les chercheur·es formulent plusieurs recommandations, comme préserver la flexibilité du chômage temporaire en facilitant l’accès pour les employé·es, tout en veillant à ce que le dispositif reste réservé aux entreprises qui en ont réellement besoin, notamment via une responsabilisation financière accrue liée à l’usage passé par travailleur, afin d’éviter les recours excessifs. Ils préconisent également d’allonger le délai entre deux périodes de chômage temporaire afin de limiter les usages injustifiés, de renforcer la communication pour réduire l’insécurité ressentie et d’encourager des activités utiles durant les périodes non travaillées afin de maintenir le lien avec l’organisation.
| BESWEP est un projet soutenu par la Politique scientifique fédérale (BRAIN-be 2.0), coordonné par la Pre Muriel Dejemeppe (UCLouvain), en collaboration avec les Prs Bart Cockx (UGent), Nele De Cuyper (KU Leuven), Hans De Witte (KU Leuven), Florence Stinglhamber (UCLouvain), et les contributions de Natalia Bermudez (UCLouvain & UGent), Charlotte Rodriguez (KU Leuven & UCLouvain), Giulia Tarullo (UCLouvain & UGent). |
Pour consulter l’étude : https://www.regards-economiques.be/

Figure. Évolution du recours au chômage temporaire dans une sélection de pays de l’OCDE: les données sont exprimées en pourcentage de l’emploi total concerné par les dispositifs de chômage temporaire. Sources : Cahuc et Carcillo (2011), Cahuc (2024).