Femmes sans chez-soi : le centre de jour comme espace de reconstruction
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À Bruxelles, un centre de jour pensé par et pour des femmes en situation de grande précarité montre qu’un lieu peut faire bien plus qu’accueillir : il peut protéger, restaurer la dignité et redonner du pouvoir d’agir. À travers une enquête de terrain, la chercheuse Susan Even (UCLouvain) apporte un éclairage sur les questions de politiques d’accueil et plus largement, les enjeux de ville, de genre et de justice sociale.
Et si un lieu pouvait devenir un véritable outil d’émancipation ? C’est la question au cœur de la recherche menée par Susan Even, chercheuse au sein de la cellule Uses & Spaces de l’Institut de recherche de Louvain pour le Territoire, l’Architecture, l’Environnement construit (UCLouvain). Son étude, publiée dans la revue Brussels Studies en ce début de mois d’avril, analyse un centre de jour bruxellois réservé aux femmes vivant la grande précarité ou le sans-abrisme.
Son constat est fort : l’espace matériel ne sert pas seulement à répondre à des besoins urgents. Bien pensé, il devient un support de care, c’est-à-dire de soin, d’attention et de reconstruction de soi.
Un refuge face aux violences
Premier enseignement : la non-mixité du lieu change profondément l’expérience des femmes accueillies. Dans un environnement protégé de la présence masculine, elles peuvent relâcher la vigilance constante imposée par la rue, parler de violences vécues et retrouver un sentiment de sécurité. Le hall d’entrée lui-même a été conçu comme un espace rassurant. Dès qu’elle franchit la porte, celle qui entre dans le centre se sent dans un espace refuge, un lieu où déposer son fardeau, reprendre son souffle et envisager des solutions.
Se réapproprier son image et ses choix
La recherche montre aussi l’importance d’éléments en apparence anodins : un dressing rangé, une table de maquillage, des produits de soin, du mobilier chaleureux, une étagère qui contient des tasses toutes différentes. Ces objets permettent aux femmes de renouer avec des gestes ordinaires impossibles dans la rue : choisir un vêtement, se faire un café, s’asseoir à une table, soigner son apparence. Autant de petits gestes qui restaurent la dignité, renforcent l’estime de soi et recréent un sentiment de « chez-soi ».
L’expertise UCLouvain au service des politiques publiques
Au-delà du cas étudié, cette recherche ouvre des pistes précieuses pour les politiques publiques et le secteur social. Elle montre que l’aménagement des lieux d’accueil influence directement la capacité des personnes à se reconstruire et à sortir de la précarité. En effet, penser les espaces autrement, avec une approche sensible au genre et aux usages, peut améliorer l’accompagnement social, la prévention des violences et l’accès au logement.
En articulant urbanisme, études de genre et sciences sociales, cette étude confirme le rôle de notre université comme institution de référence sur les questions d’éthique du care et d’innovation sociale. Une preuve que la recherche peut questionner très concrètement la manière dont nos villes prennent soin des plus fragiles.
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(Illustrations : photos de l’autrice)
Susan Even est membre de la cellule de recherche Uses&Spaces (UCLouvain). Après un master en urbanisme et un master de spécialisation en études de genre, elle réalise actuellement une thèse sur le mal-logement des femmes en Région de Bruxelles-Capitale.