Les arts numériques
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Les arts numériques sont valorisés dans l'espace lounge situé au rez-de-chaussée du Learning Center Christine de Pizan, près de la cour intérieure.
La programmation des expositions est définie par un comité décisionnel :
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La gestion des espaces est prise en charge par le personnel de la bibliothèque-learning center :
reservations-lcdepizan@uclouvain.be
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Exposition en cours ou à venir
"Michel, Cassandra, Google & les Autres"
(Algolit, Gijs de Heij, Guillaume Slizewicz, An Mertens)
1er octobre 2025 - avril 2026
À propos de Michel, Cassandra, Google & les Autres :
Ce générateur de poème s’appuie sur e-traces, une base de données constituée pendant plus de quinze ans et rassemblant des milliers d’articles consacrés à la surveillance numérique et au commerce des données privées. Chaque texte y est accompagné de mots-clés, formant une cartographie subjective des débats publics autour du numérique.
À partir de ce corpus, le collectif Algolit a conçu un algorithme de génération de poèmes : il choisit de manière aléatoire une première phrase liée à un mot-clé, puis en sélectionne d’autres dans le même ensemble d’articles, en respectant les contraintes de rime et de métrique. Le résultat est un quatrain où chaque vers garde la trace de son origine journalistique tout en s’inscrivant dans une nouvelle structure littéraire. L’installation déploie deux écrans : l’un fait entendre la voix poétique des données, l’autre révèle les sources dont sont extraits les vers, exposant ainsi les « échafaudages » du processus créatif.
Par la juxtaposition aléatoire de fragments journalistiques, l’œuvre produit des récits inédits, éloignés des textes « lissés » produits par les modèles actuels d’intelligence artificielle génératifs. Elle interroge notre rapport aux données numériques dans une société façonnée par l’économie des plateformes, qui exploitent nos traces numériques à des fins économiques et politiques au travers des procédés souvent opaques. Ici, grâce à une manipulation algorithmique, elles deviennent matière d’imaginaire et de poésie, invitant à une lecture critique et sensible du monde numérique.
Une première version de cette œuvre a été développée en 2021 avec le soutien de Constant et de la Fédération Wallonie-Bruxelles/Arts Numériques. Une nouvelle version a été créée pour l’espace numérique du Learning Centre Christine de Pizan avec le soutien de la Faculté de Philosophie, Arts et Lettres (FIAL), l’Institut des Civilisations, Arts et Lettres (INCAL), et la Chaire Altissia.

Pour aller plus loin :
Une archive numérique comme matière première
À la source de ce projet se trouve e-traces, une base de données constituée par l’artiste Michel Cleempoel sur une quinzaine d’années. Elle rassemble plusieurs dizaines de milliers d’articles de presse consacrés à l’essor des plateformes numériques, à la surveillance numérique, et au commerce des données privées. Chaque article est accompagné de mots-clés choisis manuellement, dessinant une cartographie subjective d’un discours médiatique. D’abord initiée comme un geste d’archivage artisanal, cette collection est devenue un observatoire singulier de l’évolution du débat public autour du numérique.
La base documente à la fois les mutations technologiques et médiatiques : depuis les premiers débats émergents menés sur des sites spécialités accessibles librement, jusqu’aux conversations globales relayées par les médias de masses protégés par des paywalls.
Un processus collaboratif et expérimental
Le collectif bruxellois Algolit s’est emparé de ce corpus pour l’explorer et le transformer en matière littéraire. Algolit a mené plusieurs sessions de travail collaboratives, où artistes, programmeurs, chercheurs et curieux se sont retrouvés pour expérimenter collectivement.
Ces ateliers ont alterné entre des phases d’exploration technique, portant sur la structuration des données, l’initiation aux outils de traitement du langage et l’expérimentation d’algorithmes, et des moments de réflexion collective sur les biais subjectifs, linguistiques ou culturels liés aux articles et à leur sélection, ainsi que sur la portée critique et esthétique des données et des poèmes générés.
Le traitement automatique de la langue
L’algorithme de génération poétique s’appuie sur différentes ressources issues du traitement automatique du langage. Pour l’anglais, il utilise la bibliothèque Python Pronouncing, développée par l’artiste-codeuse Allison Parrish, qui permet de compter les syllabes et de détecter les rimes à partir du Carnegie Mellon University Pronouncing Dictionary, un dictionnaire open source largement employé dans la reconnaissance vocale. Pour le français, il recourt à la base de données Lexique, utilisée dans la recherche linguistique, qui fournit pour plus de 140 000 mots des informations telles que le nombre de syllabes et la transcription phonétique.
Une critique de l’usage des données et de la surveillance numérique
La base e-traces révèle l’ampleur d’un phénomène : la surveillance diffuse qui s’immisce dans nos vies quotidiennes, du suivi commercial au contrôle politique. En transformant ce corpus en poèmes, Algolit renverse la logique de captation. La navigation sur le Web, qui, dans d’autres contextes, alimente des modèles commerciaux devient ici matière d’imaginaire et de réflexion critique. De même, alors que le traitement automatique du langage est central à l’extraction et au traitement massifs de données personnelles à des fins politiques et commerciales, cette œuvre détourne ce domaine technique à des fins artistiques et critiques.
Le dispositif des deux écrans renforce cette dimension : l’un fait entendre la voix poétique des données, l’autre montre la source journalistique brute. Cette mise en regard rend visible la tension entre archive et réécriture, information et imaginaire.
Le titre lui-même souligne cette ambiguïté : Cassandra, figure mythologique de l’avertissement ignoré, et Google, incarnation du savoir algorithmique centralisé. L’œuvre interroge ce que nous entendons des signaux que produisent nos données, et comment leur lecture pourrait être réorientée vers une compréhension plus sensible et plus critique du numérique.
Littérature générative
Michel, Cassandra, Google & les autres s’inscrit dans une tradition de littérature générative qui relie les expérimentations algorithmiques actuelles aux démarches pionnières de l’Oulipo. Comme les écrivains oulipiens jouaient avec les contraintes formelles, Algolit explore la manipulation procédurale de la matière textuelle via le code.
Ici, la beauté des poèmes ne réside pas dans la fluidité ou la cohérence d’un discours, mais dans la juxtaposition inattendue de phrases prélevées dans des articles de presse. Arrachés à leur contexte d’origine et recombinés selon des contraintes de rimes et de syllabes, ces fragments produisent un sens nouveau, souvent surprenant, parfois prophétique.
Ce geste s’éloigne radicalement des textes lisses générés par les modèles d’intelligence artificielle actuels, conçus pour imiter au plus près un langage humain fluide et standardisé. Là où ces modèles tendent à gommer les aspérités, Algolit valorise au contraire les heurts, les décalages et les rencontres fortuites entre les phrases.
Le résultat est un nouveau récit : hybride, critique et poétique, qui fait résonner la mémoire des débats médiatiques sur la surveillance numérique tout en y apportant un recul critique grâce à la force créatrice du hasard et de la contrainte.
Lecture de l’œuvre
L’installation invite à deux régimes de lecture : une lecture poétique, où des fragments d’articles se métamorphosent en vers inattendus, parfois drôles ou inquiétants et une lecture documentaire, qui ramène aux sources originales et à la matérialité du débat médiatique.
En montrant à la fois les poèmes et les articles dont ils sont issus, l’œuvre dévoile ses propres échafaudages. Elle met en lumière le passage de la donnée brute au texte généré, donnant à voir le processus plutôt que de masquer les mécanismes de transformation.
Cette transparence se prolonge en ligne : les scripts du générateur de poèmes sont disponibles en open source, et les notes des différentes sessions de travail menées par Algolit sont accessibles sur le site du collectif. Ainsi, le visiteur peut non seulement lire l’œuvre, mais aussi remonter à sa fabrication, explorer son outillage et ses hésitations, et éventuellement réutiliser ou détourner ces matériaux.
Le collectif Algolit
Algolit est un groupe de travail bruxellois initié en 2012 par An Mertens et Catherine Lenoble au sein de Constant. Son nom condense « algorithme » et « littérature », signalant sa vocation à explorer les liens entre code, texte et imaginaire.
Le collectif se réunit chaque mois lors de sessions ouvertes, où artistes, programmeur·euses, chercheur·euses et personnes curieuses expérimentent ensemble. Sa pratique repose sur une approche transdisciplinaire et open source, qui valorise le partage de code, d’outils et de savoirs. Elle s’inspire des contraintes oulipiennes pour déplacer l’usage des algorithmes vers la création littéraire, tout en cherchant à rendre visibles les logiques des machines en ouvrant la « boîte noire » de leurs processus. Algolit porte également une attention particulière aux dimensions politiques des technologies, en interrogeant notamment les biais des bases de données et les enjeux liés à la surveillance. À travers leurs expériences, Algolit cultive une esthétique du code comme espace de jeu, de critique et de poésie.
Au fil des années, le collectif a produit de nombreux projets collaboratifs algolittéraires. Leurs expériences autour de la génération automatique de textes ont notamment été exposées à la maison du livre de Bruxelles, à la bibliothèque Muntpunt, au Mundaneum, et au Musée Royal de Mariemont.
Par Isabelle Gribomont (KBR / UCLouvain)
Historique des expositions
17 octobre 2024 – 28 février 2025
Inauguration le jeudi 17 octobre 2024 à 18h
Philippe De Jonckheere (né en 1964) est un photographe et écrivain français qui a développé une pratique artistique hybride et essentiellement numérique. Sur son site, desordre.net (créé en 2000), on retrouve plus de 400 000 fichiers (textes, images, sons et vidéos) répartis dans près de 10 000 dossiers.
Son œuvre est un patchwork labyrinthique mêlant sa vie quotidienne et ses réflexions à ses diverses pratiques artistiques et d’écriture.
Invité à plusieurs reprises à l’UCLouvain pour parler des nouvelles formes littéraires et des rapports entre textes et images, il a également participé aux expositions du projet ERC HANDLING :
- Écrivains-iconographes (Point Culture, LLN, 2019)
- Images à l’œuvre. Métamorphoses des bureaux d’écriture (Maison du Livre de Saint-Gilles, 2023), avec l’installation mon_bureau et la performance « Vladimir et Estragon »
- Murs d’images d’écrivains (Musée L, LLN, 2024), avec Mon oiseau bleu
Pour ce nouvel espace d’exposition numérique, on a choisi de projeter deux œuvres de Philippe De Jonckheere, créées en ligne pour son site desordre.net, sur deux surfaces différentes : La Vie et Les Sillons.
La Vie est une chronique de la vie quotidienne de l’auteur et de ses trois enfants sur près de 20 ans [2001-2020], montrée en « avalanche d’images », choisies selon une logique purement aléatoire, et se chevauchant selon un taux d’opacité lui-même aléatoire.
Les Sillons [2019] est une page web qui affiche, en fonction de l’heure de la journée, à la minute près, toutes les photographies que l’artiste a prises à cette heure exacte pendant trois années (2013, 2014, 2015). Les photographies sont assemblées en colimaçon autour d’une image centrale représentant une pendule à l’heure de l’ordinateur.
Une rencontre avec l’artiste est prévue en février.
La création d’un fonds Philippe De Jonckheere à la Plateforme Alpha de l’université est actuellement à l’étude.
Cette exposition a été rendue possible grâce à la Chaire Altissia et au projet de recherche ERC HANDLING, ainsi qu’au support de l’Institut des civilisations, arts et lettres (INCAL) et de la Faculté de philosophie, arts et lettres (FIAL).
Commissariat : Anne Reverseau (FNRS / UCLouvain)

Les sillons © Philippe De Jonckheere