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Impact des crises climatiques et politiques environnementales sur les travailleur·euses

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18 May 2026

 

En bref : 

  • Bruno Van der Linden, économiste émérite de l’UCLouvain, a analysé l’impact des changements climatiques sur les travailleurs et travailleuses, dans un livre accessible en open source « Les travailleurs face aux crises climatiques et aux politiques environnementales »
  • Parmi ces impacts, le scientifique UCLouvain relève la diminution des capacités cognitives, la baisse de la productivité, un surcroît des accidents de travail, l’évolution des migrations dites professionnelles
  • La solution ? Des politiques de transitions économiques ambitieuses ? Oui, mais avec une attention à la réallocation de l’emploi, en termes de salaire, distance géographique et adéquation des compétences. Ce qui représente un vrai défi !

Livre : https://oer.uclouvain.be/jspui/handle/20.500.12279/1139

Contact presse :
Bruno Van der Linden, professeur émérite de l’Institut de recherches en sciences économiques et sociales de l’UCLouvain : 010 47 34 33, gsm sur demande, bruno.vanderlinden@uclouvain.be 

Les effets du changement climatique sont de plus en plus perceptibles. Pourtant, l’action mondiale en faveur du climat n’a progressé que d’1% en 2024, confirmant le ralentissement observé depuis 20211. Selon les pays, un aveuglement idéologique ou la crainte de réduire le niveau de vie des générations actuelles et celle de nuire à la profitabilité immédiate des entreprises sont sous-jacents d’un effort insuffisant général de lutte contre les changements climatiques.

Bruno Van der Linden, économiste émérite de l’UCLouvain, a voulu objectiver les craintes de réduire le niveau de vie des générations actuelles, en se plaçant du point de vue des personnes actives dans le monde du travail. Il résume la littérature scientifique internationale à propos des effets sur les travailleur·euses des phénomènes associés au changement climatique d’une part et des politiques de décarbonation des économies d’autre part.

Résultats ? Le changement climatique affecte déjà les travailleurs et les travailleuses. Il a un coût immédiat et à long terme. Parmi les impacts critiques, le scientifique UCLouvain relève : 

  • La réduction forcée du temps de travail -> au-delà de 38°C, la réduction peut atteindre une heure de travail quotidien par personne aux États-Unis. En Chine, un jour supplémentaire extrêmement chaud (≥ 30°C) réduit le volume annuel d’heures de travail de 0,42%, et un jour supplémentaire de fortes précipitations (≥ 30mm/jour) diminue ce même volume de 0,38% ;
  • L’exposition à de fortes chaleurs diminue les capacités cognitives et exacerbe les disparités socio-économiques préexistantes entre les personnes en apprentissage -> aux Etats-Unis, malgré une climatisation relativement généralisée, une hausse persistante de 2°C réduit de 7% les acquis moyens d’une année scolaire : les apprentissages des élèves d’origines afro-américaine et hispanique sont pénalisés trois fois plus par la hausse des températures que ceux des élèves blancs ;
  • La baisse de la productivité du travail -> en Europe, la productivité moyenne chute d’1,2% par degré de réchauffement local. Dans une entreprise où la productivité individuelle est mesurée avec grande précision, celle-ci diminue de 8,5% au-delà de 35°C ;
  • Un surcroît d’accidents du travail. Outre les insolations et la déshydratation, les fortes chaleurs affectent aussi le sommeil, l’attention et les capacités mentales des travailleur·euses -> en Italie, lorsque les températures sont supérieures à 28°C (1% des jours de l’année avant la décennie actuelle), le taux d’accidents sur le lieu du travail augmente de 10% par rapport à celui observé autour de 10°C et de 40% dans le cas des accidents mortels. Et les accidents des bas salaires s’élèvent davantage avec la chaleur ;
  • Des migrations de travailleurs (davantage les hommes que des femmes, et en particulier dans le monde agricole), après des phénomènes climatiques extrêmes, afin de trouver de nouveaux horizons professionnels ;
  • Les facultés d’adaptation au réchauffement existent mais elles ne peuvent en tout cas pas être surestimées et justifier un statu quo.

Face à ces multiples conséquences, la nécessité d’un changement des politiques économiques est indispensable et urgent afin de décarboner nos économies. Via, notamment, une tarification du carbone, des subventions ciblées (par exemple, en vue de développer certaines technologies ou des modèles économiques favorisant la circularité), des investissements publics (par exemple, le développement d’infrastructures ou des campagnes d’information), la fixation de normes (relatives aux polluants, à l’efficacité énergétique, etc.).

Les études démontrent que la décarbonation des économies impacte peu la croissance économique, le niveau global de l’emploi et celui des salaires. Ce qui devrait pousser les politiques à aller plus loin. Or, le ton alarmiste des discours et décisions actuelles tendent à aller dans l’autre sens et à freiner de nouvelles politiques ambitieuses en termes de transition économique.

Sur le marché du travail, le nœud principal de la décarbonation se situe au niveau de la réallocation des emplois et des travailleur·euses. Au niveau mondial, de l’ordre de 2% des emplois seraient réalloués des secteurs intensifs en carbone vers les secteurs bas carbone -> on parle de transition des emplois « bruns » vers les emplois « verts ». Les travailleurs licenciés des secteurs intensifs en carbone – majoritairement des hommes et des travailleurs manuels – subissent des baisses de rémunérations importantes et durables, souvent plus marquées que dans d'autres types de licenciements massifs. En outre, il s’avère en particulier difficile de passer directement d’un emploi brun à un emploi vert : aux Etats-Unis, la probabilité d’une telle transition est de l’ordre de seulement 1%.

Les freins identifiés par plusieurs études sont la distance géographique (les nouveaux emplois ne se créent pas assez là où les anciens disparaissent) et les inadéquations de qualification. En outre, les gains monétaires à une transition entre emplois bruns et verts ne sont pas toujours au rendez-vous. Ces difficultés individuelles deviennent aussi des problèmes collectifs. Dans la mesure où les activités en déclin sont concentrées sur le plan géographique, les sous-régions concernées sont aussi malmenées. Les travailleurs avec une plus grande ancienneté dans les emplois bruns et disposant de moins de qualifications sont les plus pénalisés.

Pour les travailleur·euses dont la mobilité professionnelle, sectorielle ou géographique est extrêmement limitée, il y a lieu de mener des politiques régionales de soutien au développement d’emplois accessibles en termes de qualifications et de localisation géographique. En corollaire, il y a lieu de soutenir les sous-régions où se concentre le déclin de l’emploi. Pour les autres travailleur·euses, il importe de soutenir la transition, qu’elle soit professionnelle, sectorielle ou géographique. Selon le cas, il s’agira de leur donner accès à des formations appropriées et/ou à un soutien financer le temps d’opérer cette transition.

Autre point d’attention : l’évolution des inégalités sociales. Les scénarios de décarbonation augmentent généralement les inégalités de revenus au sein des pays. Cette tendance peut cependant être globalement corrigée par un usage approprié des recettes fiscales perçues grâce aux réformes mises en œuvre. 

1.OCDE, 2025