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78 % des sols agricoles wallons contaminés aux insecticides, selon une étude inédite UCLouvain

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22 January 2026

 

En bref :

  • Des scientifiques de l’Earth and Life Institute de l’UCLouvain démontrent que 78 % des sols agricoles wallons sont contaminés aux néonicotinoïdes, des insecticides néfastes notamment pour les pollinisateurs. 
  •  Plus surprenant encore : 62 % des sites n’ayant jamais été traités à cet insecticide sont malgré tout contaminés. 
  • Des résidus de néonicotinoïdes sont aussi détectés dans les cultures de couverture poussant sur des sols traités plusieurs années auparavant. 

Contacts presse :
Yannick Agnan, professeur à la Faculté des bioingénieurs de l’UCLouvain : gsm sur demande, yannick.agnan@uclouvain.be 
Maxime Buron, doctorant au Earth and Life Institute de l’UCLouvain : gsm sur demande, maxime.buron@uclouvain.be 

Alors que l’Union européenne vient d’approuver un assouplissement de certaines normes environnementales, des scientifiques de l’Earth and Life Institute de l’UCLouvain publient une étude inédite dans la revue Journal of Hazardous Materials, mettant en lumière une réalité préoccupante : la contamination massive et durable des sols agricoles wallons par les néonicotinoïdes, une famille d’insecticides connus pour leurs effets néfastes sur les pollinisateurs.

Entre 2023 et 2025, les chercheur·euses ont échantillonné 86 parcelles agricoles en Wallonie, en analysant les 30 premiers centimètres du sol. Les résultats sont sans appel : des résidus de néonicotinoïdes sont présents dans 78 % des sols analysés. Plus surprenant encore, 62 % des sites n’ayant jamais été traités à cet insecticide sont malgré tout contaminés. Il s’agit de la deuxième étude de ce type en Europe : les résultats montrent que la Belgique est également touchée par une contamination durable et généralisée des sols.

Les deux hypothèses pouvant expliquer cette contamination (transport aérien de particules de sol contaminées et transport par l’eau de ruissellement) n’ont pas pu être validées. Les mécanismes de contamination de pesticide à l’échelle du paysage restent encore mal compris et difficiles à anticiper.

Les cultures de couverture : un piège écologique inattendu 

Un autre volet de l’étude s’est intéressé aux cultures de couverture, une pratique écologique qui consiste à semer des plantes entre deux cultures pour protéger le sol et offrir des fleurs aux pollinisateurs lorsque la nourriture se fait rare. Or, les résultats de l’étude UCLouvain montrent que ces plantes peuvent absorber des résidus de néonicotinoïdes présents dans le sol, parfois jusqu’à trois ans après un traitement unique. Les pesticides ont été retrouvés dans les tiges et les feuilles, dans les fleurs, mais aussi dans le pollen, une ressource essentielle pour les pollinisateurs. Pour les abeilles solitaires nichant dans le sol, le risque d’exposition atteint des niveaux jusqu’au 26 fois supérieur au seuil de sécurité !

Un message clair pour l’action publique

Ces résultats mettent en évidence une réalité clé : les sols agricoles conservent une « mémoire toxique » durable. Dans des paysages marqués par un historique d’usage intensif de néonicotinoïdes, certaines mesures–même celles favorables à la biodiversité comme les bandes fleuries ou les prairies–peuvent exposer les pollinisateurs avec in fine le risque de fragiliser les systèmes agricoles.

Alors même que les tendances actuelles vont plutôt vers l’assouplissement des normes, les scientifiques de l’UCLouvain appellent à plus de prudence dans les politiques agro-environnementales. La manière d’organiser les traitements (ne pas semer en conditions venteuses ni en haut de pente, arrêter les traitements à répétition…) et de penser les prairies/bandes enherbées (le plus loin possible des champs traités, attendre au moins 3 ans avant de transformer un champ en zone fleurie…) apparaît déterminante pour limiter les effets persistants de ces insecticides.