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Patrice Cani reçoit le Prix Francqui-Collen, Nobel belge

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2 June 2026

 

En bref :

  • Patrice Cani, professeur UCLouvain et chercheur WELRI, est co-lauréat du Prix Francqui-Collen 2026, pour ses recherches sur le microbiote intestinal et les maladies métaboliques, avec une ambition constante de relier la recherche fondamentale à l'application clinique et sociétale
  • Considéré comme le Nobel Belge, le prix Francqui-Collen est doté d’un montant de 250 000 € afin de promouvoir l’excellence dans la recherche fondamentale désintéressée. Ce prix Francqui est le 22e obtenu par l’UCLouvain, dont la dernière distinction pour des recherches en médecine remonte à 1990
  • La suite ? Patrice Cani lance un projet de sciences participatives pour collecter des données sur le microbiote intestinal de volontaires francophones belges, incluant activement les publics précaires, afin d'explorer les liens entre alimentation et santé mentale, et produire des connaissances utiles aux politiques publiques de prévention

Dossier de presse : https://drive.google.com/drive/folders/1IfZnR4GGIPBOELlPqKexo3OSnUj4A6ft?usp=sharing   

Cérémonie de remise du prix Francqui-Collen :

  • Date & heure : mardi 2/06, de 11h à 14h (cérémonie)
  • Lieu : Palais des Académies, Rue Ducale 1, 1000 Bruxelles
  • Accréditation presse : obligatoire et au plus tard le vendredi 29 mai 2026 à 12h, en raison du protocole lié à la présence de Sa Majesté le Roi
  • Créneaux d’interview : interviews directement après la cérémonie (10 min. par média)
  • Matériel visuel : les photos de la remise des prix seront disponibles 1h après la fin ; les séquences vidéo brutes seront disponibles sur demande
  • Droits d’image : les photos et images de Sa Majesté le Roi requièrent la mention « © Palais / Fondation Francqui » et sont exclusivement destinées à un usage rédactionnel dans le cadre de cet événement.

Contact presse :
Patrice Cani, chercheur WEL Research Institute, professeur au Louvain Drug Research Institute de l’UCLouvain : gsm sur demande, patrice.cani@uclouvain.be 

Parcours

1977. Patrice Cani naît le 26 décembre à Montignies-sur-Sambre, au sein d’une famille ouvrière issue de l’immigration (son père est italien et sa mère est française d’origine espagnole). Enfant, voyant plusieurs membres de sa famille souffrir de maladies cardiovasculaires, il rêve de devenir chirurgien cardiaque. Finalement, son parcours prendra une autre direction.
1995. A 17 ans, c’est grâce à sa rencontre, avec une diététicienne que Patrice Cani décide d’étudier les sciences de l’alimentation.  Il démarre un bachelier en diététique à l’Institut Paul Lambin, lui permettant à l’issue de ses études de décrocher un job pour s’assumer financièrement. « En bac1, j’ai rencontré des doctorant·es en sciences biomédicales qui m’ont donné envie de poursuivre dans cette filière et par la suite de me dédier à la recherche. On m’a répondu de commencer par réussir ma première année et que l’on verrait ensuite si je pourrais y arriver. » 
1998. Patrice Cani poursuit ses études, via un master en sciences biomédicales (nutrition humaine). « Si c’était à refaire, je choisirais le même parcours, plutôt que de faire des études de médecine : c’est cette plongée dans la nutrition qui m’a permis d’être un spécialiste de l’alimentation et ainsi comprendre au mieux les enjeux du microbiote intestinal. »
Il réalise son mémoire de master sur l’étude du tissu adipeux et de l’obésité dans le laboratoire de Sonia Brichard à l’UCLouvain, spécialiste du diabète. Un premier pied dans l’univers de la recherche médicale. « C’est là que j’ai réalisé que je voulais étudier le domaine qui allie les sciences médicales à celles de l’alimentation, ma formation initiale. J’ai très tôt été sensibilisé aux maladies cardiovasculaires, au vu de nombreux antécédents médicaux dans ma famille. »
2000. Déterminé à faire une thèse de doctorat dans le domaine de la nutrition, mais faute de poste offrant cette possibilité, il fait une pause universitaire, en travaillant dans l’industrie pharmaceutique. Une année tampon qui lui permettra de se frotter à un autre univers professionnel et le confortera dans le fait que c’est de la recherche scientifique qu’il veut faire. 
2002. Il démarre sa thèse de doctorat qu’il réalisera en 3 ans au lieu de 4, toujours à l’UCLouvain, dans le laboratoire de Nathalie Delzenne, spécialiste en nutrition et professeure à l’UCLouvain. Thèse qu’il mène en parallèle d’un 2e master, en sciences de la santé.
2005. Après avoir décroché le titre de docteur en sciences biomédicales, spécialisé en physiologie, métabolisme et nutrition, Patrice Cani rejoint le laboratoire du professeur Rémy Burcelin à l'Inserm de Toulouse pour un séjour postdoctoral décisif
2007. Patrice Cani et Rémy Burcelin réalisent leurs premières grandes découvertes sur le rôle du microbiote intestinal dans le déclenchement de l'inflammation de bas grade, de l'insulinorésistance et du diabète de type 2. La publication de ces travaux fera d'eux des pionniers mondiaux du domaine.
2009. Patrice Cani est nommé chercheur qualifié du FNRS et professeur à l’UCLouvain. Il constitue sa propre équipe de recherche afin d’étudier l’impact de l’alimentation sur le microbiote et les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et l’obésité. 
2010. Il devient également professeur invité à l'Imperial College London, et a, depuis, occupé des chaires invitées à l'Université Paul Sabatier de Toulouse et à l'Université de Cagliari (Italie).
2013. Il cofonde avec le Professeur Claude Knauf le NeuroMicrobiota Lab, un réseau de collaboration internationale (Inserm/UCLouvain) dédié à l'exploration des liens entre microbiote intestinal, métabolisme et cerveau. Il décroche la même année un ERC Starting Grant (projet ENIGMO)
2016. Il reçoit un ERC PoC Grant (projet Microbes4U), et il crée la spin-off UCLouvain A-Mansia Biotech (rebaptisée The Akkermansia Company), dédiée à la valorisation de ses découvertes sur la bactérie Akkermansia muciniphila. Cette entreprise pionnière des applications nutraceutiques du microbiome est acquise par un acteur industriel majeur en 2025, ouvrant la voie à une distribution commerciale à grande échelle
2017. Patrice Cani est nommé maître de recherche FNRS, puis directeur de recherche en 2021.
2023. Il est nommé professeur ordinaire de physiologie, métabolisme et nutrition à l’UCLouvain.

Enseignement

Patrice Cani consacre une part importante de son énergie à la formation de la relève scientifique à l’UCLouvain. Il donne 120 heures de cours par an, à quelques centaines d’étudiant·es en Bac et en Master.
Il a dirigé 16 thèses de doctorat (3 autres sont en cours), encadré de nombreux chercheurs et chercheuses postdoctoraux et contribué à l'essor académique de plusieurs étudiant·es aujourd'hui professeur·es à UCLouvain ou chercheur·euses à l’international.

Distinctions

2015. Il reçoit le Prix Baillet Latour pour son projet de recherches dans le domaine des troubles métaboliques.
2016. Il reçoit le prix international de physiologie Lucien Dautrebande ; ainsi que la Chaire Bauchau à l'Université de Namur.
2017. Il obtient une Chaire Francqui à l'Université de Liège.
2021. Il devient membre titulaire de l'Académie Royale de Médecine de Belgique
2022. Il reçoit le Prix AstraZeneca pour avoir porté une recherche fondamentale vers une application clinique concrète et accessible au grand public.

Recherches

Les travaux de Patrice Cani s'inscrivent à l'intersection de la nutrition, du microbiote intestinal (flore intestinale) et des maladies métaboliques, associées au surpoids et à l'obésité comme le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires mais également certains cancers. Avec une ambition constante de relier la recherche fondamentale à l'application clinique et sociétale.

2003. Lors de sa thèse de doctorat, il a mis en lumière l’existence d’un axe intestin-cerveau impliquant certains nutriments (prébiotiques) et le microbiote intestinal dans la régulation du contrôle de l’appétit et du métabolisme du glucose. Ses travaux ont identifié chez l’animal et chez l’humain le rôle essentiel joué par l’hormone intestinale GLP-1.

2007. Sa première contribution majeure démontre qu'une alimentation riche en graisses laisse passer des constituants de bactérie dans le sang, un phénomène qu'il nomme « endotoxémie métabolique ». Ce mécanisme déclenche une inflammation chronique et est responsable de l’insulino-résistance, aujourd'hui considérés comme des facteurs centraux dans le développement de l'obésité, du diabète de type 2 et de la stéatose hépatique. L'article fondateur publié cette année-là dans la revue Diabetes a été cité plus de 8 400 fois (Google Scholar) et a profondément reconfiguré notre compréhension des liens entre microbiote intestinal et pathologies métaboliques. Cette découverte est aujourd’hui enseignée dans les cours de médecine.

2008. Il est le premier à découvrir qu'une alimentation riche en graisses saturées modifie la composition du microbiote intestinal et augmente la perméabilité de l'intestin. En d’autres termes, si on compare l’intestin à un château fort, ce dernier peut être abîmé par des envahisseurs. Dans le cas de l’intestin, il peut être altéré par l’absorption de certains types d’aliments : il devient perméable et laisse passer les toxines. Si un château fort possède de bonnes sentinelles, il sera à l’abri. Une alimentation saine tendra donc à réparer l’intestin et à empêcher le passage des toxines.

Entre 2010 et 2019. S'appuyant sur des modèles précliniques génétiquement modifiés qu'il a généré, Patrice Cani a ensuite mis en évidence le rôle du système endocannabinoïde dans la médiation des effets du microbiote sur les voies neuroendocrines. En clair, il découvre les mécanismes expliquant comment le second cerveau (système nerveux entérique) dialogue avec le cerveau pour contrôler les taux de sucre dans le sang. Ces travaux permettent de mieux comprendre l'axe intestin-cerveau et son implication dans le développement du diabète de type 2.
Une récente étude publiée en couverture de Nature Metabolism (juin 2025) a par ailleurs démontré pour la première fois qu'en activant le système nerveux sympathique intestinal, des neurones hypothalamiques peuvent remodeler rapidement la composition du microbiote, révélant ainsi une voie descendante causale cerveau-microbiote et bouclant le circuit de communication bidirectionnelle entre l'intestin et le cerveau.

2013. Dans une étude publiée dans PNAS (citée plus de 5 400 fois), Patrice Cani apporte sa contribution la plus emblématique à la recherche scientifique. Il établit une relation causale entre la bactérie Akkermansia muciniphila et la santé métabolique dans des modèles murins d'obésité et de diabète de type 2.

2017. Son équipe démontre que la forme pasteurisée de la bactérie conserve, voire amplifie, ses effets bénéfiques sur la barrière intestinale et le métabolisme et identifie ensuite la protéine membranaire Amuc_1100 comme étant un des mécanismes moléculaires expliquant les effets de la bactérie (Nature Medicine, 2 450 citations).

2019. Ces découvertes ouvrent la voie à une étude exploratoire clinique de preuve de concept chez l'humain (étude Microbes4U), dont les résultats, publiés dans Nature Medicine (2 500 citations), montrent pour la première fois chez des sujets en surpoids ou obèses une amélioration significative de la fonction barrière de l’intestin et de marqueurs métaboliques comme les lipides sanguins, l’inflammation et la sensibilité à l'insuline. 
En moins de 10 ans, Patrice Cani a su passer d'une découverte réalisée chez l'animal de laboratoire, à une démonstration d'efficacité chez l'humain : « preuve que la recherche fondamentale est le moteur qui permet de faire des découvertes applicables à l’humain, dans ce cas-ci avec une bactérie vendue dans le monde entier. »

2020. En parallèle, son équipe a découvert, isolé et nommé une nouvelle bactérie commensale humaine (Dysosmobacter welbionis). Très présente dans l'intestin de la population générale, Patrice Cani observe que cette bactérie est nettement moins présente dans l'intestin de sujets diabétiques de type 2. Ses effets protecteurs sur les maladies métaboliques ont été corrélés dans de grandes cohortes humaines (environ 12 000 individus) et démontrés à plusieurs reprises dans des modèles précliniques. 
Des travaux récents montrent en outre que cette bactérie atténue les comportements anxieux et liés au stress chez la souris obèse, ouvrant une nouvelle piste sur les liens entre microbiote intestinal et santé mentale.

Par l'ensemble de ces travaux, Patrice Cani a transformé notre vision du rôle de l'intestin dans la santé et la maladie, faisant du microbiome un acteur central de la physiologie métabolique et une cible thérapeutique de premier plan, en passant du laboratoire au chevet du patient. Son motto est : « In Gut We Trust ».

La suite ? Avec cette nouvelle distinction, Patrice Cani entend faire aboutir un projet de sciences participatives autour du microbiote, qui lui tient particulièrement à cœur. Concrètement, le chercheur UCLouvain aimerait coordonner une vaste collecte d’échantillons de microbiote en Fédération Wallonie Bruxelles, en particulier auprès de personnes en situation de précarité. Ces études seraient également vouées à collecter des informations scientifiques sur leur alimentation et santé mentale.

L’objectif ? Permettre ensuite d’informer la population sur le rôle du microbiote sur la santé et de l’importance, notamment, d’une alimentation saine. Le fait de s’adresser à une population fragilisée a aussi pour objectif d’obtenir un échantillon inclusif et ainsi de pouvoir cibler les disparités en termes de santé.

En quoi ce projet est-il important ? La Belgique francophone est aujourd’hui la seule zone en Europe à ne pas avoir récolté d’échantillons au sein de sa population, en lien avec le microbiote. Or, ces données sont essentielles afin d’avoir une vue d’ensemble sur l’état de santé des Belges francophones, en lien avec leur alimentation. Cela permettra d’affiner les politiques publiques liées à la santé publique et de faire le lien entre alimentation et santé mentale.

Quelques chiffres

Auteur de plus de 400 publications scientifiques, revues et chapitres de livres, selon Scopus il est cité plus de 80 600 fois (indice H : 124) et selon Google Scholar plus de 115 600 fois (indice H : 145). 
Il figure chaque année depuis 2016 dans la liste des « Highly Cited Researchers » de Clarivate (top 1 % des chercheurs les plus cités au monde) et, depuis 2020, dans le classement « Top 2 % Most Influential Scientists in the World » de l'Université de Stanford. 
Il a donné plus de 400 conférences pour partager ses découvertes à travers le monde.