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Une ERC Consolidator Grant pour percer les mystères du lien entre rythme, cerveau et culture

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9 December 2025

L’équipe de Sylvie Nozaradan, au Rythm & Brains Lab (IONS) de l’UCLouvain, s’apprête à explorer notre rapport au rythme comme jamais auparavant : dès le premier jour de vie, à travers différentes cultures, via plusieurs sens et jusque dans les profondeurs du cerveau. Un programme en quatre volets pour comprendre comment notre sens du rythme naît, se transforme… et nous relie.

Comment notre cerveau apprend-il à reconnaître un rythme ? Pourquoi certains motifs nous semblent universels ? Cette question, en apparence simple, ouvre en réalité une fenêtre fascinante sur le fonctionnement de notre cerveau. C’est ce que l’équipe de Sylvie Nozaradan, au Rythm & Brains Lab (IONS), explore depuis plusieurs années. Soutenue en 2018 par une ERC Starting Grant, cette recherche franchit aujourd’hui une nouvelle étape grâce à l’obtention d’un prestigieux ERC Consolidator Grant, un financement européen destiné à propulser les projets les plus prometteurs à une échelle internationale. 

« Se poser la question de la catégorisation des rythmes et de ce lien entre biologie et culture, cela nous permet de déterminer quelle est la place de la culture dans notre système biologique, explique Sylvie Nozaradan. La culture n’est pas séparée de la biologie ; elle est un composant central de l'espèce humaine, source de plasticité de notre système nerveux mais également rendu possible par cette plasticité. »

Sur les cinq prochaines années, l’équipe envisage de mener parallèlement quatre axes de recherche complémentaires :

  • Percevoir le rythme dès le premier jour de vie

    L’un des objectifs phares de la recherche consiste à enregistrer l’activité cérébrale de nouveaux-nés pour déterminer si la capacité à catégoriser les rythmes est déjà présente à la naissance. Ce suivi se répétera à 6 mois, 18 mois et 7 ans, afin d’observer comment la culture, l'apprentissage social et l’environnement musical façonnent progressivement cette compétence. Pour cet axe, une collaboration structurante est prévue avec le BabyLab de l’Université d’Amiens, avec la création d’un futur BabyLab à l’UCLouvain.
     
  • Explorer la diversité culturelle du rythme

    La richesse multiculturelle de Bruxelles devient ici un terrain de recherche unique où l’équipe recrutera des adultes présentant une expérience avec différentes traditions musicales, d’Europe de l’Ouest, du Maroc, des Balkans… En comparant leurs réponses cérébrales, les chercheur·es examineront comment les expériences culturelles façonnent la perception du rythme.
     
  • Quand le corps tout entier perçoit les stimuli rythmiques

    Le projet analysera également comment notre cerveau catégorise les rythmes présentés sous forme de stimuli tactiles ou visuels, afin de comprendre si le traitement rythmique repose spécifiquement sur des propriétés de notre système auditif ou sur des mécanismes perceptifs plus généraux.
     
  • Des électrodes intra-crâniennes pour une cartographie de la catégorisation du rythme

    En collaboration avec l’hôpital universitaire d’Oslo, l’équipe procèdera à des enregistrements intracérébraux chez des patients épileptiques implantés d’électrodes pour leur diagnostic et traitement. Ces données offriront un accès direct aux réseaux neuronaux qui rendent possible la perception  des rythmes.

Afin de mener ce projet ambitieux, le financement permettra de recruter trois doctorants et trois post-doctorants dédié·es au projet à l’UCLouvain, en plus d’un réseau international solidement établi mêlant neuroscientifiques, clinicien·nes, experts en machine learning, et anthropologues qui travailleront de manière étroitement coordonnée, chaque compétence nourrissant les autres.

Au-delà des découvertes attendues, le projet porte un message plus large : la musique, le rythme et la culture sont au cœur de ce qui nous relie en tant qu’êtres humains.
Dans un monde où les identités culturelles se figent parfois en frontières, comprendre comment la culture s’inscrit dans nos neurones de manière dynamique est aussi une manière de rappeler ce qui nous rapproche.

Photo : Sylvie Nozaradan © Jérôme Baudet