Le monde risque de perdre la mémoire des catastrophes : des scientifiques internationaux alertent
uclouvain |
Que se passerait-il si l’on cessait soudainement de documenter les catastrophes naturelles qui frappent la planète ? Inondations, vagues de chaleur, sécheresses, séismes, cyclones… Derrière chaque événement se cachent des données essentielles pour comprendre les risques, protéger les populations et anticiper les crises futures. Aujourd’hui, cette mémoire mondiale est menacée.
Quatre scientifiques internationaux, dont le professeur Niko Speybroeck (Faculté de santé publique & Institut de recherche santé et société - UCLouvain), tirent la sonnette d’alarme : la base de données EM-DAT, hébergée et développée au Centre for Research on the Epidemiology of Disasters (CRED) de l’UCLouvain depuis plusieurs décennies, pourrait disparaître faute de financement.
Une référence mondiale sur les catastrophes
Créée il y a plus de 35 ans, EM-DAT (Emergency Events Database) est la base de données en libre accès la plus complète et la plus fiable au monde sur les catastrophes naturelles et technologiques. Elle recense plus de 27 000 événements survenus depuis 1900 et documente leurs impacts humains, économiques et environnementaux.
Chaque jour, chercheurs, gouvernements, agences des Nations unies, ONG ou institutions financières utilisent ces données pour :
- identifier les populations les plus vulnérables ;
- développer des systèmes d’alerte précoce ;
- anticiper les risques climatiques ;
- orienter les politiques publiques et l’aide internationale.
Plus de 110 000 utilisateurs à travers le monde consultent aujourd’hui EM-DAT.
Un financement supprimé discrètement
En 2025, l’administration américaine a mis fin au soutien financier de l’USAID au projet EM-DAT. Cette subvention assurait une partie essentielle du fonctionnement et du développement de la base de données.
À ce jour, aucun financement alternatif n’a été confirmé.
Pour les scientifiques, l’enjeu dépasse largement la survie d’un outil académique. « La suppression d’une telle ressource scientifique aura pour impact direct l’impossibilité de lancer certaines alertes précoces. Elle coûtera des vies que des données de qualité auraient pu sauver », alertent-ils.
Des données essentielles face à la crise climatique
Alors que les catastrophes climatiques battent des records partout dans le monde, les auteurs rappellent que les données constituent un bien public mondial indispensable.
EM-DAT permet notamment :
- à la Banque mondiale d’identifier les pays vulnérables aux chocs climatiques ;
- aux agences de l’ONU d’évaluer les risques globaux ;
- aux gouvernements de mettre en place des mécanismes d’assurance catastrophe ;
- aux chercheurs de mesurer les impacts disproportionnés du changement climatique sur certaines régions du monde.
« Sans cette base de données, les décideurs seraient contraints de naviguer dans le flou », soulignent les auteurs.
Un coût minime face aux enjeux
Maintenir EM-DAT représente environ 300 000 euros par an. Une somme dérisoire comparée aux 170 milliards de dollars de pertes causées par les catastrophes recensées en 2025.
Les scientifiques appellent aujourd’hui les institutions internationales, banques de développement, agences onusiennes et bailleurs de fonds à se mobiliser rapidement pour garantir la pérennité de cette infrastructure scientifique essentielle.