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Comment reconnaissons-nous George Clooney au premier regard ?

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9 July 2026

 

En bref :

  • Une étude UCLouvain publiée dans la revue eLife révèle que, lorsqu’il tente de reconnaître un visage, le cerveau apprend à privilégier certains repères, en particulier les éléments orientés horizontalement tels que les yeux, les sourcils et la bouche
  • Prochaine étape pour les scientifiques de l’UCLouvain : tenter de déterminer si la finesse de la perception visuelle, notamment des visages, pourrait devenir un marqueur précoce du vieillissement cognitif.

Article

Contact presse :
Valérie Goffaux, professeure à la Faculté de psychologie à l’UCLouvain : 010 47 38 77, gsm sur demande, valerie.goffaux@uclouvain.be 

Croiser une collègue dans la rue sans la reconnaître, hésiter de longues minutes devant un voisin aperçu sous un autre angle… Ces situations du quotidien sont plus fréquentes qu’on ne le pense. Reconnaître un visage est au cœur de nos interactions sociales et repose sur des mécanismes cérébraux particulièrement complexes, qui mobilisent à la fois la perception visuelle et la mémoire. Vu de face, de profil, dans l’ombre ou après un changement de coiffure, un même visage peut présenter des informations visuelles très variables que notre cerveau doit interpréter et relier à des souvenirs déjà construits. Malgré cela, il parvient en une fraction de seconde à comprendre qu’il s’agit de la même personne. Mais sur quels indices s’appuie-t-il exactement ?

Une étude menée à l’UCLouvain par Valérie Goffaux et Alexia Roux-Sibilon dévoile le secret du cerveau : en réalité, il ne retient pas tous les détails. Avec l’expérience, le cerveau apprend à privilégier certains repères visuels du visage, en particulier ceux qui restent stables. Fait remarquable : ces repères peuvent être identifiés de manière objective grâce à des outils mathématiques.

C’est ce que montre l’étude publiée dans la revue eLife : notre cerveau repose principalement sur les indices visuels orientés horizontalement tels que les yeux, les sourcils et la bouche, pour reconnaître l’identité des visages parce ce que cette structure horizontale livre l’information non seulement la plus riche, mais aussi la plus stable sur l’identité du visage. Autrement dit, elle permet de faire le lien entre plusieurs apparences d’une même personne, même lorsqu’elle tourne la tête ou change d’expression.

Pour illustrer que certaines informations du visage restent plus stables que d’autres, les scientifiques de l’UCLouvain ont utilisé des visages bien connus, comme ceux de George Clooney ou de Daniel Radcliffe. En combinant des photos prises sous différents angles et avec différentes expressions, ils ont vu apparaître une structure très nette : les lignes horizontales des yeux, des sourcils et de la bouche formaient une sorte de « code-barres du visage », plus stable que le reste. Au fil de ses rencontres avec un visage, le cerveau construirait une signature visuelle horizontale du visage pour le reconnaître malgré les variations.

Cette sensibilité aux repères horizontaux du visage apparaît très tôt : dès l’âge de 3 à 4 mois, les bébés privilégient déjà ces indices pour détecter un visage dans leur environnement visuel. Ce mécanisme continue ensuite à se perfectionner avec l’expérience, au fil des rencontres et des interactions sociales. Le cerveau devient ainsi particulièrement expert des visages qu’il voit le plus souvent, qu’il s’agisse des visages de son entourage, de sa génération ou de son environnement culturel. Il se consolide jusqu’à l’âge adulte, avant de décliner progressivement dès 40 ans.

Plus frappant encore, lorsque le visage est présenté à l’envers, ces mêmes éléments sont toujours visibles… mais beaucoup moins bien reconnus. Pourquoi ? Parce que notre cerveau a appris à traiter les visages dans leur orientation habituelle. La reconnaissance dépend donc autant de l’expérience que de l’image elle-même.

Cette découverte aide aussi à mieux comprendre pourquoi certaines personnes se disent « peu physionomistes » : la difficulté à reconnaître un visage ne relèverait pas uniquement de la mémoire, mais aussi de la capacité du cerveau à s’appuyer efficacement sur ces repères visuels stables ; plus notre sensibilité aux structures horizontales est fine, plus notre reconnaissance faciale est performante. L’enjeu de cette recherche dépasse la seule reconnaissance des visages ; elle éclaire les liens entre vision, mémoire et cognition sociale.

Au-delà de cette meilleure compréhension du fonctionnement cérébral et de l’apport aux neurosciences, les retombées potentielles de cette étude sont importantes pour la santé publique. L’équipe de l’UCLouvain explore à présent comment la finesse de la perception visuelle, notamment des visages, pourrait devenir un marqueur précoce du vieillissement cognitif pathologique et, à terme, aider à distinguer un vieillissement normal des premiers signes de maladies neurodégénératives comme Alzheimer.

Une méthodologie à la croisée des maths, de la psychologie et des neurosciences 

Afin d’identifier précisément les indices visuels utilisés par le cerveau, l’équipe UCLouvain a combiné psychologie expérimentale, modélisation mathématique et analyse statistique avancée. Des participant·es ont été exposé·es à des visages vus sous différents angles, dont les images avaient été filtrées grâce à une transformée de Fourier, un outil mathématique permettant d’isoler uniquement certaines orientations visuelles. Cette approche a permis de tester, de façon objective, le rôle des structures horizontales dans la reconnaissance de l’identité. Les réponses comportementales ont ensuite été analysées à l’aide de modèles statistiques Bayésiens. Une démarche résolument transdisciplinaire, au croisement des sciences psychologiques, des neurosciences et des mathématiques appliquées.